<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548</id><updated>2011-12-03T12:25:05.273-08:00</updated><title type='text'>TRADILAND, le roman</title><subtitle type='html'>Roman de politique-fiction racontant une révolution rexiste en France</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>14</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-114200487784175287</id><published>2006-03-10T07:33:00.000-08:00</published><updated>2006-12-23T06:47:55.016-08:00</updated><title type='text'>Tradiland (résumé)</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Dans un monde futur mais pas si éloigné que cela. La France est en proie à une violente crise économique qui l’a réduite à la misère. Le communautarisme règne en maître et malheur à celui qui se retrouve sans groupe de pression pour l’aider : il est perdu d’avance. Pour maintenir un semblant de cohésion sociale, le gouvernement républicain libéral-socialiste (voire parfois social-libéral) montre du doigt un bouc-émissaire commode, détesté de tous, visant à cristalliser dans son rejet une unité républicaine de plus en plus factice : le « raciste » ou supposé tel. Et pour être accusé de ce titre infamant, peu de choses suffisent, surtout quand on a la mauvaise couleur de peau, blanche, et la mauvaise religion, catholique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lassé d’une discrimination perpétuelle ayant tué tous leurs espoirs, un groupe d’autochtones français, profondément catholiques, décident d’inverser le problème : hier nationalistes français, ils brûlent leurs papiers, renient leur nationalité et se réclament comme membre d’un nouveau peuple minoritaire : les Tradilandais. Immédiatement, leur chef, appelé « le Commissaire Général », proclame la lutte pour l’indépendance d’un nouvel état : Tradiland. Le maquis s’implante dans la Creuse, obtient une aide financière de la Chine Populaire et de l’Iran, trop contents de voir naître en Europe un état anti-américain dans un contexte de Guerre Froide, et une aide militaire de la Biélorussie. Rapidement, un territoire allant de la Vendée au Forez est occupé par « l’armée tradilandaise » et le « Commissaire Général » est proclamé Imperator du nouvel état. Il fait immédiatement construire une capitale au cœur du Cantal, son fief, sa base : le Bunker Palace. Pendant de nombreux mois, une guerre féroce va opposer la France et le nouvel état. Toutes les puissances mondiales vont s’impliquer dans le conflit. Le tournant de la guerre va avoir lieu quand un gouvernement altermondialiste allié aux islamistes va prendre le pouvoir en France. Jadis acquis au régime, « l’Axe du Bien » (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Italie, Israël) va retourner ses alliances et bombarder lourdement la France sous couvert de la « libérer ». Contre sa neutralité, Tradiland se verra autorisé par l’Axe à occuper la Bretagne et la Basse-Normandie et sera reconnu comme un « état indépendant ». Les Casques Bleus monteront la garde entre Tradiland et le gouvernement fantoche à la solde de l’Axe en place à Paris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Patiemment, l’Imperator crée un pays conforme à sa vision du monde. La population, trop contente de trouver une alternative à la misère ambiante, s’y rallie. Des flots de réfugiés tentent de fuir la France en ruine mais sont généralement impitoyablement refoulés et s’entassent dans les camps de réfugiés sous contrôle de l’ONU. Dans la zone tradilandaise, une nouvelle société se crée : nouvelles valeurs, nouvelle histoire, nouveau régime, nouvelle classe dirigeante. Eclaboussée par le scandale des rafles d’adolescentes dans les camps de réfugiés, l’ONU retire ses Casques Bleus, les Tradilandais ayant réussi à convaincre des officiers belges et suisses de se laisser capturer. Privé du bouclier international, ce qui reste de la France est bientôt envahi par Tradiland. Une par une, les provinces tombent : Aquitaine, Savoie, Alsace, Bourgogne, Corse, Ile de France, Champagne, Lorraine… S’en suit l’épuration et la « normalisation » internationale. Mais déjà, le tonnerre gronde, ailleurs : le redressement de l’Europe inquiète les Etats-Unis et surprend la Chine. Une autre page s’ouvre, nouvelles guerres en perspective….&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-114200487784175287?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/114200487784175287/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=114200487784175287' title='4 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/114200487784175287'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/114200487784175287'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2006/03/tradiland-rsum.html' title='Tradiland (résumé)'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>4</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-114189280663564284</id><published>2006-03-09T00:24:00.000-08:00</published><updated>2006-03-10T07:40:12.963-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 45 - La Dernière patrouille</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Cela faisait deux jours qu’ils n’avaient pas dormi, cinq jours qu’ils n’avaient pas mangé ou peu s’en fallait. Ils n’étaient plus que dix-huit. Dix-huit rescapés de ce qui fut la 4e compagnie de chasse du 12e régiment Jeunesse Impériale, rattachée temporairement au 638e régiment d’infanterie légère. Une pluie torrentielle s’abattait sur la forêt, il faisait nuit et le jeune chef de patrouille (grade équivalent à sergent-chef) Thomas Nedellec faisait le point des effectifs. L’état des lieux était rapidement fait : 7 Cadets de la section Luis Moscardo dont un élève-officier, 4 Cadets de la section Scouts de Perros-Guirec, 4 Cadets allemands de la Breslau HJ, 2 Cadets de la section Philippe Daudet et l’élève-tambour Kuntz, qui n’avait pas à être là mais qui y était quand même… Un régiment d’un millier de soldats totalement exterminé et dont ils étaient les seuls survivants. Avant de succomber dans un combat par trop inégal, l’unité avait rempli sa mission : ralentir au maximum l’offensive gouvernementale le temps que le piège se referme sur l’armée régimiste. Bien évidemment, les gamins ne savaient pas quel plan forcément génial avait été concocté par « le Père de la Nation » et qui nécessitait le sacrifice de tout un régiment.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette nuit, ils avaient enterré le seul adulte qui était encore avec eux, leur Compol. C’était lui qui, malgré ses graves blessures, avait pu les guider à l’abri. Touché au ventre, il avait mis des heures à mourir, ses mains couvertes de sang pressant vainement son ventre perforé. Quand le froid annonciateur de son départ vers l’Achéron le saisit, il fit venir Thomas près de lui et lui donna ses ultimes conseils : «Mon petit, c’est fini pour moi. Vous allez être touts seuls maintenant, livrés à vous-mêmes. Votre mission, si tant est qu’il reste une mission, c’est de rentrer à la maison. Le 638e n’existe plus. En marchant vers le sud, vous retomberez tôt ou tard sur nos lignes. Je suis fier de vous… ». Désormais, le commissaire politique reposait dans la glaise, près du lit de la rivière. Ils avaient roulé une pierre sur la fosse, en guise de sépulture. Ils y écrivirent à l’aide d’une roche crayeuse : « RIP Gérard Duval, 42 ans, Commissaire de régiment, tombé au combat le 2 février pour la libération de Tradiland, notre Sainte Patrie ». Maintenant, il n’y avait plus de 4e commando de chasse, il y avait 18 gamins transis de froids, affamés, épuisés et qui ne savaient plus où ils étaient. Ils arrivèrent à la lisière de la forêt, près d’un champ. Le spectacle d’apocalypse les saisit à la gorge : il y avait des carcasses de véhicules partout. « Mon Dieu », murmura Thomas, « c’est un véritable cimetière. Il n’y a plus rien qui bouge. Ce sont les nôtres ou les leurs ? Couvrez-moi, je vais voir si je trouve du ravitaillement ». Un jeune cadet lui murmura : « je viens avec toi, je veux voir les véhicules, c’est ma spécialité ». Sous la protection des autres cadets, ils rampèrent vers les cadavres mécaniques. Le petit passionné de matériel de guerre arriva à proximité d’un véhicule à chenilles en triste état : ses trois canons jumelés pendaient lamentablement dans le ciel et son flanc était éventré par une roquette air-sol. Le cadet tapa sur la carcasse : « Ça, c’est un tank antiaérien ZSU-30-6 soviétique, donc c’est un des nôtres. Ils ont dû les faire monter à l’avant quand les avions ont attaqué… » Ils rampèrent de concert vers un autre blindé détruit : « AMX-30, il a encore ses cocardes, c’est un gouvernemental ! Mince, t’as vu ses marques d’unité ? C’est la 2e DB ! ». Le chef de patrouille hocha la tête : « Regarde là-bas, l’espèce de jeep, c’est peut-être intéressant » « Ta jeep, c’est un UAZ 469 russe, donc de chez nous. On ne doit pas être loin du PC régimentaire. Une chose est sûre, c’est qu’on est touts seuls, exceptés les cadavres et les corbeaux… Je crois que notre régiment a été anéanti mais qu’en face, ils n’ont pas fêté longtemps leur victoire… Hé, regarde-moi ce bestiau ! Il était tout neuf avant d’être détruit… incroyable, c’est un EE6-Carcavel ». Nedellec haussa les épaules : « Enchanté, moi c’est Nedellec ». Le cadet répliqua : « attends, t’as rien compris ! Le Carcavel, c’est brésilien comme char, et on en n’a pas, ça je le sais. Donc, c’est forcément un char du gouvernement. Et si les gouvernementaux nous lancent des Carcavels flambants neufs, ça veut dire que… » « que ? » « que le potentiel blindé de la république est totalement anéanti ou peu s’en faut… Oui, oui, ouiiiiii, on a gagné cette foutue guerre ! On a eu la peau de la catin à bonnet phrygien… » Thomas lui tapa sur l’épaule : «Oh, oh, mollo, beaucoup de fusil fiston. Je te rappelle qu’on est en zone ennemie, Dieu sait où, qu’on n’a rien dans le ventre depuis 5 jours et qu’on tient debout par miracle. Si on ne trouve pas de la bouffe d’ici ce soir, tout ce qu’on aura gagné, c’est de servir de repas aux corbeaux. Tu as la force de monter sur le gros char là-bas ?Celui avec le radar… » Le cadet en avait presque les larmes aux yeux : « Oh les salauds, ils nous ont détruit un Shilka ! Quasiment ce qu’on a de mieux ! » Hochement de la tête désapprobateur du chef de patrouille : « Toi mon garçon, tu vas faire carrière à l’état-major, tu iras dire à la veuve et aux orphelins : désolé madame, désolé les enfants, votre mari, votre papa est mort mais réjouissez-vous, le ZSU-23-4 est réparable, c’est une bonne nouvelle non ? » Hissé tant bien que mal sur la carcasse du char, il scruta l’horizon. « Je ne vois rien, des trucs qui flambent par là-bas dans les champs… une offensive blindée ennemie qu’on a stoppé net apparemment… la pente douce, la rivière en bas… hé… une ferme !!! Une ferme de l’autre côté de la rivière ! Steak et jambons sur pattes en vue ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Courrant vers leurs lignes tête baissée, du moins autant que leur permettaient les forces qui leur restaient, les deux cadets informèrent les autres de leur bonne fortune : une ferme sur la rive opposée, soit approximativement 4 kilomètres. Rassemblant sa fierté et son courage, s’improvisant meneur d’hommes, Thomas Nedellec sonna le rassemblement. « Elève-tambour Kuntz, vous savez jouer la marche en avant ? ». Le bambin répondit : « Bah évidemment ! C’est la première chose qu’on apprend ». Roulement du tambour. Un par un, les Cadets s’engagèrent sur le chemin forestier descendant à la rivière, la kalachnikov en bandoulière. Ouvrant la marche, les chefs doivent donner l’exemple, Nedellec marchait lentement en pensant à la bataille qu’il venait de vivre. Une semaine à tenir face aux assauts des troupes françaises. Il revoyait le Compol, bien sanglé dans sa gabardine de cuir, celle-là même dans laquelle il avait été enterré, déclarer : « Un mort pour 19 ennemis de tués, c’est le taux de perte autorisé, ordre du gouvernement, notre sacrifice leur donne du temps ! » Et ils avaient tenu. Cadets comme anciens. Le 638e n’avait pas volé en éclats, il avait lentement fondu, comme un glaçon, plus exactement, comme le sucre fond pour devenir du caramel. Un caramel collant dans lequel s’était englué l’envahisseur. Le 4e commando de chasse était une unité d’avant-garde, rattachée aux unités de reconnaissance du 638e de ligne. Leur but était de s’infiltrer dans les lignes ennemies, récolter un maximum d’informations, puis revenir. Ou, s’il était impossible de revenir, se transformer immédiatement en unité de partisans. Ils avaient fait et l’un, et l’autre. Ils avaient entendu parler de la guerre, ils l’avaiente vu dans les films qu’on leur montrait aux Jeunesses Impériales, dans les récits des anciens… mais là, c’était pour de vrai. Dans ces moments-là, seuls comptaient l’instinct de survie et l’application stricte de ce qu’on avait appris. Ce n’était pas les rizières de l’Indo, les djebels d’Algérie, les déserts du Tchad ou d’Irak, la jungle de la Côte d’Ivoire ou les montagnes du Kosovo, là où les instructeurs s’étaient battus pour un pays qui n’était plus le leur. C’était juste la Charente. Ce qui avait été leur pays ou ce qui l’était encore ou ce qui aurait dû l’être. Un univers de champs, de vignes, de forêts, de villes et de villages. Maintenant, un univers lunaire dans la zone de combats. Nedellec avait vu la guerre de près, de très près et sa décision était prise : s’il revenait vivant de cet enfer, il demanderait son intégration à l’Académie Militaire… pour y revenir au plus vite ! Il avait eu son baptême de feu entre les rafales de mitraillettes et les explosions des grenades. Tout lui revenait en mémoire en vapeurs enivrantes, souvenirs opiacés lui donnant la force de continuer. Le colonel Kurtz avait raison : l’odeur du napalm au petit matin sent la victoire… Les tirs des obusiers de 155mm des républicains qui tombaient au hasard à côté d’eux, la fraternité d’armes, la camaraderie, tu tombes je te relève, je tombe tu me relèves. Les premières grenades tirées, les explosions proches, voir l’ennemi stoppé net, l’accalmie entre deux offensives repoussées. Ils avaient quitté leurs lignes pour s’infiltrer sur les arrières de l’ennemi, avaient espionné, saboté, abattu des officiers. La première fois, ils avaient réussi à rentrer, non sans pertes. Au QG régimentaire, ils avaient fait leur rapport. Il y avait dans la pièce des mercenaires biélorusses de la Andrei Vlassov. Un colosse balafré, blond comme les blés de son Ukraine natale lui avait ébouriffé les cheveux paternellement, tiré les oreilles en riant et en criant, d’une voix chargée de vodka : « Partisan ! Hurrah Partisan ! » en lui tendant la bouteille. Par politesse, il but une gorgée (« Yurk, encore plus dégueulasse que la vodka polonaise ») puis, avec le courage de l’alcool, lança au russe : « Niet partisan ! Werewolfen ! » L’ex Soviétique lui tendit la bouteille. Ils riaient de bon cœur avant de repartir au combat, avec pour mission de glisser entre les lignes ennemies et d’y rester jusqu’à nouvel ordre. Paradoxalement, c’est cette mission périlleuse qui permit la survie de la dernière poignée de Cadets.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ils avaient donc fait la guerre, premier engagement dans ce qui allait rester dans les livres d’histoire comme « la bataille de la poche de la Charente ». Cette bataille que d’aucuns jugèrent comme le tournant de la guerre civile, fut appelée aussi « les mortelles vendanges ». C’est du moins le nom que lui donna Thomas dans une lettre qu’il écrivit à ses parents. « Dans son Epître aux Galates, Saint-Paul disait : «Il n'y a ni hommes ni femmes, ni Juif, ni Grecs, ni hommes libres ni esclaves, vous êtes tous un en Jésus-Christ». Sur le champ de bataille, il n’y a plus de catégories, plus de classe sociales, plus de nationalité. Il n’y a plus que Dieu et le Parti. Il n’y a plus que Tradiland. Nous sommes au coude à coude sur le coteau, Jeunesses Impériales, armée régulière, mercenaires, volontaires étrangers, Commissariat Politique… Nous sommes dans les vignes et nous sommes des raisins dont la guerre est le pressoir. Et ceux d’entre nous qui seront vendangés, qui seront pressés, donneront le même vin rouge qui arrosera la terre quelque fut l’origine du raisin. A notre humble niveau, nous sommes une petite Cène. Mange notre corps et bois notre sang, ô terre nourricière. Comme le dit cette chanson que nous avons chanté tant de fois : « Sang et vin mêlés ruissèlent, sang et vin gaulois ». Si nous devons mourir, soyons le levain d’un nouveau peuple. Cette fois, l’Union Sacrée est pour la seule cause valable : la libération de notre peuple. C’est à l’heure présente notre seul devoir ». Le 4e commando de chasse fut rapidement coupé de ses bases arrière et perdit par attrition ses officiers, ses sous-officiers à l’exception de Thomas, tous ses Cadets sauf les 16 rescapés. L’élève-tambour Kuntz traversa les batailles sans même une égratignure. Comme pour le Grégoire de la chanson chouanne, les balles devaient estimer : « T’es bien trop petit mon ami, dame oui… ». Essayant de regagner leurs lignes sous le feu de l’ennemi, ils parvinrent à gagner la forêt. Ils y restèrent bloqués une dizaine de jours, essayant de tracer leur route vers la frontière. Jour après jour, les effectifs diminuaient, la faim, la fatigue étaient de plus en plus insurmontables. Mais le 4e de chasse était devenu un abcès de fixation. La destruction du 638e régiment avait permis aux gouvernementaux de progresser sur quelques kilomètres, coupant d’autant les Cadets de leur camp. Faisant avancer ses maigres troupes en marche forcée, Thomas se voulait rassurant : « Allez-y, Cadets en avant ! Cadets en avant ! Là-bas dans son Bunker Palace, l’Imperator ne nous oublie pas. Il ne faut pas que l’ennemi passe, il a foi dans ses petits gars… ». Comme si les 18 derniers soldats en état de combattre pouvaient changer quoi que ce soit au sort de la guerre… Mais il avait raison sur au moins un point : en haut lieu, on ne les avait pas oubliés…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au GQG, le général Dieuze avançait des petits carrés magnétiques sur la grande carte Michelin déployée sur le mur. « Le 638e a 99 % de pertes. Aux dernières nouvelles, une vingtaine de rescapés, des Cadets, ont trouvé refuge ici, dans la forêt. Le régiment a tenu plus qu’il ne fallait… Nous avons pris au moins 9 régiments ennemis dans la nasse, peut-être 15… On va détruire presque un quart de l’armée ! C’est presque trop beau pour être vrai ! Nous allons anéantir la quasi-totalité de leur potentiel blindé. Leur belle offensive de printemps va s’achever avant même d’avoir commencé ! Quelles sont tes consignes, chef ? » L’Imperator réfléchit quelques instants : « Envoie le 315e régiment d’hélicoptères d’assaut retrouver les petits coûte que coûte. Pour remplacer le 638e, faite une ligne de défense avec le 13e régiment de Légion qui devra tenir pendant que les 1e , 3e et 4e Panzer vont écrabouiller tout ce qu’il y a dans la poche avec appui massif de notre aviation. Nous avons perdu pas mal de nos chars anti-aériens, mais je crois qu’avec le nombre d’avions qu’ils ont envoyé au tapis, on peut parler de l’Armée de l’Air au passé… Faites un premier passage avec les Mig-31 pour voir s’il reste encore des menaces et ensuite, chargez nos vieux Sukhoi et Iliouchine avec le plein de napalm et cramez-moi tout ça… Je veux que l’incendie de leurs chars ressemble à Rome brûlée par Néron ! Je veux que dans 50 ans, les vieux paysans au coin du feu racontent à leurs enfants : j’ai vu l’armée républicaine être anéantie en Charente. Une fois qu’on aura fini avec eux, on se retire ». Le général Dieuze sursaute : « Pardon ? Tu veux dire qu’on n’occupe pas le terrain ? On se fait aplatir le 638e, un millier de soldats morts, et pour ne pas exploiter notre victoire… Désolé chef, là, je ne comprends pas ». L’Imperator ne parla pas pendant une longue minute puis appuya sur son interphone : « Charbonnier, ma petite, apportez-moi l’organigramme du 638e ». Quelques instants plus tard, il ouvrit un épais classeur de cuir noir. « Voici qui dirigeait feu le 638e… Colonel Gonéry Le Tallec, 48 ans, marié, 9 enfants, détaché du 9e régiment d’infanterie de marine. Tu le connaissais je crois, sa petite Bertille est en classe avec ta dernière. Lieutenant-colonel Martial Robin, 49 ans, marié, 3 enfants… Rappelle-toi, c’est l’officier qui commandait cette batterie d’artillerie qui s’est mutinée en notre faveur. Lieutenant-colonel François Catroux, alors là, c’est juste le beau-frère d’un de nos ministres…Imagines-tu que j’aurais osé un instant les faire mourir pour rien ??? Tu me prends pour Joffre, pour Nivelle ? En me contentant d’anéantir leur potentiel offensif, je fais plus que les détruire : je les humilie ! Toute leur propagande sur notre « volonté de conquête » fichue en l’air. Ils s’apprêtaient à nous frapper, on arrive, on leur fiche le nez dans la boue et on repart, débonnaires… Ne confonds pas cela avec de la mansuétude naïve comme Dunkerque. Mon message est clair : votre république est de la merde et je la renverse quand je veux, le jour où je veux, dans les circonstances que je veux… De plus, nous avons besoin d’un délai d’un an pour bien asseoir nos bases arrière. Ne te mets pas martel en tête, mon fidèle Dieuze.. ». Il ouvrit son armoire à liqueur et sortit une bouteille de Cointreau et deux verres à alcool. « L’an prochain à Paris ! C’est nous qui buvons, mais ce sont eux qui vont trinquer…» dit-il en choquant son verre avec celui de son chef d’état-major…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La rivière était là, tendant son bras. Ils pouvaient entendre le bruit de l’eau qui courait. Tout est calme, paisible. On entendait chanter les oiseaux. On devinait de l’autre côté l’objectif ultime de l’unité : la ferme. La tranquillité champêtre tranchait avec le vacarme assourdissant de la guerre. Un Cadet, au bord de l’épuisement, s’installa sur une souche d’arbre, montrant de la main le paysage : « S’arrêter et vivre ici… » « Vivre ici je ne sais pas, mais crever ici, c’est bien parti pour !!! Regarde plus bas… », déclara Thomas en pointant du doigt les ombres qui faisaient leur apparition en contrebas. Une unité de l’armée républicaine, probablement à leur recherche, remontait en leur direction. Pour le moment, les Tradilandais avaient l’effet de surprise, mais cela ne durerait pas. « Nous sommes 18, ils sont au moins le double… On fait quoi ? » demanda un Cadet blond aux larges épaules. « Kuntz, il faut les rassembler, c’est le moment de bien frapper la marche en avant… Franchir cette put..n de rivière c'est revoir nos pères et nos mères. De toute façon vous n'avez pas le choix de reculer d'un pas, notre chère Camarde est derrière avec sa faux en bandoulière. Baïonnettes au canon ! On va les embrocher en corps à corps… Pas de prisonniers et pas question de tomber vivants entre leurs mains ! ». Le silence fut déchiré par le bruit de la rafale de pistolet-mitrailleur qui faucha la première ligne des soldats. Allongés dans l’herbe et les fourrés, les Cadets vidèrent leur chargeurs. Comme il ne leur restait quasiment plus de munitions, les derniers clips furent distribués à ceux qui allaient couvrir le « commando suicide » qui chargerait à l’arme blanche. Les dernières grenades faisant diversion (et dispersion pour ceux qui les reçurent), les Cadets étaient presque au contact quand les munitions furent épuisées. La première ligne des Bleus fut littéralement embrochée. La seconde fit un baroud d’honneur mais les dernières munitions eurent raison d’elle. Quant à la troisième ligne, elle s’enfuit sans demander son reste, abandonnant ses armes. Le bilan était lourd : un Cadet allemand était affalé au sol, du sang plein la bouche. Un autre couinait en rampant, une balle bientôt mortelle dans le dos. D’un fourré, une main dépassait, immobile… Au total, sept de plus ne rentreraient pas à la maison. Pour les onze rescapés (dont le petit Kuntz) jamais la ferme ne sembla aussi loin. On ne pouvait pas vraiment parler de mutinerie, mais de désespoir généralisé amenant à la mort par inanition. Le sergent-chef essaya une dernière fois de rassembler ce qui pouvait l’être encore, faisant appel à ce qui avait de plus sacré dans l’âme de ses soldats : « Nous n’avons le droit ni de renoncer, ni de désespérer. Si nos unités portent le nom qu’elles portent, c’est parce que nous avons le devoir moral d’être les héritiers de notre peuple, les gardiens de notre mémoire. Vous, Cadets de la Luis Moscardo… » Les rescapés de cette unité hochèrent la tête. L’histoire était connue de tout enfant de catégorie 1, de quasiment tous ceux de catégorie 2. Tolède, Espagne, 23 juillet 1936. L’Alcazar tient toujours face aux criminels rouges. A l’intérieur, le colonel Juan Moscado, plus de 1700 réfugiés dont 221 enfants. L’officier sait que les fanatiques républicains, avides de sang de chrétien comme leurs ancêtres français et leurs amis soviétiques massacreront tout le monde en cas de reddition. Mais pour le faire céder, le « loyaliste » Cabello a recours à la lâcheté coutumière des humanistes : il va faire enlever Luis, un adolescent de 16 ans, fils de l’officier. Si ce dernier ne livre pas à la mort les gens sous sa responsabilité, les républicains tueront son enfant. Après un entretien émouvant, le fils acceptera de se sacrifier pour que l’Espagne ne sombre pas dans la barbarie. Il sera abattu d’une balle en pleine tête, mais la victoire de Tolède fut la première étape de la libération de l’Espagne. L’élève-officier continuait : « Vous, Cadets de la Scouts de Perros-Guirec ». Nouvel hochement de tête des intéressés. 22 juillet 1998. Les Scouts Marins font un entraînement de routine à Perros-Guirec. La météo n’annonce pas le coup de vent de l’après-midi. La volonté de Dieu fit que leur embarcation se renversa. Sur 7 petits scouts, quatre moururent, lâchant prise un par un, les plus âgés exhortant les plus jeunes à tenir bon, priant Dieu en ces instants tragiques. Aussi émouvant que le naufrage de l’USS Indianapolis en 1945, quand les marins subirent une semaine durant l’assaut des requins… « Vous, Cadets allemands de la Breslau HJ ». Les deux Allemands survivant rectifièrent la position, pieds écartés à 45°, claquement des talons. Février 1945, l’Allemagne se bat avec l’énergie du désespoir contre ceux qui depuis quatre ans ont ouvertement planifié l’extermination de son peuple, obstacle à leur ténébreux condominium matérialiste. Regroupée autour de son chef que l’empoisonnement méthodique d’un médecin renégat avait affaibli, elle voit brûler ses villes, violer ses mères et ses fillettes, tomber l’élite de ses pères et de ses fils. Nibelungen. Dans Breslau encerclé, des jeunes adolescents, des enfants même, se battent pour vivre libres dans leur pays. Le sort qui les attend ? Pour les garçons, la mort, pour les filles, le viol et la mort. Alors, à un contre trop, les Hitlerjungend de Breslau font face, se battent et meurent en chantant, infligeant des lourdes pertes aux hordes de Staline, héroïques petits partisans d’une Europe debout face à ceux de l’Europe à genoux. Ceux que la mort ne délivra pas sur le champ de bataille périront dans les camps de la mort de Russie, de Pologne ou d’Allemagne orientale. « Vous enfin, Cadets de la Philippe Daudet ». 24 novembre 1923. L’Action Française a entamé un bras de fer contre le régime. En janvier, Marcel Plateau est abattu par une anarchiste, qui sera acquittée en décembre par la justice républicaine. Saignée à blanc par la Grande Guerre, l’AF avait cru naïvement que la mort de 90 % de ses jeunes cadres dans la boue des tranchées allait lui valoir une place en France. Mais la répartition des tâches était établie en République : pour le catholique le plomb, pour le « bon républicain », l’or… En ce triste jour, Philippe Daudet, 14 ans, fils du polémiste, est abattu d’une balle en pleine tête, probablement par la police via les anarchistes qui, à l’époque comme aujourd’hui, effectuent les basses besognes du régime. Il faudra attendre 1925 pour que Maurras tance le ministre de l’Intérieur d’alors : « Monsieur Abraham Schrameck , comme vous vous préparez à livrer un grand peuple au couteau et aux balles de vos complices, voici les réponses promises. Nous répondons que nous vous tuerons comme un chien…». Les assassinats cessèrent mystérieusement… Gravement, les Cadets regardèrent leur élève-officier. Ce dernier continua sa harangue, pensant à l’homme qu’ils avaient enterré, celui qui, à l’agonie, continuait encore à insuffler le courage à ces apprentis soldats devenus partisans malgré eux : « Si on craque maintenant, ça veut dire… Ça veut dire qu’on ne vaut pas mieux que ceux d’en face ! Ça veut dire que nos parents se sont sacrifiés pour rien, que nous sommes indignes du nom que l’on porte, indignes du sang qui coule dans nos veines, indignes même de notre race. Cela voudrait dire que nous sommes nous aussi devenus des dégénérés ! Mieux vaut la mort que la honte ! Nous n’avons qu’une chose à faire, une mission à accomplir : rentrer chez nous ! ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un à un, les soldats se relevèrent. Debout les morts ! Les traits tirés, les yeux cernés, ils reprirent leurs fusil-mitrailleurs et se regroupèrent. Le ventre vide, les jambes flageolantes, ils comptaient sortir de la forêt, quitter la verte protection pour atteindre cette ferme pour se nourrir. L’élève-tambour Kuntz prit ses baguettes et commença à faire les faire rouler sur son instrument. Pour se donner du courage, les Cadets se mirent à chanter La Catholique : « Depuis 1900 ans et plus, la France est la France de Jésus. Depuis les Francs et les Gaulois, la France a toujours dit « je crois ! ». Hardis contre la clique sans patrie et sans Dieu, pour la Foi catholique Français debout car Dieu le veut, chantons la Catholique, vive la France et Dieu ! ». L’eau froide de la rivière les revigora, lava leurs blessures, rinça leurs larmes. Ils arrivèrent sur l’autre rive, trempés, devant hisser sur la berge les plus atteints. La ferme se détachait à l’horizon. De la lumière à la fenêtre de la cuisine montrait qu’elle était habitée. II ne devait rester que 500 mètres à marcher. Le dernier objectif atteignable pour le moment. Le moment de rassembler les dernières parcelles d’énergie qui restaient. Si celle-ci était mesurée comme l’essence d’une voiture, les témoins orange seraient allumés depuis longtemps. Pour tenir, il fallait faire le vide dans sa tête. Ne plus penser aux camarades tombés, aux blessures, à la faim, à la fatigue. Et le meilleur moyen de se concentrer sur l’essentiel, rallier la ferme, était encore de chanter… « Sans crainte risquons notre peau pour la Croix et pour le drapeau. Autour d’eux-ci nous nous serrons, par ces deux signes nous vaincrons. Hardis contre la clique sans patrie et sans Dieu, pour la Foi catholique Français debout car Dieu le veut, chantons la Catholique, vive la France et Dieu ! ». Le temps qu’ils atteignirent la cour de la bâtisse le fermier était là avec sa femme. Ils regardaient arriver vers eux ce qui avait été jadis une armée. Jadis, car, à ce moment précis, il n’y avait plus de 4e commando de chasse. Il n’y avait plus que 11 gamins affamés. « Mon Dieu, oh mon Dieu ! mais ce sont des enfants ! » s’exclama la fermière. Le fermier tira longuement sur sa Gauloise : « laissez-moi deviner : vous êtes une unité de pointe coupée de ses bases qui cherche à manger et à bivouaquer pour cette nuit. Vrai ? Allez, entrez, vous n’avez pas l’air de pillards… » Quelques instants plus tard, la nourriture tant attendue fit son apparition sur la table. Un Cadet, plus affamé que les autres, tendit sa main vers la corbeille de pain mais le regard version « canon de fusil » de son chef le fit reculer. « La faim ne justifie pas le relâchement. On arrive à ce qu’on fait parce qu’on est ce que l’on est. Que ceux qui peuvent encore se mettre debout se lèvent, les autres ont une dérogation. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, ainsi soit-Il. Mon Dieu bénissez-nous, nous et la nourriture que nous allons prendre, et faites-nous la grâce d’en bien user pour votre gloire et pour notre Salut… Maintenant… A table ! »&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après le repas, Fernand déploya une grande carte de la région et pointa sa ferme du doigt : « Vous êtes à 20 kilomètres derrière vos lignes, à 26 kilomètres de la ville la plus proche de votre zone… ». Thomas l’interrompit : «… de notre patrie ». Le paysan haussa les épaules : « de votre patrie si vous voulez, même si à mes yeux vous êtes aussi Français que nous. Vu l’état de vos gamins, il vous faudra bien 8 heures de marche pour y arriver. Partir maintenant serait de la folie : les commandos démocratiques risquent de patrouiller encore et vous serez trop faibles pour vous défendre. Vous allez prendre un paquet d’heures de repos, soigner les plus touchés, manger, et cette nuit, vous traverserez le no man’s land. Demain soir, vous serez chez papa-maman. Surtout le tout petit. Vous mobilisez les mioches ? Il a quel âge 9 ? 10 ans ? ». Le chef de patrouille jeta vers le petit musicien militaire un regard à la fois courroucé, attendri et admiratif : « C’est un élève-tambour, normalement, il n’aurait jamais dû être avec nous. Mais voilà, il voulait faire la guerre avec les grands. C’est amusant la guerre quand on a 9 ans. Alors il s’est caché dans le camion, on l’a récupéré trop tard : on était déjà engagé sous le feu de l’ennemi. Quand il a vu mourir sous nos yeux notre Compol après plusieurs heures d’agonie, il a compris. Il va pouvoir raconter à ses amis que la guerre, c’est tout sauf un jeu ! Mais je dois admettre qu’il ne s’est pas plaint ! Il a marché avec les grands, s’est battu aux côtés des grands, a souffert avec les grands. Comme nous, il a connu la faim, le froid, la douleur, la mort, la fraternité d’armes. Et des petits bonhommes comme lui, on en a plein les pensionnats… ». En finissant sa phrase, le sergent-chef Nedellec regardait songeur vers la fenêtre. Un long silence dans la pièce. Le couple de paysans méditait la dernière phrase. Le mari murmura deux mots à l’oreille de sa femme. Celle-ci tirait nerveusement sur l’ourlet de sa robe : « Non, non, Fernand, c’est à ton frère ! ». Il hocha négativement de la tête : « Mon frère et ma belle-sœur, ils n’ont plus appelé depuis six mois… Je n’ai plus de frère ! » Gravement, le campagnard fixa le jeune Cadet droit dans les yeux : « Vous le pensez vraiment ? ». Nedellec lui rendit son regard, déterminé comme jamais : « Affirmatif. Nous sommes debout. Parfois, quand j’étais jeune, je ne comprenais pas le pourquoi de cette éducation si différente que nous recevions. Maintenant, j’ai compris. Sans cette éducation, nous n’aurions pas perdu sept des nôtres mais la totalité de l’effectif. Et ceux qui sont morts ne sont pas morts pour rien, pas comme en 1914-18. Vous savez que Vianney, mon meilleur ami, est mort ? C’est moi qui lui ait fermé les yeux, quand cette balle qu’il a pris dans le dos l’a vidé de son sang. Je l’ai enterré et ai planté une croix sur sa tombe. Quand je reviendrai, je dirai à sa mère et à ses sœurs que c’est la graine sacrifiée qui permet au blé de lever. J’avais 18 Cadets sous mes ordres, je n’en ai plus que 11. Mais quand on va rentrer chez nous, je verrai nos villages, nos écoles, nos églises, nos usines, notre pays né de notre sueur et de notre sang et je me dirai, c’est nos larmes et nos morts qui ont fait que cela est encore debout. Et chaque feuille d’arbre, chaque motte de terre, chaque œuvre née de la main de l’homme me dira : c’est grâce à eux que nous sommes là. Nous avons perdu beaucoup des nôtres, mais nous savons que c’est pour une bonne raison. L’ennemi nous laisse le choix : mourir comme des hommes ou crever comme des bêtes. Nous avons relevé le défi… » Le paysan hocha la tête : « Vous n’êtes peut-être pas au courant, mais je vais vous l’apprendre. Malgré les démentis du gouvernement, les informations de votre régime ont été confirmées par la presse étrangère. Vous avez perdu votre 638e régiment de ligne, mais en contre-partie, vous avez anéanti la totalité de la 2e division blindée et la 27e division alpine, c’est-à-dire le peu d’unités en état de combattre qui restait à la République, vous avez mis hors de combat quelque chose comme 14 régiments. Enfin, 15 si on compte le 5e régiment qui s’est mutiné et qui maraude dans le coin… Justement, à ce propos… » Le paysan se leva : « Je vais vous confier nos biens les plus précieux. Josette, la clé de la trappe et la boîte à bijoux. Inutile de pleurer, ma décision est prise…Tu sais très bien comment ça va finir ici ». La femme s’absenta puis revint avec les objets demandés. Pendant ce temps, le paysan avait été cherché une lampe-torche et la tendit à l’élève-officier. Il ouvrit la trappe qui menait à une sorte de cave où il devait jadis cacher des surplus non déclarés ou tout simplement son meilleur vin et invita le jeune homme à descendre. « Mes biens les plus précieux… » se demanda Thomas, « qu’avait-il voulu dire ? Des lingots d’or cachés sous le matelas ? Des armes genre fusil de chasse ? Peut-être même une vieille AA-52 ramenée de la guerre d’Algérie ou des grenades américaines du pépé ancien FFI, allez savoir… Quelque chose de précieux qui appartenait à son frère ». Il alluma la torche et descendit les deux premières marches. Le faisceau de lumière balaya le sol de terre battue, rencontra deux matelas posés sur le sol. Il descendit deux marches de plus, faisant aller et venir la torche. Pas d’armes, mais deux matelas… Des billets dans deux vieux matelas cachés dans la cave, c’est sûrement cela. Tout le monde sait que les paysans cachent leurs économies dans le matelas. C’est alors qu’il comprit… Dans la lumière, deux ombres se terraient au fond, tout au fond, comme si elles ne voulaient faire qu’une avec le mur. Il entendit du salon la voix du paysan : « Vous pouvez sortir, vous ne risquez rien ». Un frisson parcourut l’échine du sergent-chef. Il avait bien vu… Blotties l’une contre l’autre, une adolescente de 15 ans et une fillette de 8. «Mes nièces. Elles viennent de la banlieue de Rouen. Mon frère me les avait confiées avant de disparaître. Ça devenait malsain pour elles d’être blondinettes. Pas besoin de vous expliquer, vos journaux en parlent assez.. Mais ici, depuis qu’on a le 5e qui s’est mutiné… il y a pas mal de filles du coin qui ont disparu, si vous voyez ce que je veux dire… Ça fait une semaine qu’on les cache ici… mais je ne suis pas tranquille, si jamais ils savent qu’il y a de la chair fraîche ici, ils peuvent venir à tout moment. Emmenez-les avec vous. Là-bas, elles auront un avenir. Amandine, Camille, vous allez partir cette nuit avec eux ». Ils remontèrent tous trois dans le salon. Josette, la femme du fermier, avait ouvert la boîte à bijoux. Fernand fit un rapide inventaire : «l’alliance de leur mère et de leur grand-mère, le chapelet en ivoire de la mémé, les napoléons que mon frère et moi avons reçus pour notre première communion, les médailles de baptême des petites. Prenez ça avec vous. J’ai comme l’impression que quand vous reviendrez ici, vous ne trouverez plus personne. Les délateurs, il y en a partout et ce sont généralement des voisins. Un gars comme le Lucas, par exemple. ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une heure plus tard, la guerre semblait avoir quitté la ferme. Le petit Gonzague Kuntz avait laissé son tambour. Il courrait à perdre haleine dans la cour de la ferme, jouant avec Camille, donnant avec elle du pain aux canards, la poussant sur la balançoire. Regardant la scène, Thomas Nedellec murmurait : « La capacité de résistance des enfants me surprendra toujours. Mais où trouve-t-il encore la force d’aller jouer dehors avec votre nièce ? ». Le fermier hocha la tête : « Ce sont des coriaces chez vous ! Le petit, il va coucher dans la chambre avec la petite, on va lui monter un matelas, à cet âge, ça ne peut pas être malhonnête. On va mettre les plus blessés là-haut, dans la chambre d’amis. Les autres, dans le salon, je suppose que vous allez faire des tours de garde. Moi j’ai pas de route à faire demain, alors je vais veiller pour vous. Dormez les jeunes... ». Dans la chambre du haut, pendant toute la soirée, Gonzague cessa d’être un élève-tambour pour redevenir un petit garçon. Pendant que Josette, la fermière, préparait les maigres bagages que les deux filles emporteraient sur la route de l’exil, les deux enfants étaient assis en tailleur sur le sol de la chambre et lisaient des bandes-dessinées : « Il y a des Tintin dans ton pays ? » « Bah bien sûr, on les a tous à la maison. Même que Tintin a vraiment existé et que il y a son portrait partout dans les écoles et dans la rue et il a une grande statue au Bunker Palace qu’on va fleurir avec l’école le 31 mars. Les filles, elles y vont pour la Saint Léon, le 11 avril… Tu iras cette année avec ma petite sœur Domitille, elle va avoir bientôt 8 ans et elle va être drôlement contente d’avoir une petite sœur adoptive de son âge, mes autres sœurs sont bien plus âgées ». Le réveil fut tôt, bien avant l’aube, et pénible. Camille et Amandine, peu habituées aux levers matinaux dormaient encore debout. Un Cadet avec des poches de kangourous sous les paupières buta dans une des chaises du salon en maugréant : « Je suis tellement fatigué que j’ai les yeux qui vont sortir de leurs orbites. C’est le 4ecommando de zombies ». Ils marchèrent pendant des heures, soutenant les plus blessés d’entre eux. Ils ne rencontrèrent personne jusqu’au premier village.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les cloches de l’église sonnaient à la volée, on était dimanche matin. Les gens sortaient de l’office dominical quand les rescapés débouchèrent sur la place du village. L’élève-tambour Kuntz frappait comme un sourd La Marche des Roys sur son instrument, le regard totalement absent, comme une mécanique. Derrière lui, le chef de patrouille Nedellec marchait en boitant, son chèche imbibé de sang tenant son bras en écharpe. Puis vint un blond râblé, Hercule en miniature, qui portait sur son dos un cadet aux cheveux bruns dont la toux laissait échapper le long de la commissure de ses lèvres un mélange de bave et de sang. Les autres Cadets étaient tous blessés, qui à la jambe, qui à la tête, qui au torse. Mais leurs regards montraient que ce n’était pas une armée Bourbaki en déroute. Ils étaient les derniers survivants de leur unité, exact, mais ils étaient victorieux, du moins, ils avaient accompli leur mission. Sur le parvis de l’Eglise, les gens incrédules les regardaient comme des spectres revenus de la mort. Le prêtre en soutane les bénit. Personne ne parlait, les conversations s’étaient tues. La dernière patrouille croisa une unité qui allait monter au combat, son porte-drapeau et ses officiers en tête. L’énorme étendard rouge et blanc, frappé de l’aigle noir, indiquait que c’étaient les volontaires autrichiens du 13e de Légion, une compagnie au moins, la Andreas Hoffer, la Der Kanzler ou la Ostmark, peu importait. Le Compol de l’unité fit arrêter ses hommes : « Alignement. Demi-tour droite. A genoux les hommes ! » Et tous les légionnaires, élite d’entre l’élite, enlevèrent leur casque et mirent un genou à terre au passage des petits rescapés. Hommage des anciens aux nouveaux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A l’autre bout de la place du village, face à l’église, de l’autre côté du monument aux morts, la Prestige de l’Imperator. Ce dernier était venu tout exprès du Bunker Palace pour accueillir les Cadets. Thomas s’avança : « 4e commando de chasse, chef de patrouille Nedellec au rapport, Seigneur Imperator. Chef de Commando de Précinet de la Grange, tué à l’ennemi, chef de section Gauthier, tué à l’ennemi, chef de section Wastreloos tué à l’ennemi, chef de section Bazinguet tué à l’ennemi, chef de section Martin, tué à l’ennemi, commissaire politique Duval, tué à l’ennemi. » Il se lâcha et éclata en larmes :. « Effectifs de départ : 150 Cadets , 5 officiers, 16 sous-officiers. Effectifs actuel : 10 Cadets, 1 sous-officier, 2 civils »… Un long silence. L’Imperator lui mit la main sur l’épaule et annonça : « Par décret impérial, le 4e commando de chasse devient la 4e section de la Jeune Garde, rattachée désormais à la Garde Noire. Le chef de patrouille Nedellec est promu au grade de chef de section. Les Cadets rescapés sont promus au grade de chefs de patrouille. Vous serez également tous décorés de la Croix de guerre avec chevron des blessés. Mais ce n’est pas tout… » Le petit Hercule blond qui portait sur son épaule son camarade blessé fut soulagé de son fardeau par des membres de l’antenne médicale dépêchée d’urgence à leur rencontre. L’Imperator le regardait, bouche bée. Le Cadet s’approcha, effectua un salut militaire en bonne et due forme puis lâchant son arme, courut vers lui. L’Imperator ouvrir en grand ses bras et le souleva de terre. Le petit, exténué, cria : « On l’a fait, on l’a fait papa, on est revenu ! » A l’autre bout du pays, le métal précieux en fusion coulait lentement dans le moule. Commande officielle et urgente du Ministère de la Jeunesse : 18 « Médailles d’honneur en or des Cadets Impériaux, avec palmes ». La plus précieuse des décorations militaires pour la Jeunesse Impériale. 18 Médailles d’Honneur, du jamais vu. 18 Médailles d’Honneur, dont 7 à titre posthume…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-114189280663564284?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/114189280663564284/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=114189280663564284' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/114189280663564284'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/114189280663564284'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2006/03/chapitre-45-la-dernire-patrouille.html' title='Chapitre 45 - La Dernière patrouille'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412731118200413</id><published>2005-12-09T03:21:00.000-08:00</published><updated>2007-02-06T02:36:00.433-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 80 (dernier) - Dix ans après...</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Les jours, les mois, les années ont passé… Cela fait maintenant dix ans que l’Imperator a étendu à la France entière l’Ordre Nouveau tradilandais. A la France entière et à une bonne partie de l’Europe d’ailleurs. La Belgique a cessé d’exister : la Flandre est un état satellite de la France dirigé par un régime rexiste allié, la Wallonie a été purement et simplement annexée. Le pays a été totalement réorganisé, les jours fériés ont été modifiés, les départements et les régions supprimés et remplacés par des « provinces ». L’épuration est achevée depuis 4 ans, les derniers camps de prisonniers ont été fermés et le pays totalement repris en main. De ce qui était jadis l’ordre ancien, il ne reste plus rien. Les anciennes valeurs, les vieilles références, les modèles surannés n’ont plus cours. L’école, les médiats, la culture diffusent un nouveau modèle de société. Et comme sous l’ancien régime, à 95 %, les gens y adhèrent plus par passivité que par conviction.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                Nous étions le jour de l’ouverture des Jeux Olympiques de Paris. L’immense tour de l’hôtel Concorde-Lafayette recevait les délégations de journalistes et de personnalités étrangères venues constater le nouveau visage de la France après 10 ans d’ordre nouveau. Voulant, selon ses propos privés « donner une gifle aux pisse-copies du monde entier », l’Imperator avait voulu qu’une ambiance 1930 soit diffusée dans l’hôtel, rêvant de faire de ces jeux l’équivalent de « Berlin 1936 ». Un orchestre de jazz jouait un vieil air de l’époque, le tout-Paris s’était habillé comme dans les Années Folles : femmes aux longues robes couleur crème, colliers de perles, fume-cigarettes pour celles qui fumaient, chapeau cloche ; hommes en tenue de gala avec haut-de-forme et gants blancs. On y buvait les cocktails de l’époque et les quotidiens avait repris pour la journée la mise en page et l’aspect des journaux de l’époque.  Seuls les membres de la police politique n’avaient pas eu besoin de changer leur gabardine de cuir noir : elle ressemblait tellement à celle de la Gestapo… Ces derniers se faisaient d’ailleurs de plus en plus présents, car après la normalisation du pays, les troubles internationaux avaient amené une réorganisation totale de l’armée et de la police qui devaient partager leurs prérogatives avec le Parti. Ce dernier avait sa police, le Commissariat Politique, et son armée, la Garde Noire, véritable garde prétorienne portée en temps de paix à 38 régiments venus de toute l’Europe sous le commandement du maréchal Pacq. Le Saint-Empire est en paix depuis seulement 20 mois et la fin de la campagne de Russie, enfin plus exactement de l’intervention de ce dernier dans la guerre civile russe. Le Saint-Empire s’étend maintenant de Lisbonne à Vladivostok. Les mauvaises langues l’appellent « Eurasia ». Cette Eurasia est, comme il se doit, en rivalité avec « l’Ocenia » et « l’Estasia ». Mais, à la différence du livre prophétique d’Orwell, les régimes politiques étaient différents et se regardaient tous trois en chien de fusil. La guerre pouvait éclater n’importe où : en Indonésie, en Asie Centrale, en Afrique, en Amérique du Sud. Et la guerre froide pouvait se transformer n’importe quand en guerre chaude. Ce n’était pas une « course aux armements », non, on «réorganisait », on «complétait », on « mettait aux normes »…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le porteur de la flamme devait venir de Neuilly, traverser l’avenue du Maréchal Pétain (anciennement de Gaulle), franchir la Porte Maillot et remonter vers les Champs-Élysées via l’avenue de la Grande Armée. Plus de 400.000 Parisiens se massaient le long du passage de celle-ci, derrière les grilles et le cordon de la Milice. Pour amener le symbole des jeux à son ultime destination, le ministère des Sports avait désigné le héros de l’Olympiade de New-York, Ghislain Courrèges, 29 ans, capitaine dans la Garde Noire, médaille d’or de décathlon et du saut à la perche. Il reçut le relais à la limite entre les deux villes et s’avança à petites foulées vers ce qui était redevenu la plus belle avenue du monde sous une haie de bras tendus et escorté de deux motos du peloton motorisé de la Garde. Place de la Concorde, Rue Royale, Place de la Madeleine, Grands Boulevards, Avenue de la Madeleine, Avenue des Capucines, Boulevard des Italiens, Rue Drouot… Les quartiers chics de Paris avaient retrouvé leur splendeur d’avant les années soixante et la politique familiale du gouvernement avait permis aux familles avec plus de deux enfants de revenir dans ces quartiers d’où la spéculation immobilière des « bobos » les avaient chassés…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Rue Lafayette, Rue du Faubourg Saint-Denis, Rue Strasbourg Saint-Denis, Rue Philippe Henriot (anciennement Marx Dormoy), Rue de la Chapelle, Avenue de la Porte de la Chapelle, Avenue Jacques Doriot (anciennement Avenue du Président Wilson). La flamme remontait vers ce qui était jadis les quartiers cosmopolites de la capitale, enfin, cosmopolites, façon de parler : il n’y restait plus beaucoup de blancs à partir de l’an 2001… Les accords passés entre Paris et les diverses capitales du Tiers-monde avaient permis le rapatriement des colonies de peuplement dans leurs nations d’origine. Les splendides immeubles haussmaniens récupérés dans un état de crasse et d’insalubrité innommable furent rénovés pour permettre aux familles chassés de Paris avant-guerre d’y revenir. Le XVIIIe arrondissement fut ainsi rapidement celui des familles nombreuses, et les XIXe et XXe redevinrent les quartiers populaires des titis et des poulbots. Les petits commerces y avaient fait un retour en force depuis la nationalisation des réseaux de distribution et la disparition progressive des supermarchés et des hypermarchés, remplacés par des coopératives. Les tribunaux de l’épuration économique avaient confisqué les biens de toutes les grandes chaînes, accusées de collaboration, relançant ainsi le petit commerce et les emplois qui allaient avec mais également libérant la paysannerie du pillage de sa production par les requins des centrales d’achat. De toutes les classes sociales, c’étaient l’atelier et la boutique qui soutenaient le mieux le régime. Les campagnes et la classe ouvrière ayant vu une amélioration notable de leur sort, s’étaient également attachées au nouveau régime. Plus réticente, la bourgeoisie faisait profil bas, la peur d’une confiscation des biens les rendant fort amènes….&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le porteur de flamme fit son entrée triomphale au Stade de France sous une pluie de fleurs lancées par les enfants des petites classes des deux écoles d’élite de garçons, Saint-Michel et Saint-Bénilde et par les deux écoles de filles, Saint-Anne-de-la-Providence et la Maison d’Education de la Légion d’Honneur qui avait regagné une ville de Saint-Denis qui avait perdu 60 % de sa population d’avant-guerre et dont l’artère principale s’appelait désormais « avenue Jacques Doriot ». Devant la vasque olympique, il plaça la flamme dans sa main gauche et du bras droit, effectua le salut tradilandais (ou olympique, ou fasciste, ou romain, selon vos goûts) devant les caméras du monde entier. Puis il plaça la torche dans son réceptacle et les Jeux furent déclarés ouverts. L’Honorable Monsieur Malard, Ministre des Sports, avait assuré l’Imperator de la possibilité de réussir ce que personne n’avait réussi depuis l’Allemagne en 1936 : battre les deux géants continentaux, la Russie et les Etats-Unis. Les délégations firent leur apparitions, avec en tête les quatre athlètes, un peu esseulés, de l’équipe olympique d’Afghanistan. Certaines nations obtinrent un franc succès en défilant bras tendu, salut olympique peut-être, hommage au régime sûrement. Ainsi, c’est sous les vivats que l’Afrique Occidentale Francophone, l’Afrique Equatoriale Francophone, l’Allemagne, l’Argentine, la Biélorussie, la Croatie, l’Espagne, la Flandre, l’Italie, la Lettonie et quelques autres firent le tour du stade. Mais l’apparition de l’équipe de France suscita une explosion de joie : le drapeau français était tenu par la benjamine de l’équipe, Marie-Hermeline Vautrin, 15 ans ½, équipe olympique de gymnastique, le panneau « France » par le doyen, Pierre-Antoine Kerguizen, 44 ans, équipe olympique de tir… Les 80.000 spectateurs du Stade de France debout bras tendus saluèrent la délégation française. Dans la nuit d’août, sous la lumière des projecteurs, un cri gronda, résonna, explosa, repris par 80.000 poitrines : « AVE ! AVE ! ». Tout un peuple communiait avec son chef dans une fierté retrouvée. Un vent léger faisait danser les torches dans le stade illuminé et gonfler les chemises des jeunesses impériales. Le drapeau olympique et ceux de toutes les nations du globe claquaient à l’unisson, en compagnie de l’ancien drapeau tradilandais, devenu non seulement drapeau du Parti mais également celui du Saint-Empire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;                Retour au Concorde Lafayette. Sous la lampe à la lumière feutrée par un abat-jour fuchsia, un journaliste du New York Times écrivait son reportage, un whisky et un cigare posé près de lui, à peine perturbé par le piano qui jouait Berlin Melody 1936 de Vladimir Cosma. Bien que muni d’un ordinateur portable, c’est à la plume, sur un bloc-notre blanc, qu’il écrivait ses impressions. Celle-ci glissait sur le papier, il était inspiré et n’avait pas à regarder le décor pour savoir que tout le ramenait justement à cette fameuse année 1936. « La guerre est inévitable. La France que nous avons sous les yeux n’est plus celle que nous aimions, la France métisse et cosmopolite, la France des Droits de l’Homme et de la Révolution de 1789. Nous voyons resurgir sous nos yeux une France, une Europe que nous espérions morte. Une France arrogante, qui vient nous défier, nous menacer sur notre propre territoire en soutenant ostensiblement les mouvements séditieux qui espèrent refaire dans les Etats du nord-ouest un horrible Tradiland américain. Cette jeunesse fait peur, avec son culte de la pureté, du travail, de l’abnégation, son refus du système des valeurs, de liberté, de démocratie qu’il est nécessaire de faire partager au monde entier. Le Saint-Empire a recolonisé l’Afrique, mis la main sur les formidables richesses de la Russie, nous a provoqués en dissolvant l’ONU par un retrait massif et en se retirant unilatéralement du GATT, du FMI et de la banque mondiale. Même l’embargo que nous avons fait contre l’Europe n’a rien donné. Il faut écraser le serpent dans son nid dès maintenant sinon, nous allons au devant d’une catastrophe. Comme nous avons libéré d’eux-mêmes l’Allemagne, le Japon, l’Irak, la Serbie et quelques autres états sans importance, nous devons libérer la France ». L’article fut lu et diversement commenté au Bunker Palace.&lt;br /&gt; Dix autres années passèrent. Entre le Saint-Empire et les Etats-Unis, les tensions allaient crescendo. La moindre étincelle pouvait mettre le feu aux poudres et transformer la guerre froide en guerre chaude. Au Bunker-Palace, l’Imperator avait convoqué l’état-major interarmes. Il avait revêtu pour l’occasion son uniforme de Grand Amiral de la Flotte. A ses côtés, les maréchaux Dieuze, Pacq et Calmier sortaient de leurs dossiers leurs notes de synthèse. Dans l’assemblée, on remarquait les uniformes vert de gris de la Wehrmacht, mais aussi des armées italienne, espagnole, polonaise, russe, représentées chacune par les chefs d’état-major. « Messieurs, parlons peu mais bien. L’heure est venue d’en finir définitivement avec les Etats-Unis. Cette année, le 4 juillet tombe un vendredi, l’armée américaine sera en week-end prolongé et à effectifs réduits. L’occasion est unique pour lancer une frappe préventive dans l’antre du matérialisme. Notre cinquième colonne va neutraliser les radars et les relais satellites pendant deux heures, ce sera largement suffisant pour détruire un maximum de leur infrastructure. Profitant de leur désorganisation, nous envahirons les Etats-Unis par tous les côtés, notre réserve s’occupant du cas de la Grande-Bretagne. Nous estimons à six mois la durée de la campagne d’Amérique. Messieurs les officiers, chers Camarades, je lance le Plan Rouge ». 5 juillet, 3 heures du matin… « Torpedo… los !!! » Les trois torpilles du sous-marin allemand Heinrich Bleichrodt atteignirent leur but et frappèrent de plein fouet le porte-avions américain USS Independance. Panique dans les rues de New York, les gens fuyaient dans les rues en hurlant, cherchant un endroit où se cacher, se protéger de la pluie de verre et de ferraille tordue qui tombaient des orgueilleux buildings qui s’écroulaient les uns après les autres. Au large, les cuirassés lourds mixtes (canons et missiles) Richelieu, Jean Bart, Conte di Cavour, Tirpitz et Admiral Koltchak tiraient au canon de 480 sur la Babylone des temps modernes. A l’autre bout du pays, pleure, pleure San Francisco… Le Golden Gate, symbole de la ville californienne, repose au fond du détroit du même nom, détruit par l’aviation embarquée chinoise. En Alaska, un troupeau de rennes fuyait en bramant vers l’ouest, dérangé dans son habitude par des hélicoptères et des hovertanks peints aux couleurs de la Sainte Russie : la 11e armée russe avait franchi le détroit de Behring… Réveillé en sursaut, le Président des Etats-Unis ne pouvait que constater les dégâts : son pays était attaqué par l’ Alaska, par le Mexique, par la Floride, par le Québec… Paralysées par la destruction de ces centres vitaux de communication, les divisions de l’US Army prenaient du retard dans leur redéploiement vers les nouvelles zones de front. La Troisième Guerre Mondiale venait d’éclater…   &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412731118200413?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412731118200413/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412731118200413' title='5 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412731118200413'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412731118200413'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-80-dernier-dix-ans-aprs.html' title='Chapitre 80 (dernier) - Dix ans après...'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>5</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412726604664854</id><published>2005-12-09T03:19:00.000-08:00</published><updated>2005-12-09T03:21:06.156-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 73 - Paris sera toujours Paris</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Un vieux poste de radio fatigué par de longs mois de guerre crachotait L’Hymne à l’amour d’Edith Piaf. Son propriétaire, un marchand de journaux, essayait de se familiariser avec les nouveaux titres : Le Monde était redevenu Le Temps, Libération avait changé son nom en Libération nationale, L’Humanité était devenu Le Cri du Peuple, La Croix, Le Figaro et Valeurs Actuelles avaient gardé leur nom mais changé de direction et de ligne éditoriale… Tous titraient d’ailleurs la même chose en ce 16 août : AVE IMPERATOR ! Quittant son quartier général des Invalides, l’Imperator fit sa première visite dans Paris libéré. Les combats des quatre précédents jours avaient laissé des traces, aussi bien dans les pierres que dans les cœurs : l’Hôtel de Ville, l’Assemblée Nationale, le Sénat, la plupart des ministères ont été sévèrement touchés par les bombardements, les combats ou les incendies volontairement allumés par les archéo-français en déroute… Si le 15 août on parlait libération, le 16, on parlait déjà épuration. Elle avait saisi à la gorge la capitale dès les derniers coups de feu tirés, quant, aux “ pattes de col ocre ” des unités d’élite de l’armée régulière, succédèrent les “ pattes de col bleu ” de la police quand ce n’était pas les “ pattes de col noires ” des sections spéciales. La voiture personnelle du nouveau chef d’état quitta les Invalides pour une tournée d’inspection visant à voir la remise en place des administrations. Les magasins fermés avaient été ouverts par l’armée qui assurait la distribution d’eau, de nourriture et de produits de première nécessité. Des gamins des organisations de jeunesse collaient sur les murs des affiches annonçant l’instauration de la loi martiale et l’ordre de réquisition de tous les fonctionnaires sous peine de révocation. Révocation qui frappa sur le champ tous les élus, remplacés par des membres du parti ayant vécu dans le quartier et formés lors de la guerre à la gestion municipale. De temps en temps, un mouvement de foule laissait entrevoir que les consignes données par l’Imperator à son chef de la police politique allaient être respectées. Le régime raflait, c’est un fait. Mais malheur au résistant de la 25e heure qui voulait se dédouaner en faisant du zèle : il s’apercevait vite fait que la police militaire était justement militaire… Au niveau de la place Saint-Michel, les hommes de la 1ère division qui avaient pris Paris par le front sud maintenaient l’ordre de manière plutôt virile, à grands coups de crosses de kalachnikov… Baissant la vitre de sa Prestige, l’Imperator héla un sergent-chef. Ses pattes de col vert-pomme et l’aspect ancien de son treillis indiquait un réserviste. Il se présenta : “ Ave Imperator ! Sergent-chef Latreille, Garde Nationale de la Marche, contremaître dans le civil ”. Sa patrouille tenait en respect de leur baïonnette un groupe de femmes d’un certain âge, le genre de poissardes charriées par toutes les révolutions et qui essayaient de faire oublier par des excès de zèle leur collaboration passée. Au milieu, une gamine terrorisée, le tee-shirt déchiré, les cheveux à moitié tondus et une pancarte “ vengeresse ” autour du cou : “ pute à bougnoules ”. L’Imperator hocha la tête : “ amenez la fille au lycée pour catégorie 4 . Quant aux harpies… envoyez-les au centre de détention de l’Institut Dentaire. Ce sont les “pattes de col  noires ” du 36e disciplinaire. Elles ne vont pas comprendre leur douleur… ”. A midi, l’Imperator déjeunait rue de Rivoli avec les nouvelles instances dirigeantes que les Parisiens allaient apprendre à connaître. Le ministre de la Justice et son beau-frère, le chef d’état-major des armées, le nouveau ministre de l’Intérieur qui avait commencé humble centurion du service d’ordre du premier noyau de résistance, planifiait la mise à l’écart des collabos de l’ancien régime et ce, à tous les échelons. Des techniciens de l’armée rebelle, formés à ce jour depuis 10 ans, avaient remis en marche immédiatement les chaînes de télévision, les centrales de téléphone et les centrales électriques, formés clandestinement par des techniciens acquis à la cause… A 14 heures, visite du secteur détenu par les 4e et 5e divisions. Par la fenêtre de sa voiture, l’Imperator voyait l’épuration déferler sur Paris. Le 4e arrondissement était totalement quadrillé : les milices ethnico-confessionelles, pourtant équipées comme une armée depuis 1986, n’avaient pas pu résister longtemps. Dès les premières résistances, quelques roquettes de Mi-24 et des tirs tendus des (plus que) vénérables T-72 de la Garde Nationale d’Auvergne avaient fait comprendre que cela ne servirait à rien de rejouer Massada. Les milices avaient été désarmées et on négociait le départ de toute la communauté vers les Etats-Unis, moyennant la tête des 500 plus compromis dans l’ordre ancien… Le 9e lui aussi voyait se lever l’ordre nouveau. La Prestige remonta le boulevard Lafayette. A hauteur de la rue Cadet, elle s’arrêta. Le bunker du Grand Orient avait daigné finir de brûler et, divine providence, la salle des archives était à peu près intacte. Touché par un missile afin d’y faire cesser toute résistance, il avait été investi par deux commandos héliportés et un commando de sapeurs-pompiers rattaché au génie militaire renforcé par leurs collègues de la rue Blanche. L’Imperator vit des jeunes en uniforme et les gabardines noires de la police politique charger des caisses entières de documents internes direction le service des activités anti-françaises installé non loin de là…  Plus loin, les demoiselles des Guides du parti en chemisette bleu-ciel étaient rassemblées autour d’un feu improvisé où brûlait la totalité des revues pornographiques raflées dans les librairies du quartier. Au sommet du Sacré Cœur, que l’Imperator avait gravi il y a si longtemps dans la tenue de marche de l’humble pèlerin, le nouveau maître de la France regardait son domaine. On voyait encore la fumée montant de quelques incendies et l’on pouvait entendre le bruit des hélicoptères volant à basse altitude. En tendant l’oreille, il pouvait même percevoir le bruit des chenilles des Leclerc “ archéo-français ” rescapés de la campagne d’Ile-de-France et qui, additionnés à l’hétéroclite force blindée néo-française, allait donner naissance au futur Corps de Bataille dont le quartier-général prévu était Metz. Du coffre de la Prestige, il avait sorti une cage contenant deux colombes, un mâle et une femelle. Il prit les deux columbidés et les lança l’un après l’autre dans le ciel. Les deux colombes volèrent au-dessus de la capitale, planaient, tournoyaient, puis repartaient de plus belle à tire d’aile. La France nouvelle allait connaître la paix&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412726604664854?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412726604664854/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412726604664854' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412726604664854'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412726604664854'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-73-paris-sera-toujours-paris.html' title='Chapitre 73 - Paris sera toujours Paris'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412718266159783</id><published>2005-12-09T03:18:00.000-08:00</published><updated>2005-12-09T03:19:42.713-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 72 - Paris brûle-t-il ?</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;L’armée tradilandaise était prête pour l’offensive finale. L’étau qui enserrait Paris était maintenant totalement hermétique, à la grande satisfaction de l’Imperator qui regardait la carte d’Ile-de-France, surchargée de flèches de couleur, marquant l’évolution fulgurante des troupes de Tradiland qui avaient quitté leurs casernes deux mois plus tôt… Cinq divisions, 60.000 hommes, soutenus par une aviation embryonnaire mais efficace et une marine fluviale, avaient culbuté les milices mercenaires de l’armée archéo-française, ou du moins ce qu’il en restait.. L’avance devait être progressive : elle dépassa les espérances les plus folles d’un Imperator déjà naturellement optimiste après l’offensive du printemps qui avait amené à la libération du Forez, de la Savoie, du Comtat Venassin et du Dauphiné à l’exception de Grenoble assiégée… Dans le ciel, les MiG-31 et les Mirage-2000 des rebelles ne rencontrèrent aucune opposition. A croire que l’armée de l’air s’était volatilisée. L’offensive finale sur Paris commença le matin du 10 août. Les Parisiens virent des dizaines de corolles blanches descendre dans l’aube rose du petit matin : les parachutistes du 1er commando (les “ Bérets amarante ”) sautaient sur le Champ de Mars… Aux abords des ponts de la grande boucle de la Seine en banlieue ouest, le 2e commando (les “ Bérets verts ”) tenaient en respect avec leurs kalachnikovs made in China les prisonniers qu’ils avaient fait lors de la capture des points de passage, attendant de les remettre aux éléments avancés de la 2e division. Celle-ci avançait par à-coups, au fur et à mesure de la prise des ponts… Bientôt, dans les beaux quartiers de Paris encore préservés, la même scène se répéta des dizaines de fois : de jeunes militaires au béret noir (3e commando) accompagnait des hommes en gabardine de cuir noir (commissariat politique) qui, immeuble par immeuble, raflaient ceux qui figuraient sur la “ liste noire ” : acteurs, journalistes, politiciens, chanteurs, sportifs, avocats, banquiers, patrons, haut fonctionnaires… tous ceux qui avaient collaboré avec le régime archéo-français était immédiatement arrêtés et amenés au centre de détention provisoire du Parc des Princes… &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Sur le parvis du Sacré Cœur, les “ bérets bleus ” du 4e commando regardaient Paris à la jumelle : de temps en temps, une explosion déchirait le ciel et les soldats pointaient du doigt la colonne de fumée naissante. Un sergent-chef, parisien de naissance, commentait : “ Là, ça doit être la Grande Mosquée qui brûle… L’Hôtel de ville est en flammes… L’Assemblée nationale et le Sénat aussi… Cet incendie près de l’Opéra : probablement le siège du Grand Orient… et à l’ouest, pas de doute, c’est Radio France qui a explosé ! ”. Une explosion très proche les fit vaciller : ils virent passer presque sous leurs yeux un Sukhoi-34. L’avion était si bas que l’on voyait distinctement l’insigne des forces aériennes biélorusses sommairement effacé et remplacé par une croix celtique noire peinte à la hâte… “ Ce n’est pas tombé loin ! ” hurla un soldat . Le sergent-chef hocha la tête : “ Ils doivent bombarder le boulevard Barbès ”. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Sur le Champ de Mars, l’arrivée d’une jeep fit s’envoler les pigeons. Des touristes japonais bloqués depuis la prise des aéroports de la capitale se faisaient filmer en compagnie des soldats qui relayaient les parachutistes. On entendaient des salves de douze fusils sans discontinuer depuis une heure. Dans la cour de l’Ecole Militaire, les officiers supérieurs accusés de collaboration étaient passés par les armes… Place de la République, un tir tendu de char Leclerc pulvérisa la statue de Marianne. Dans ce quartier très pluri-ethnique, la population était rapidement rentrée chez elle, un passage en rase-motte de deux hélicoptères pleins de mauvaises intentions dans leurs chargeurs ayant calmé toute velléité de résistance. La plupart des jeunes hommes avaient été incorporés dans les unités de défense de la ville de Paris (beaucoup d’ailleurs ne reviendront pas) et les quelques fatmas venus hurler des youyous haineux furent rapidement et définitivement calmées. Le 14 août, à 18 heures, les éléments avancés des cinq divisions firent leur jonction place du Carrousel. Puis, d’un coup, la totalité des églises de la capitale firent sonner leurs cloches, annonçant la prise de la ville. Des drapeaux tradilandais apparurent aux fenêtres et la population “ fêta ses libérateurs ” qui n’étaient pas dupes sur un “ retournement de veste ” rappelant les dignes heures d’août 1944…  Mélange de fête et de tragédie, constata l’Imperator qui, l’Hôtel de Ville incendié, avait fixé son quartier général aux Invalides. L’armée maintenait l’ordre, et les soldats, fatigués par l’offensive, ne plaisantaient plus. Déployée autour des quartiers à forte connotation immigrée, la 4e division avait été obligée d’utiliser la force à plusieurs reprises… contre des “ résistants de la 25e heure ” voulant s’offrire une ratonnade maintenant que les puissants d’hier étaient devenus les parias d’aujourd’hui. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La nuit tombait sur Paris. Çà et là, des bals populaires fêtaient la libération : 5 divisions néo-françaises, avec leur intendance, cela faisait du monde ! Place Saint-Germain-des-Prés, on dansait devant la terrasse des Deux Magots où les officiers néo-français se désaltéraient. Les serveurs regardaient, ahuris, un pilote de chasse aux galons de commandant, visage taillé à la serpe et cheveux blonds, colosse de près de deux mètres, qui, frappant du poing sur la table, réclamait sa troisième bouteille de Smirnov avec un fort accent russe… Assise sur une chaise, Ludivine, maintenant âgée de dix ans, en uniforme de louvette de 1ère classe et longues nattes brunes, buvait du lait. Sa mère avait été affectée aux troupes de reconnaissance de la 1ère division qui avait libéré sa ville natale. Elle n’avait plus reconnu son quartier. D’ailleurs, on l’avait vite fait partir : il y avait des choses qu’elle ne devait pas apprendre… Heureusement qu’elle n’avait pas pu savoir ce qui était advenu de Vanessa, sa meilleure copine. Elle vit apparaître un garçon dans son champ de vision : uniforme des cadets de Tradiland, crème de l’élite de la jeunesse du Parti , croix de guerre à la poitrine. L’un de ces gamins d’une dizaine d’années qui s’étaient couverts d’héroïsme dans des opérations-commandos nécessitant petite taille, souplesse… et inconscience ! Il lui tendit la main : “ Voulez-vous m’accorder cette valse mademoiselle ”. Gravement, Ludivine se leva et se laissa guider. Ils tournoyèrent tout deux, jeunes et insouciants, ivres de joie, de vie, retrouvant leur enfance la guerre finie. Paris sera toujours Paris… &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412718266159783?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412718266159783/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412718266159783' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412718266159783'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412718266159783'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-72-paris-brle-t-il.html' title='Chapitre 72 - Paris brûle-t-il ?'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412708931665302</id><published>2005-12-09T03:15:00.000-08:00</published><updated>2007-02-04T13:40:38.720-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 58 - Bienvenue à Tradiland</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Film réalisé par les services de communication externe de Tradiland visant à montrer à l’étranger la supériorité de la société du jeune état… Thème musical : l’Hymne à la Joie de Ludwig von Beethoven. Une vue de la Terre centrée sur l’Europe. Puis, zoom avancé sur ce qui était jadis la France jusqu’à ce que le champ soit totalement occupé par Tradiland. La camera était centrée sur le Puy-de-Dôme, majestueux, tout auréolé de blanc. Puis, se succédèrent les différents paysages de Vendée, Poitou, Limousin, Bourbonnais, jusqu’aux contreforts du Forez et du Gévaudan, alternant les immeubles modernes que l’on construisait à Poitiers, les troupeaux de vaches du Cantal et même la ligne de front, quelque part en Haute-Loire… Puis, on vit l’Imperator en grand uniforme de chef d’état et la Matrone, la première dame du pays, qui portait l’uniforme des femmes du Parti à la tribune du Congrès annuel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;TRAVAIL&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un boulanger du Poitou sortait les baguettes et les croissants de son fournil, un boucher de la banlieue de Clermont-Ferrand tranchait les entrecôtes du jour, une fleuriste d’un chef-lieu de canton de la Creuse préparait son étal. Dans un petit village du Cantal, une fillette, cartable sur le dos, portant la blouse bleue-marine réglementaire des écolières, allait à l’école en gambadant et en chantonnant. Un universitaire compulsait fébrilement des tonnes de livres au Centre de Recherche de Saint-Marcel (Indre). A Limoges, on chargeait précautionneusement dans un camion des caisses d’assiettes en porcelaine destinées à l’exportation. Dans un petit village des Combrailles, une ouvrière textile réfugiée du Nord cousait une série de jupes plissées, commande d’un pensionnat de l’Allier.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis, ce furent les ouvriers de chez Michelin en bleu de travail qui se dirigeaient vers leurs postes (on vendait beaucoup de pneus, surtout à l’exportation), l’immense complexe sidérurgique des Ancizes, des ouvriers de la centrale nucléaire de Civaux qui sur leurs écrans de contrôle surveillaient la principale source d’énergie du pays, les chercheurs d’un laboratoire pharmaceutique des Deux-Sèvres élaborant les nouveaux médicaments, un tracteur labourant un champ en Lozère (la notion de quotas agricoles était un souvenir ancien) , un train de marchandises, un camion-citerne allant livrer leur fret, des cargos manœuvrant au large des Sables d’Olonne, des panneaux solaires étaient installés sur le toit d’un immeuble de Bellac pour réduire au maximum les importations de pétrole en provenance du Gabon et du Venezuela. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;FAMILLE&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans une clinique de Limoges, une sage-femme souriante remettait à une maman qui ne l’était pas moins la petite créature vagissante qui venait de naître. Dans une maison de retraite de Thouars, une grand-mère recevait la visite de ses petits-enfants. Dans un parc de Gannat, une mère de famille se promenait avec une poussette où gazouillait une petite fille que regardait avec joie ses cinq frères et sœurs. Dans un magasin de jouets de Montmorillon, un père de famille, cadre bancaire en costume-cravate hésitait longuement entre un camion de pompier et un avion pour l’anniversaire de son fils. Dans la cuisine d’une cité ouvrière de Montluçon, une fillette faisait ses devoirs. Dans un pré quelque part en Corrèze, un jeune adolescent aidait son père agriculteur à rentrer les foins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;A Brout-Vernet (Allier), un jeune prêtre célébrait la messe. Au Lucs-sur-Boulogne (Vendée), une jeune fille récitait son chapelet devant le monument des victimes du massacre du 28 février 1794. Dans une école primaire de Marvejols, des petites filles sautaient à la corde. Sur un terrain de jeu quelque part dans la banlieue de Poitiers, un père de famille en pantalon de survêtement surveillait le fiston qui tapait dans un ballon de football. Dans le salon d’une maison bourgeoise de Chamalières, une famille au grand complet était attablée pour le repas dominical. Des familles nombreuses sortaient d’une église catholique dont les cloches sonnaient à la volée…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;PATRIE&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans l’espace aérien tradilandais, deux Mig-31 volait en binôme vers le nord. Au large de la Vendée, un patrouilleur côtier (les puristes reconnaîtront un ancestral Osa-II  lance-missiles) fendait les eaux bleues de l’Atlantique. Sur la ligne de front, dans le sud du Berry, deux T-90 tiraient au canon de 120 mm. Au sud, une patrouille de miliciens en uniforme bleu-marine surveillait la frontière entre le Cantal et le Lot. Des cadets de l’Académie Militaire de Tulle, portant l’uniforme qui avait été celui de Saint-Cyr avant sa dissolution par le gouvernement hexagonal, écoutaient religieusement un cours de doctrine militaire. Devant les fillettes du pensionnat de catégorie 1 Sainte-Anne-de-la-Providence à Malvières (Haute-Loire) alignées dans un garde-à-vous impeccable en gants blancs, chemisette bleu-ciel et jupe marron-gris, la chef d’équipe des “ Vertes ”, lauréate de la semaine, avait le privilège de descendre les couleurs…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vinrent ensuite les sportifs les plus en vue du pays, qui défendaient à leur manière la nation. On put voir la championne de gymnastique Elodie Pontarlier à la poutre, avec toute la grâce de ses 15 ans et de son petit mètre quarante-cinq ; le joueur-vedette de la sélection nationale de Rollerball, le défenseur Benjamin Adam et ses 126 kilos dont le faciès de brute épaisse au crâne rasé laissait mal deviner qu’il était titulaire d’un diplôme d’ingénieur ; le champion de motocross Julien Cheyroux qui mettait son casque avant le rallye du Gévaudan ; la jeune championne d’équitation Marie-Flore de Castelbrajeac et enfin les champions nationaux de rugby, les “ Suricates ” de Brive et leur fort contingent Afrikaner. La présentation filmée s’acheva par le but désormais historique du jeune Florent Chartier, avant-centre de l’équipe nationale de football lors du match international opposant Tradiland au Gabon. Une ouverture de 60 mètres du défenseur latéral gauche qui trouva le meneur de jeu des “ noir et or ”. Aile de pigeon de ce dernier qui lui permit de mettre “ dans le vent ” deux défenseurs gabonais puis la passe vers Chartier et la reprise de volée acrobatique de ce dernier qui cloua sur place Désiré-Zéphyrin Moukoko. Gros plan sur la balle s’écrasant au fond des filets. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;S’inscrivit alors sur l’écran : TRAVAIL, FAMILLE, PATRIE. Le but laissa place à un adolescent et une adolescente en uniforme des groupes de jeunesse, elle aussi blonde que lui était brun, avec cette annonce finale, résumant tout l’esprit du film et de la société qu’il incarnait : “ Tradiland. Tout simplement l’élite ”.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412708931665302?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412708931665302/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412708931665302' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412708931665302'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412708931665302'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-58-bienvenue-tradiland.html' title='Chapitre 58 - Bienvenue à Tradiland'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412693207767941</id><published>2005-12-09T03:10:00.000-08:00</published><updated>2005-12-09T03:15:32.140-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 51 - L'Oeil du tigre</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Madison square garden, New York. Dans ce temple du sport, nouvelles cérémonies païennes de ces peuples sans Dieu, une rencontre de boxe qui était suivie peut-être non par l’humanité toute entière, mais par tous les amateurs du noble art et également par  tous ceux qui mélangeaient les valeurs chères à Pierre de Coubertin avec la politique. Car l’affiche qui était annoncée en ce soir du 22 décembre n’était pas seulement l’affrontement entre le champion du monde en titre et son challenger, c’était une guerre entre deux conceptions radicalement différentes de la société.  Pour la première fois depuis le début de la guerre civile française, l’embargo que les ploutocraties occidentales avaient mené contre la zone libre avait été temporairement levé. De l’autre côté de l’Atlantique, dans tous les kiosques à journaux, la photo en Une du héros du jour, le capitaine de Légion Etrangère Yves Dragaud en grand uniforme, avec ce commentaire, sobre, efficace et terriblement français : “ Vas-y champion ! ”. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;La carrière de celui que la presse tradilandaise avait surnommé “ l’archange de la mort ” avait commencé le plus modestement du monde dans une famille de réfugiés franc-comtois que les autorités avaient installé dans une ferme du Cantal. Elevé au pensionnat d’élite “ Saint Bénilde ” ouvert par le nouveau régime à Saint-Nectaire, il se destinait à l’Académie Militaire de Tulle mais la faiblesse de ses résultats scolaires en avait décidé autrement. Il avait alors intégré l’école des sous-officiers d’élite de Saint-Maixant qui formait les cadres des troupes de choc. Son physique de colosse développé et entretenu par des années de travaux dans la ferme parentale en avait un véritable Hercule que l’on aiguilla vers le choix du roi : la Légion Etrangère. Se couvrant de gloire tant sur le front du Forez que dans les quelques opérations extérieures, le sergent-chef Dragaud devint lieutenant au mérite. Lors d’une prise d’armes, il fut remarqué par le ministre des Sports qui persuada le gouvernement de faire de Dragaud la vitrine de la puissance du pays. Devenu rapidement champion de Nouvelle-France catégorie “ super-lourds ”, il se vit refuser de tenter un titre de champion d’Europe à cause de l’embargo frappant Tradiland.  Il se trouva que le champion de France de sa catégorie, Kamel Benachour, était présentement détenu dans un camp de prisonniers quelque part en Lozère, capturé avec son unité de “ volontaires ” sur le front du Forez. Le ministre de la Propagande décida donc d’organiser un match entre Dragaud et Benachour à la Halle des Sports de Cournon d’Auvergne… Ce fut cette rencontre qui propulsa Dragaud au rang de héros national.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Droit sur sa chaise comme on lui avait appris à la maison, au pensionnat et à l’armée, Dragaud regardait son adversaire, du moins ce qu’il en restait. Le public de la Halle, totalement acquis à sa cause, bruissait de la rumeur amplifiée par les milliers de poitrines d’une foule en délire… “ DRAGAUD ! DRAGAUD ! DRAGAUD ! ”. L’œil bleu scrutait la chaise où gisait presque son malheureux challenger, avec un mélange antagoniste de pitié et d’indifférence. A l’autre bout du ring, la tête entre les gants, Kamel Benachour saignait comme un mouton le jour de l’Aït el-Kedir. De ses arcades sourcilières éclatées, le sang mélangé à la sueur formait une sorte de voile rosâtre opaque qui lui faisait voir tout flou. Les cris de la foule ne formaient plus qu’une vague bouillie sonore inaudible, et c’est tout juste s’il parvenait à entendre les consignes de son coach qui lui hurlait dans les oreilles. “Kamel, qu’est-ce que tu fous ? Pourris-lui sa race !!! ” Le franco-algérien tourna la tête et vit la forme dansante qui semblait être son entraîneur. C’est tout juste s’il parvint à déglutir :  “Trop fort. Il est trop fort… ”.  Ce fut ses dernières paroles… Le gong raisonna. La jeune fille en maillot argenté pailleté brandit une fois encore son panneau électronique : 03. Troisième round. Benachour se leva, rassembla en un seul paquet le peu de force et de dignité qui lui restait, et se rua à l’assaut de Dragaud. Il porta deux ou trois crochets et un direct avant l’extinction totale des feux. Le Français esquiva sans peine la dernière attaque lorsqu’il entendit la voix puissante de son manager lui hurler : “ Maintenant !!! ”.  Dragaud recule, laissant venir son adversaire… Cinquante centimètres, un mètre, un mètre cinquante… Puis, d’un coup, il frappa au ventre. Benachour sentit ses poumons se vider de leur air. Plié en deux de douleur, il reçut en pleine tête le crochet du droit qui visait sa mâchoire. Il s’écroula comme une masse pour ne plus jamais se relever. “ TRAGEDIE EN TROIS ACTES ” titra le lendemain le quotidien des sports.  Dragaud reçut le surnom “ d’Archange de la Mort ” dans un éditorial du Libre Arverne, hebdomadaire officiel du régime, tiré à 500.000 exemplaires.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans le vestiaire du Madison Square Garden, le capitaine Dragaud prie comme un chevalier avant le combat. Il se souvient de son ascension, des matchs succédant aux matchs. Il n’était plus retourné au combat depuis sa victoire. La guerre, c’était sur les rings qu’il la faisait…  Silence de mort dans l’Arena de Belgrade. Un direct à écorner un taureau fit s’effondrer comme une masse le champion de Serbie Dragan Milosevic, mal en point depuis de longues minutes. Il a tenu quatre rounds contre l’Archange de la Mort… Dans le complexe d’imprimerie de Guéret, les rotatives tournaient à plein régime selon les directives des services du Ministère de la Propagande. Les médiats, y compris ceux qui n’avaient guère de lien avec le sport, consacrèrent au fil des victoires des articles au nouveau phénomène de la boxe mondiale… Képi Blanc, journal de la Légion Etrangère, 80.000 exemplaires : “ Le Capitaine Dragaud, l’esprit légionnaire ”. &lt;br /&gt;Hurlement animal repris par les dix mille poitrines du Futuroscope de Poitiers. Un crochet du droit de Dragaud expédiait dans les cordes et pour le compte Fernando Gonzalez, champion d’Argentine et donné comme le meilleur boxeur d’Amérique Latine… Jeannettes, journal officiel pour adolescentes catégories 1 et 2, 300.000 exemplaires : “ Interview du Capitaine Dragaud : les demoiselles de Malvières incarnent l’idéal féminin ”, suivi d’une présentation de l’immense fratrie Dragaud : son père, sa mère et ses sept frères et sœurs… Au même moment, l’armée lançait une vaste campagne de recrutement : une affiche représentait Dragaud sur un ring dans la partie gauche, le même en grand uniforme dans la partie droite, avec le slogan suivant : “ Deviens comme lui ”. Dans Stars, journal officiel pour adolescents des deux sexes (lectorat majoritairement féminin) catégories 3 et 4 : “ Dragaud : mes victoires sont dues à la supériorité de nos valeurs ”.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les crépitements des flashs à l’aéroport d’Aulnat mitraillaient le capitaine Dragaud qui débouchait dans l’aérogare en grand uniforme… “ Laissez passer, laisser passer le champion ! ” hurlait le manager à s’en faire casser les cordes vocales. Impossible d’échapper à la nuée de journalistes qui voulaient être les premiers à s’assurer l’exclusivité de l’interview du champion. “ Mon capitaine, après Benachour, vous avez tué au combat hier soir le champion des Philippines Marcos-Lopez, massacré sous vos coups en moins de 300 secondes. Comment vivez-vous cette nouvelle tragédie ? Etes-vous réellement l’homme le plus fort de tous les temps ? ”. “ Foutez-moi le camp les charognards de presse, ou je fais charger la Milice ! Le capitaine Dragaud s’exprimera demain à son camp d’entraînement, au 13e régiment de Légion Etrangère. Vous aurez le loisir de lui parler à ce moment-là, mais laissez-le récupérer… ” s’exclama le coach, visiblement hors de lui et voulant à tout prix protéger son poulain. Rapport du Ministère de l’Intérieur, classé “ Confidentiel ” : “ D’après nos informateurs, de plus en plus de jeunes adolescentes des quartiers ouvriers et de la classe moyenne tapissent leurs chambres des posters de Dragaud offerts dans les magazines pour jeunes. L’expression “c’est top Dragaud ” vient de faire son apparition dans les collèges des zones populaires et signifie “ c’est trop chouette ” ou “ c’est trop fort ! ” .&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans le mess des officiers du 13e RLE en garnison à Mende (Lozère), un poste de télévision plasma diffusait en boucle les images de la veille qui avaient cloué d’horreur sur leur fauteuil le peuple philippin tout entier. On y voyait le néo-Français, short noir, littéralement mettre à mort le pauvre boxeur de Manille, short blanc, pris sous la tempête dès le premier round et qui ne survécut pas à la correction infligée par un Dragaud plus professionnel que jamais. Aucune haine pour le pauvre Marcos-Lopez. Un TGV n’a pas de haine pour la vache qui se place en travers de la voie. Il était soldat. Tuer faisait partie de son métier… Le coach emmena les journalistes, dont – pour une fois – des étrangers, dans la salle de musculation du régiment, devenue salle d’entraînement du boxeur où ce dernier finissait son échauffement. Fier de lui, le coach montra une machine.  “ Vous connaissez messieurs, puisque vous êtes journalistes, cet appareil. Il permet de mesurer la pression des coups. Un boxeur poids-lourd normal atteint 340 kilos psi. Un crack comme Mike Tyson dans sa belle époque, 500 kilos psi… Messieurs. A vous de juger… ” Sautillant sur place, Dragaud concentra toute son énergie et frappa de toutes ses forces sur l’appareil. Les diodes rouges sur fond noir s’allumèrent. Les journalistes en restèrent ébahis, certains sentant leur échine se glacer : 1038 kilos psi ! Plus téméraire, un journaliste américain lança : “ Mais cela signifie quoi tout ça ? ” Un rictus de mépris s’afficha sur le visage de l’entraîneur : “ Cela signifie, mon cher Yankee, que le capitaine Dragaud extermine tout sur son passage et que je ne donne pas 6 rounds au gros lard que vous prétendez champion du Monde… Me suis-je bien fait comprendre ? Alors dans ton journal, écris que le capitaine Dragaud ne fera qu’une bouchée de vos prétendues vedettes dopées comme des bêtes de concours si vous levez votre saleté d’embargo. Fin de l’entrevue… ”. Tradition, mensuel de l’Eglise catholique traditionnelle, 150.000 exemplaires : “ Le Capitaine Dragaud : Je prie Dieu avant chaque rencontre ”. &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’œil fixé sur les écrans géants installés dans les principales salles de cinéma, tout Tradiland regardait le combat qui allait commencer. Le Madison Square Garden  était pavoisé aux couleurs des deux nations : le  Stars and Stripes américain et le drapeau tradilandais, noir avec la croix argent et les quatre symboles de la société tradilandaise : le Sacré-Cœur, la fleur de Lys, la Croix celtique et la francisque. Toute une histoire nationale récupérée à ceux qui n’en voulaient plus et qui, avant “ le Grand Exode ”, faisaient de gré ou de force partis de la même société et du même pays. Il n’y avait pas une ville, pas un village, dont le cœur ne battit à l’unisson de son champion… La levée de l’embargo contre Tradiland après l’offensive alliée contre ce qui restait de la France avait permis l’organisation de cette rencontre. Il avait fallu d’abord à Dragaud devenir Champion d’Europe, ce qui fut fait au mois d’août en deux rounds seulement contre le tenant du titre, l’Anglais Bruce Wilkinson… L’adversaire de Dragaud fut connu immédiatement : Abdul  Siki, Steve Washington avant sa conversion à l’Islam, champion du monde poids-lourds depuis un an.  Assis dans son jacuzzi, un énorme collier composé d’une dizaine de chaînes en or massif autour du cou, Abdul Siki regardait les cassettes vidéos des matchs de Dragaud en hochant la tête. “ Tu l’auras quand tu veux ! ” lui lança son manager. Machinalement, le boxeur passa sa main sur son crâne rasé. Il était fasciné par cet uppercut qui frappa au menton Wilkinson et le propulsa la tête la première en arrière comme un pantin désarticulé… Assis sur une table d’étudiant installé dans une salle de projection au centre d’études anthropologiques, le capitaine Dragaud écoutait un scientifique en blouse blanche : “ Suite à des prélèvements d’ADN sur votre adversaire réalisés à partir de sang récupéré sur une serviette lors de son dernier combat, nous avons été en mesure de reconstituer la structure physique de Siki et son génome ethnique. Ses ancêtres étaient originaires du Congo, d’une tribu de l’intérieur dont nous avons pu retrouver des cousins similaires chez notre allié gabonais. Nous y avons sélectionné les éléments les plus musclés et les mieux entraînés, des militaires pour la plupart. Ils seront vos sparring-partners pour vous apprendre à boxer contre un noir. Nous ne laisserons rien au hasard ”. Le lendemain de son retour du Gabon, Dragaud s’embarquait pour l’Amérique à l’aéroport Edouard Michelin d’Aulnat.&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Les deux boxeurs firent leur entrée l’un sous les applaudissements, l’autre sous les huées. Le speaker les présenta : “ A ma droite, short vert, mesurant 1 m 88, pesant 105 kilos, le champion du monde en titre, “ le Canonnier de Saint-Louis ”, “ la Panthère Noire du Missouri ”, Abdul Siki !!! ” La foule applaudissait bruyamment son champion. Mais déjà la bronca se faisait entendre… “ A ma gauche, short noir, mesurant 1 m 91, pesant 109 kilos, le champion d’Europe et outsider, “ l’Archange de la Mort ”, “ le Légionnaire ”, Yves Dragaud !!! ”. L’arbitre donna les dernières consignes. Les deux boxeurs se tapèrent mutuellement les mains à travers leurs gants et chacun regagna son coin. Le gong retentit. Premier round. Les deux boxeurs s’observèrent, se testèrent. Siki porta les premiers coups, que Dragaud encaissa sans broncher. Ils tournaient l’un autour de l’autre, comme deux fauves à l’affût, la panthère noire contre le loup blanc, attendant le moment venu de se jeter à la gorge de l’autre. Comme deux joueurs de poker, chacun semblait garder ses bonnes cartes pour le reste de la rencontre. Ne pas se découvrir tout de suite, laisser venir l’autre et frapper le moment venu… C’est Siki qui frappa le premier, mais son direct fut paré par Dragaud qui répliqua par une série de jabs. Les coups étaient retenus, il ne voulait pas s’exposer à une contre-attaque foudroyante de l’autre. Dragaud tenta un crochet du droit éclair mais la réplique de Siki fut aussi vive. Au Bunker Palace, la télévision plasma du service d’information avait été montée dans le bureau impérial où l’Imperator suivait la rencontre avec Grand, le ministre de la Propagande, et Malard, le ministre des Sports…  le rictus qui plissa le visage de l’Imperator lorsque un uppercut de Siki envoya rebondir Dragaud dans les cordes en toute fin de round, fit que le ministre des Sports en renoua sa cravate, mal à l’aise et avalant sa salive…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans la salle, la foule était hystérique, elle avait dans la bouche le goût du sang… 2e round : Dragaud met Siki en difficulté, mais le boxeur noir parvint à se dégager… Les coups commencent à tomber de plus en plus drus.  Le combat était titanesque : la force impressionnante de Dragaud était compensée par l’expérience de Siki. Chacun pouvait à tout moment remporter la victoire. Sous le mot “ ROUND ”, le panneau électronique afficha en diodes rouges le chiffre 4.  Les deux boxeurs se neutralisaient pour le moment. Le public hurla sa joie quand un direct de Siki fit plier Dragaud, cria sa colère quand le Français expédia un uppercut violent qui ouvrit le menton de son adversaire… Miss Etats-Unis monta une nouvelle fois sur le ring avec son atroce robe rose à paillettes qui était censée mettre en valeur sa peau caramel de Latina. Elle fit un tour sur elle-même brandissant le panneau indiquant qu’on entrait dans le 6e round. Les deux hommes saignaient maintenant, les arcades sourcilières ouvertes, les mentons écorchés.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Ce n’était plus un match, c’était une corrida, avec double descabello… Petit à petit, leur jeu se déstructuraient, ils avaient perdu toute technique. Ils frappaient de plus en plus fort. Dragaud reçut dans le ventre un coup qui aurait assommé n’importe qui, mais le gong le tira d’affaire. Les chiffres dansaient : 7e round, 9e round, 11e round, 12e round… A Harlem, partout où il y avait des télévisions, les Noirs interpellaient leur champion à travers l’écran : “ Yo Brother ! Tue, tue, tue le cochon blanc ! ”. De l’autre côté de l’Atlantique, dans les bars des quartiers ouvriers, mêmes encouragements pour Dragaud : “ Vas-y mon gars ! Défonce-lui la gueule à l’autre babouin ! ”. En temps de guerre, l’ennemi n’est plus un être humain. Il n’est qu’un animal. Pas question de “ babouins ” ou de “ cochons ” tant au Bunker Palace qu’à The White House, mais les deux chefs d’état ne perdaient pas une miette du spectacle qui aurait un grand retentissement dans leurs nations respectives. Sur le ring, les jeux de jambes perdaient de leur finesse, les coups se faisaient moins précis, les périodes d’accalmie plus longues. Le pénultième round s’acheva. Les deux boxeurs étaient en stricte égalité aux points. Tout se jouait maintenant.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;15e et dernier round. L’ heure des choses sérieuses était venue. Les deux boxeurs étaient assis sur leurs chaises, épongés par leurs staff médicaux. Ils se défiaient de loin. C’était celui qui arriverait à faire céder l’autre. Ce n’était plus le combat entre deux hommes, cela ne l’avait jamais été, c’était le combat entre deux pays, deux idéologies, deux continents, deux religions, deux races. Ils avaient éprouvé tour à tour du respect, de l’admiration, de la méfiance pour l’autre. Mais maintenant, c’était terminé. Il y avait trop d’enjeux. Ils étaient deux pions sur l’échiquier. 14 rounds à se taper dessus, sans voir arriver la victoire. 14 rounds à espérer voir l’autre céder pour rentrer triomphant chez soi. 14 rounds… Il n’y avait plus de boxe, il n’y avait plus de cause, il n’y avait plus de sport. Il n’y avait plus qu’un grand sentiment unique, partagé de concert par Yves Dragaud et Abdul Siki. A cet ultime manche de trois minutes, il ne restait plus que la haine… Dragaud s’entendit appeler. Il se tourna. C’était une jeune femme, 20-25 ans peut être, avec les traits caractéristiques des filles du Middle West. Elle était parvenue à s’approcher du ring. Elle lui lança en français, avec un fort accent de l’Iowa : “ Capt’ain Dragaud. Vous avez reçu mon listing ? Vengez-les, vengez-nous tous et toutes !!! Give us hope !!! ” Déjà les vigiles la raccompagnaient de force à son siège, mais elle eut encore la force de hurler : “  We must secure the existence of our people and a future for White children ! ” Dragaud se souvenait de cette enveloppe, parvenue dans sa chambre d’hôtel. Une compilation d’articles de presse, de crimes racistes commis par des noirs contre des blancs aux Etats-Unis et dont les victimes n’avaient pas été reconnues comme telles. La plupart des faits étaient vieux de quelques années, Dragaud s’en souvenait pour l’avoir lu dans la presse dissidente… Les noms sonnaient dans sa tête… Tiffany Long, 10 ans, de Burlington (Caroline du Nord), violée et torturée à mort par des noirs des deux sexes ; le couple Bagley de Killenn (Texas), brûlés vifs par des noirs en allant à la messe ; Melissa Mac Laughlin, (Caroline du Sud), violée, torturée à  mort et pelée vive par un gang noir ; les cinq blancs de Wichita (Kansas), la joggeuse de Central Park… Oui, il ne les avait pas oubliés, pas plus que 90 % des crimes racistes aux USA étaient commis par des Noirs contre des Blancs, ce qui avait été toujours occulté… Dragaud se leva de son siège et marcha calmement vers le centre du ring…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le silence régnait au Madison Square Garden. On aurait entendu voler un portefeuille… La mise à mort commençait. Dès le début, le Français se précipita à l’assaut de l’Américain. La fatigue avait émoussé la technique de ce dernier et maintenant, la force brute du légionnaire primait. Il entama une série de directs qui fit baisser la garde de son adversaire. Le cri de Dragaud, inhumain, guttural, monta du fond de ses tripes : “ EEEEEEUUUUUAAAAAAHHH ! ”. Crochet du droit. Siki vacilla en reculant de trois pas. Crochet du gauche, il rebondit dans les cordes. Nouveau crochet du droit, il se plia en deux. Uppercut au menton et le boxeur noir s’écroula. Il se releva à 6 avec difficulté. Dragaud était parti à l’assaut et la question qui se posait était simple : Siki tiendrait-il jusqu’à la fin du round ? Pour infirmer les prédictions de ceux qui le voyait perdre, le Noir contre-attaqua, et martela son adversaire au niveau des abdominaux, tentant, de s’extirper de son emprise. Mais Dragaud était survolté. Il entama une nouvelle série de crochets et d’uppercuts qui faisait ballotter Siki. Ce dernier retomba au sol mais se releva rapidement et essaya de contre-attaquer… Une pluie de coups s’abattit sur lui et un crochet sec le fit choir encore une fois… Il se releva péniblement alors que l’arbitre avait compté huit. Il restait moins d’une minute mais Siki était devenu un punching-ball humain. Il encaissait espérant tenir encore les quelques dizaines de secondes restantes… Changeant la localisation de ses coups, Dragaud procéda comme un bûcheron abattant un arbre, harcelant son adversaire aux flancs. Les coups, portés avec une violence inhumaine, usa progressivement la résistance de Siki. Il ne restait que 20 secondes. Hagard, l’Afro-américain baissa sa garde. Dragaud recula en sautillant, prit son élan et de toutes ses forces frappa comme une mule en hurlant comme jamais être humain n’avait hurlé. Son adversaire s’effondra comme une masse. 1… 2… 3… 4… 5… 6… 7… 8… 9… KO !!! Le silence dans le Madison Square Garden. Un silence de mort. Pas un sifflet mais pas une acclamation. Une salle qui se vidait lentement… Yves Dragaud saisit la ceinture dorée de champion du Monde et la brandit à bout de bras. Il était venu pour vaincre, il avait vaincu. Il avait hâte de rentrer chez lui. Ce pays lui faisait horreur. L’avion qui le ramenait au pays décolla de l’aéroport JFK.  Alors que l’avion survolait les eaux bleu-vert de l’Atlantique, le capitaine Dragaud esquissa un sourire. Il retournait parmi les siens…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412693207767941?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412693207767941/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412693207767941' title='1 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412693207767941'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412693207767941'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-51-loeil-du-tigre.html' title='Chapitre 51 - L&apos;Oeil du tigre'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412600515965050</id><published>2005-12-09T02:59:00.000-08:00</published><updated>2005-12-09T03:00:05.240-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 36 - Noël à Tradiland</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;« Où êtes-vous donc aujourd’hui, tendres Noëls de mon enfance, où êtes-vous donc aujourd’hui tendres Noëls de mon pays ? » disait le chant de Noël. Assurément, ils étaient de retour, accompagnés des neiges d’antan. Une partie importante de Tradiland était sous la neige : l’Auvergne, le Limousin, la Marche étaient recouverts d’un tapis blanc. En ce 24 décembre, il neigeait quelques flocons sur Clermont-Ferrand, qui se déposaient sur l’uniforme bleu marine des miliciens qui, imperturbables, bouclaient le quartier de la cathédrale. La messe de minuit, dite par Mgr Collet, serait célébrée en présence de l’Imperator et de sa famille et des principaux dignitaires du régime. Dans la sacristie, l’Evêque relisait les dernières pages de son sermon, pendant que les servants de messe et les enfants de chœur se préparaient sous l’œil vigilant du senhor Delgado, le vénérable sacristain portugais. On assignait les porte-bannières pour la procession allant de la cathédrale de Clermont-Ferrand à Notre-Dame-de-la-Merci via la rue du Port, la rue d’Espagne, la place Delille, la rue Pierre Laval (anciennement des Jacobins) et l’avenue d’Italie. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Les cloches de la cathédrale commencèrent à sonner. L’immense orgue de la cathédrale avait été confié au chantre, Monsieur Pignon. A ses côtés, tous les paroissiens pouvaient reconnaître à sa chevelure de feu Mademoiselle Deluc, le Ministre de l’Education Nationale, qui allait chanter durant l’office. Pourtant, ce furent les hommes qui entamèrent celui-ci par l’Adeste Fideles. On pouvait percevoir la voix de baryton de l’Imperator en personne, qui rivalisait en puissance avec celle du colonel Courtiaud, le chef de la Garde Noire. Il y avait longtemps que l’antique cathédrale où Pierre L’Ermite avait prêché la Croisade, n’avait pas résonné de tant de ferveur, de tant de chants traditionnels, de tant de cris d’enfants. Au moment de l’offertoire, c’est l’Imperator en personne, accompagné par la Matrone à l’orgue, qui entonna Minuit Chrétiens ! Il y mit toute sa ferveur de chef d’Etat et chef de Parti dans ce chant annonçant la victoire totale du Rédempteur dont il était lieutenant sur terre. « Peuple, à genoux, attends ta délivrance… Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur ! Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur ! ». La délivrance… Ils avaient arraché par les armes leur liberté. Ils avaient tout risqué pour pouvoir vivre en chrétiens sur la terre de leurs ancêtres. Mais pour eux, il y avait encore beaucoup de travail, comme le récent bombardement de Clermont-Ferrand le leur avait révélé. Dieu donnerait la victoire au moment où Il le souhaiterait, l’Imperator était confiant. Les nombreux enfants (la moyenne par famille de catégorie 1 tournait aux alentours de 7, 4 chez les familles de catégorie 2, 2 seulement chez les catégories 3 et 4) pouvaient maintenant grandir dans un régime où ils avaient un avenir. « Même si bien des larmes et du sang seront versés, en vérité je vous le dis ! avait conclu l’Imperator dans son dernier discours… Mais l’épée de Damoclès était encore suspendue au-dessus de leurs têtes : même fortement ébranlée par les pertes de l’automne, le régime était encore en état de mordre. Il fallait attendre que les livraisons des néo-Soviétiques soient effectives, notamment les avions de chasse avant de pouvoir lutter à armes égales. Il fallait surtout combler le vide entre les troupes d’élite et la milice et créer une vraie armée de métier et des structures de mobilisation. De quoi donner quelques idées de prières au général Dieuze, le chef des armées… “ Il voit un frère où n’était qu’un esclave, l’amour unit ceux qu’enchaînait le fer ”. Pour les Tradilandais, ce premier Noël était celui de la liberté. Tous avaient connu les persécutions de l’ancien régime. Les lois de plus en plus restrictives, cet “ apartheid mesquin ” allant de l’impossibilité faite de donner une éducation chrétienne à ses enfants aux discriminations dans l’accès aux postes à responsabilité, en passant par la panoplie des mesures vexatoires avait enjoint nombre d’entre eux à franchir le pas. La fermeture une à une des bonnes écoles pour cause de “ non-respect des normes de sécurité ”, l’interdiction de l’enseignement à domicile, l’interdiction des carrières militaires et policières aux gens suspectés d’être de “ mauvais citoyens ” avaient provoqué un appel d’air en direction de Saint-Julien et de son maquis en un coup de boutoir désespéré contre le régime. Et contre toute attente, celui-ci avait craqué comme une vieille pièce de drap usée, abandonnant entre les mains des “ Tradilandais ” surpris un territoire comprenant grosso-modo les anciens départements de Vendée, Vienne, Haute-Vienne, Deux-Sèvres, Corrèze, Creuse, Allier, Puy de Dôme, Cantal et Lozère. Ils avaient maintenant une nouvelle patrie, un nouveau pays, un nouveau drapeau, un nouvel hymne national, une nouvelle devise, une nouvelle capitale. Ce couplet faisait toujours naître un pincement au cœur de Balthazar, le Martiniquais dont les ancêtres avaient été arrachés à leur Afrique natale par les négriers juifs, vendus par les roitelets locaux dont ils étaient déjà les esclaves… Centurion de Milice et Tradilandais de catégorie 1, il avait milité jadis au Front National comme son voisin Olivier Melchior, du plus beau jaune…Comme aux réunions du Parti on les voyait souvent ensemble avec un troisième larron blanc de peau, François Carrière, on les avait baptisés “ les Rois Mages ”. Plus qu’intégrés, fondus dans la masse, ils ne suscitaient pas la même animosité. Le tri ayant été fait entre le bon grain et l’ivraie, les “ colorés ” n’étaient plus la cible de suspicion maintenant qu’ils ne représentaient plus que 0,5 % de la population… “ Peuple, debout, chante ta délivrance… Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur ! Noël ! Noël ! Voici le Rédempteur ! ”. Toute l’assistance reprenait le refrain à pleine poitrine. Une pensée commune submergeait l’assemblée : à Paris !!! La totalité de l’assemblée était de catégorie 1 ou 2. Elle payait au prix de la sueur et du sang les sacrifices de la guerre. Combien de femmes et de jeunes filles dans l’assemblée avaient un mari, un fils, un frère, un fiancé au front. Bien sûr, la mobilisation progressive des gens de catégorie 3 soulageait un peu les catégories 1 et 2 du poids de la guerre, mais l’inquiétude était pesante même si “ la drôle de guerre ” persistait devant le manque de pugnacité du camp régimiste qui se contentait d’escarmouches et de raids de ses mercenaires allogènes, englué qu’il était dans ses crises internes. Mois après mois, Tradiland structurait son armée. L’ordre de bataille dont rêvait l’Impérator aux temps héroïques du maquis Saint-Julien prenait forme. Un à un, bataillons et régiments naissaient. Les Académies militaires en formaient l’ossature et on pouvait compter sur la désertion massive d’officiers et de sous-officiers d’une armée archéo-française en pleine déliquescence. De la dernière promotion de Saint-Cyr avant la fermeture de l’école, 45 % des sous-lieutenants avaient rallié l’armée tradilandaise… La messe étant retransmise par télévision, c’est tout Tradiland qui chantait à l’unisson. Impeccablement sanglés dans leurs uniformes, les soldats du bataillon blindé de la Garde Noire en garnison à Orcines, chantaient à pleins poumons en effectuant le salut romain, leurs T-90 fraîchement baptisés alignés sur l’esplanade.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Partout sur le territoire de l’état libéré, on célébrait la naissance du Roi des Rois, quelque soit la catégorie, et on dressait le bilan d’une année riche en événements. Plus on descendait dans la hiérarchie, moins évidemment on se réjouissait de la tournure de ceux-ci. Assise dans un coin de la cathédrale, la mère de Ludivine regardait sa fillette chanter Les Anges dans nos campagnes dans la chorale des louvettes. Jour après jour, le pensionnat transformait sa fille en l’une des leurs. Elle se pliait d’elle-même aux us et coutumes de son nouveau pays, les modes vestimentaires étant aux antipodes de celle de la cité HLM d’où elle venait, de même que les références culturelles. Elle apprenait à redevenir une petite blanche fière de sa culture et de son histoire. Jour après jour, elle était de moins en moins perdue, aidée en cela par la charité de ses camarades de classe et par son immense bonne volonté. Sous l’œil attendri de son parrain, l’Imperator en personne, Ludivine se transformait jour après jour en vraie petite tradinette… Progressivement, sa mère commençait elle-aussi à évoluer. Cette année, la crèche avait fait une première apparition dans l’appartement familial, Ludivine précisant à sa mère que “ le Jésus, il ne faut le mettre que le 25, après la messe de Minuit ”. De même, les pantalons avaient disparu de la garde-robe, le maquillage s’était fait discret, un crucifix avait été accroché dans la chambre de la petite, la télévision abandonnée dans l’ancien appartement – probablement pillé depuis – n’avait pas été remplacée… Chez les Noyer, famille catégorie 2, on voyait les choses avec sérénité. Le mois de décembre avait été marqué par un événement triste mais attendu : la mort de madame Noyer grand’mère à l’âge vénérable de 94 ans. Mais au moins, conclut le petit-fils, elle a eu une vraie messe d’enterrement, avec un vrai prêtre en soutane qui est venu jusqu’au cimetière, et pas ce n’importe quoi qu’on avait vu lors de la mort de papa. Chef de service dans les Travaux Publics, Jean-Marc Noyer avait dirigé la réorganisation d’une DDE dont l’ancienne administration, déliquescente au possible, avait totalement discrédité la réputation, le synonyme de “ fainéants ” étant systématiquement accolé aux fonctionnaires en véhicule utilitaire orange. Même le nom DDE avait été supprimé, transformé en DRTP (Division Régionale des Travaux Publics). Et en ce jour de veille de Noël, devant le repas du réveillon, il avait l’impression pour la première fois depuis longtemps de ne pas travailler pour rien. Chez les Mérignot, catégorie 3, on était loin des préoccupations des catégories 1 et 2. Pour eux, la vie suivait son cours. Pas la moindre trace de religion en ce 24 décembre, prétexte à des libations culinaires et une débauche de cadeaux aussi chers qu’inutiles. Les magasins étaient pleins, nouveau régime ou pas, on avait toujours du travail et, comme disait doctement le père Mérignot entre deux verres de rouge, “ Faut pas se plaindre ”… Il n’aimait pas trop les programmes que l’on passait à la télé ni le fait que les gamins revenaient de l’école avec à la bouche les leçons de morale du Parti, mais bon… la feuille de paie était un peu plus épaisse, la sécurité – y compris celle de l’emploi – était revenue, on avait de quoi bien manger dans une maison chaude… Peu importe le flacon, pourvu qu’on boive le contenu ! “ Moi ”, soliloqua Mérignot, “ j’fais pas d’ politique, j’suis pas syndiqué, j’fais pas le malin, j’risque quoi dans l’ordre nouveau ? Nib, peau d’zébi et balai de crin ! J’suis catégorie 3, qu’est-ce que ça peut m’fiche ? J’suis pas payé moins et j’veux pas faire député ! Ils peuvent faire le business qu’ils veulent là-haut, à Bunker-Palace, tant qu’ils ne vident pas mon frigo et qu’ils m’empêchent pas d’aller en vacances, au fond, je m’en fous pas mal de plus voter ! Toute façon, avant, on votait et le politicard, il faisait l’inverse de ce qu’il avait promis, alors… ”. Chez les catégories 4, par contre, le Noël était saumâtre. Beaucoup avaient perdu leur situation et le moral était au plus bas. Ils n’avaient pas cru à cette flambée de révolte, partie d’un petit village du centre de la France… Même quand “ les Jacques ” avaient fusillé le sous-préfet sur la place du village, ils avaient pensé que l’ordre serait rétabli rapidement. Puis, jour après jour, devant l’avancée irrésistible des troupes rebelles, les défections de plus en plus nombreuses, d’abord d’officiers isolés puis de compagnies entières, la perte pour Paris de 60 % des effectifs de ses troupes d’élite (100 % de la Légion !) avaient commencé à les alarmer. Mais pour beaucoup d’entre eux, c’était tout bonnement trop tard… L’épuration avait frappé de plein fouet. Dans le meilleur des cas, c’était la révocation, dans le pire… Après deux mois de répression féroce, l’étreinte se desserrait mais restait l’appartenance à la catégorie 4, c’est-à-dire l’indignité nationale et la privation des droits civiques et familiaux. Et, histoire de bien river le clou, les nouvelles autorités avaient fait précéder leurs décisions de cette phrase : “ Conformément à la jurisprudence de 1944… ” Le pire, c’était quand ils utilisaient contre eux les propres armes qu’ils avaient concoctés pour détruire définitivement la France traditionnelle qu’ils haïssaient. Plusieurs enseignants avaient ainsi été révoqués pour “ racisme ”, la “ loi anti-Secte ” dirigée à l’origine contre les traditionalistes avait été retournée et appliquée aux Francs-maçons, la loi contre le sexisme avait cassé les reins aux féministes.. Protester contre “ l’injustice ” de leur sort ? Mais comment ? Ils n’avaient plus le moindre accès aux médiats ! Beaucoup en étaient réduits à demander aux autorités d’être expulsés vers la zone gouvernementale, libérant la place aux réfugiés venant dans l’autre sens.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Pour d’autres, Noël eut une saveur particulière. Le sergent-chef Louis-Gonzague Cartier, de l’Ecole des sous-officiers de Saint-Maixent, avait été assigné en stage aux troupes des gardes-frontières quelque part sur la ligne du front forézien. Un univers glacial de sapins, de neige, de rochers où il devait surveiller d’éventuelles infiltrations ennemies. De garde la nuit de Noël, il tenait le poste d’observation juste à l’endroit où l’on passait du Puy de Dôme à la Loire. La neige tombait, saupoudrant sa tenue camouflée blanche. L’ennemi fêtait-il Noël ? Il avait persuadé son lieutenant de ne changer en rien les patrouilles et surtout de ne pas dégarnir le dispositif de sécurité. Il s’était porté volontaire afin de donner l’exemple. La nuit était tombée et le silence oppressant se joignait à l’opacité de la nuit pour créer une atmosphère des plus sinistres. Son AK-47 en bandoulière, il attendait une hypothétique attaque. La neige qui tombait de plus en plus drue faisait qu’on n’y voyait rien à plus de dix mètres. Il pensait à sa famille qui fêtait Noël, le jeune garde-frontière. Lui était loin des siens, loin de sa Vendée. Que faisaient-ils à cette heure-ci ? Etaient-ils déjà revenus de la messe de minuit ? Ses frères et ses sœurs lui manquaient. Il était l’aîné d’une importante fratrie de 8 enfants, 5 filles et 3 garçons. La plus jeune, la petite Hombeline, n’avait pas trois ans. Il imaginait la petite bonne femme aux bouclettes blondes ouvrant ses cadeaux devant la crèche. La plus grande de ses sœurs, Marie-Agnès, 16 ans, passait son bac littéraire au pensionnat de catégorie 1 de Romagnat, elle avait dû encore changer depuis sa dernière sortie, chaque jour un peu moins fille, chaque jour un peu plus femme… Son frère le plus proche, François-Xavier, 15 ans, était scolarisé à l’Académie des Cadets, le Lycée Militaire de Tulle. Dans quelques années, ce sera lui qui, les deux sardines de sergent aux épaules, patrouillera au milieu de nulle part dans le froid et la nuit… Il ferma les yeux, pensa à la grande tablée familiale dans le salon, le sapin qui illuminait le coin de la pièce où nulle télévision ne venait troubler l’atmosphère, l’Angélus récité en famille, le Pater Familias bénissant le repas. Les Cartier étaient une famille solide, l’une de celles qui avait été les pionnières de l’indépendance. Dans les placards, on voyait l’uniforme de commandant d’infanterie de Pierre Cartier, l’uniforme de cheftaine d’arrondissement des femmes du Parti de Madeleine Cartier, les uniformes de pensionnat de Marie-Agnès, Anne-Cécile et Marie-Marguerite Cartier, les tenues de louvettes, guides et cheftaine des trois filles (1re section d’élite de Vendée Jeanne-Marie Kegelin ; 2e section d’élite de Vendée Maria Goretti ; 1re section de Vendée Marie Papin ) et de Flamine Cartier, la petite 4e, âgée de 6 ans, pas encore scolarisée mais incorporée aux Louvettes de la 5e section Enfants des Lucs, l’uniforme de Cadet de François-Xavier Cartier et celui de la Jeunesse Impériale de Raphaël Cartier, 12 ans… Nostalgie du pays. Un bruit venait de l’autre côté de la frontière, assourdi par le vent qui soufflait en rafales. Il sursauta et machinalement, attrapa sa kalach et s’installa en embuscade. Des coups de feu, il n’avait pas la berlue. Cela semblait venir du village situé en contre-bas, en zone hexagonale. Il donna l’alarme. Trois heures plus tard, les cadavres d’une dizaine de pillards jonchaient le sol du hameau qu’ils avaient rançonné. C’est parmi les siens que Louis-Gonzague Cartier fêterait le Nouvel An, le bras en écharpe, la Croix de Guerre sur la poitrine et la reconnaissance éternelle de la fille du fermier qu’il avait sauvée d’un sort pire que la mort bien qu’elle ait pu se réfugier dans le grenier. C’est en essayant de la déloger que les pillards avaient vu la patrouille leur tomber dessus. Le 31 décembre, on mit un couvert de plus chez les Cartier. Et ce couvert y resta pour toujours…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;A la maternité Saint-Joseph, la doctoresse de garde, cigarette au bec, rangeait les dossiers quand elle fut interrompue par le bruit de coups sur la porte. La porte s’ouvrit et une jeune infirmière au visage rond entra timidement : “ Pardon docteur, mais est-ce que je peux… ” La doctoresse lui répondit vivement : “ Je sais, Anne-Sophie, vous allez me demander de partir une heure plus tôt pour pouvoir aller à la messe avec vos parents… ” La jeune fille rougit jusqu’aux oreilles : “ En plus mon frère est revenu en permission ce matin…&lt;br /&gt;&amp;shy;- Fichez-moi le camp chez vous avant que je ne change d’avis ! ”. La doctoresse regarda la jeune fille s’en aller. Il y en a qui avaient de la chance de pouvoir passer Noël en famille. Au fait, sa famille à elle, fêtait-elle Noël ? Elle avait eu une famille, il y a longtemps, bien avant la guerre. Elle avait coupé les ponts depuis au moins 20 ans et se demandait parfois s’ils étaient encore en vie. Aux dernières nouvelles, ils habitaient toujours près de Pont-l’évêque. Elle alluma la télévision, juste à temps pour le flash d’infos de la chaîne culturelle Télé Courtoisie. “ Voyons ce que la propagande va nous raconter… ” Rien de particulier aux actualités : le sapin de Noël de l’orphelinat de filles Sainte-Germaine de Pibrac et de celui des garçons Saint Jean Bosco avec un appel de la directrice aux gens de catégorie 1 sans enfants, une escarmouche sur le front du Lot où un commando tradilandais s’était enfoncé de 35 kilomètres en zone ennemie pour y réaliser quelques opérations avant de revenir sans pertes, la fin de la normalisation au Gabon et l’alignement du nouveau régime post-bonguiste sur Tradiland... Assise à son bureau, devant son petit réveillon improvisé, elle entendit un bébé pleurer dans le service. Le seul bébé de cette clinique réservée aux femmes ne désirant pas garder l’enfant dans ce pays où l’avortement avait été aboli. Grommelant “ on ne peut même pas manger tranquille ! ”, elle prépara un biberon et une couche propre, histoire de parer à toute demande du petit braillard. Quelques instants plus tard, propre et repu, le bébé se mit à gazouiller, tendant ses petits bras vers celle qu’il pensait être sa maman. La doctoresse lui dit : “ On a bien mangé Monsieur ? On est tout propre… On va faire un gros dodo et me laisser réveillonner tranquille… ” Le bébé gazouillait de plus belle en battant des jambes. La doctoresse souriait, conquise : “ Mais oui Monsieur, on me fait de grands sourires !!! ”. Elle quitta la chambre et retourna dans son bureau. Venue du dehors, probablement de la cité ouvrière voisine, une ritournelle pour enfants la pétrifia au beau milieu d’une bouchée : “ Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige ,il tourne tourne le manège ; encore un tour une dernière fois et je rentre chez moi ”. C’est toute son enfance qui lui remonta en pleine figure. Elle pensa à la petite fille qu’elle avait été, revoyait les Noël en famille avant que, sur un coup de tête, elle ne coupe les ponts pour toujours. Elle revoyait son père, qui n’avait pas toujours été ce vieillard ronchon pestant contre tout et surtout contre elle… sa mère, qui dans ses jeunes années n’était pas celle que l’échec en la course aux biens de ce monde avait transformée en harpie acariâtre. Ses parents avaient été autrefois de bons parents, avant qu’ils ne se fassent dévorer… par quoi d’ailleurs ? L’envie, la rancœur de végéter dans des postes subalternes, la jalousie vis-à-vis des voisins alors qu’ils possédaient plus qu’il n’en faut. Elle pensa à la petite Anne-Sophie qu’elle harcelait depuis son arrivée à l’hôpital, comme pour lui faire payer son bonheur familial. Mais elle repensa à toutes les aides-soignantes qu’elle avait eues sous ses ordres en 15 ans de carrière, et elle se dit que jamais elle n’avait trouvé autant de dévouement et de bonne volonté que chez elle. Elle avait de la chance d’être dans une famille unie. De la chance ? Arrête de te mentir Martine, pensa-t-elle… Tu as voulu ta liberté ? Tu l’as maintenant, et à 42 ans, tu es là dans ton bureau toute seule à pleurer comme la reine des abruties que tu es pendant que d’autres sont heureux en famille… Et cette pauvre gosse à qui tu as bien pourri la vie depuis un an, à coups de remarques bien blessantes, de dénigrement de son style de vie et de mesquineries comme la faire travailler le vendredi saint alors qu’elle voulait sa soirée et que cela ne dérangeait pas son service. Tu deviens aigrie et méchante, ma vieille, comme ta mère… Une famille bien à elle… Voilà ce qui lui manquait. Seule ? Mais elle ne l’était pas… Il y avait à l’autre bout du couloir quelqu’un au moins aussi seul qu’elle. Elle courut vers la chambre. Le bébé ne dormait pas et gazouillait dans son couffin en agitant une girafe Sophie. Elle le prit dans ses bras, retrouvant les gestes de cet instinct maternel dont elle avait nié l’existence pendant des années. Bébé faisait risette. Avec une boule dans la gorge, elle déclara : “ Qu’est-ce que tu en dis bébé ? Tu vois, on est les deux abandonnés…Tu sais, tu en as de la chance toi… Il y a encore deux ans, ta mère t’aurait avorté et tu ne serais pas là pour me faire de jolis sourires… ” La doctoresse avait les yeux qui piquaient. Car le bébé né sous X qu’elle voyait sous ses yeux, bien vivant, lui rappelait un bébé qui n’était jamais né. Le sien. Celui qu’elle aurait dû avoir. Celui qu’elle avait tué en se faisant avorter il y a de cela bien des années. Le médecin, elle n’avait jamais su si cela avait été volontaire ou non, l’avait rendue définitivement stérile. Et travailler dans une maternité l’avait rendue aigrie. Elle regarda le bébé : “ Dis donc, petit garçon, tu n’as même pas de prénom… Cela te dirait de t’appeler Bertrand ? ” Le bébé agita ses petites mains, ce qu’elle prit pour un acquiescement. Elle le reposa dans son berceau, puis, songeuse, elle retourna à son bureau. Machinalement, la doctoresse ouvrit le tiroir où étaient rangés les formulaires d’adoption. Quelques instants plus tard, elle remplissait de son écriture rapide de médecin les différentes lignes. Nom de la famille d’adoption : Berthier. Prénom du chef de famille : Martine. Profession du chef de famille : médecin obstétricienne. Prénom de l’enfant adopté : Bertrand.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les cloches de toutes les églises de Tradiland sonnaient. Nous étions le jour de Noël. La neige avait cessé de tomber dans la nuit et tout était recouvert de blanc. Tous les journaux titraient “ JOYEUX NOÊL ” et dans les rues, les gens se souhaitaient les meilleurs vœux. Rien à signaler sur l’ensemble du front. Pas d’incident notable sur l’ensemble du territoire. Le nouveau pays fêtait son premier Noël. Quelque chose de nouveau germait dans la zone libre. Personne, pas même l’Imperator, ne savait ce que la nouvelle année réserverait. Le nouveau maître des destinées gabonaises, le général Marlin, avait déclaré que la totalité de la production de pétrole de son pays était réservée à Tradiland dans le cadre d’un échange matières premières – produits finis. Déjà, on ouvrait près de Niort un vaste complexe universitaire pour la formation des cadres du Gabon nouveau et d’où sortiraient prêtres, officiers, ingénieurs, médecins qui, vivant entre eux dans leur cité, rentreraient au pays dès la formation terminée. Mais les esprits curieux s’apercevraient que ces noirs, officiellement tous Gabonais, étaient pour plusieurs d’entre eux Congolais, Centrafricains, Camerounais, Togolais, Béninois, Ivoiriens, Burkinabés, Sénégalais… Aucun rapport avec les lignes précédentes : le matin du 26 décembre, le Ministre des Affaires Etrangères était convoqué chez l’Imperator avec son confrère de la Coopération. Ouvert en grand sur le bureau, un dossier marqué “ ULTRA-CONFIDENTIEL, ACCREDITATION BLANCHE. PROJET AFRIQUE OCCIDENTALE FRANCOPHONE / AFRIQUE EQUATORIALE FRANCOPHONE ”… &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412600515965050?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412600515965050/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412600515965050' title='6 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412600515965050'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412600515965050'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-36-nol-tradiland.html' title='Chapitre 36 - Noël à Tradiland'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>6</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412584406139079</id><published>2005-12-09T02:57:00.000-08:00</published><updated>2005-12-09T02:57:24.116-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 32 - Bombes sur Clermont-Ferrand</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Un vieux tourne-disque d’enfant tournait, futile et dérisoire, dans cette cave où ils s’étaient réfugiés. Fonctionnant avec des piles, il n’était pas tributaire de l’électricité qui avait été coupée. Blottie près du haut-parleur, Amélie, 12 ans, écoutait en boucle une vieille chanson du siècle passé, décembre 1986 très exactement (elle n’était même pas née) d’un groupe américain qui eut son heure de gloire dans les eighties : Crowded House, qui fut deuxième au Billboard (le Top-50 américain) avec la chanson qu’écoutait en ce moment la fillette : Don’t dream it’s over. Amélie ne comprenait pas l’anglais mais trouvait la musique jolie. “ We know they won’t win ” (Nous savons qu’ils ne gagneront pas) disait le refrain. Voilà qui aurait pu mettre du baume au cœur à ces familles réfugiées dans l’abri anti-aérien du secteur de la cité ouvrière Michelin. Le disque se termina par cette phrase qui aurait pu être reproduite telle quelle dans les médiats du régime : “ Don’t ever let them win ” (Ne les laissons pas toujours gagner). Amélie ne remit pas le bras pour écouter une trente-cinquième fois le disque. Elle pleurait car elle sentait vaciller l’abri et de petits bouts de béton s’étaient détachés du plafond. Il y avait une cinquantaine de personnes dans le vaste sous-sol du supermarché transformé en abri-antiaérien. Pour la première fois depuis le début du conflit, Clermont-Ferrand était bombardée par les Mirage-2000 du gouvernement central.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La plupart des réfugiés de l’abri avaient été surpris à leur domicile, l’alerte ayant eu lieu à 10 heures du matin en ce mercredi. Les chefs de blocs en uniforme du parti avaient conduit les habitants vers le centre commercial dès que les sirènes avaient déclenché l’alerte aux avions. C’est en courant que les gens s’étaient précipités vers les abris sous la garde d’un chef de groupe. En surface, les miliciens renforcés par des volontaires des Jeunesses Impériales patrouillaient pour éviter les pillages, parer à d’éventuelles catastrophes domestiques ou prêter main forte aux équipes de pompiers dans le cas où des zones sensibles seraient touchées, comme par exemple les dépôts de carburant de Cournon d’Auvergne. Déjà, des ambulances et du personnel hospitalier réquisitionné venaient d’Aurillac, de Vichy et d’Issoire… Immédiatement, ordre avait été donné aux unités de génie de la Garde Noire et du 92e de montagne de se mettre en position pour assurer le déblaiement. Les lycées et collèges de garçons de l’Auvergne (composée des anciens départements du Puy de Dôme et du Cantal) et du Bourbonnais (l’ancien Allier), catégorie 1 et 2, furent fermés pour la journée et les élèves mobilisés par le Parti pour les assister. Les radars avaient signalé une force ennemie de 24 appareils, qui avaient décollé de Dijon. Vu l’évolution du vol, Vichy et Clermont-Ferrand furent mis en état d’alerte, une attaque sur Moulins et Montluçon ayant été jugée peu probable.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Tout le monde était dans l’abri quand le bruit des premières bombes et des premiers missiles se fit entendre. L’électricité sauta rapidement mais des lampes-tempêtes avaient été prévues. Mis à part quelques personnes âgées, plus personne ne se souvenait des bombardements de la ville par les Américains lors de la dernière guerre. Les gens avaient vécu jusqu’à ces derniers mois dans une fausse paix trompeuse, à peine troublée par la guerre civile. La majorité des personnes de l’abri étaient des Clermontois. Les problèmes des banlieues ne les concernaient peu. Même lorsque la guerre les atteignit, elle fut si courte qu’ils ne la virent guère : après la défection du 92e RI et la destruction des brigades citoyennes locales, il y eut le transfert de population qui vida la Croix-Neyrat, la Fontaine-du-Bac et le vieux Montferrand de sa population refoulée vers le nord et l’est et remplacée progressivement par des familles de réfugiés des camps 71 et 72. Parfois, quand une bombe tombait vraiment près, les piliers qui maintenaient le sous-sol commençaient à trembler. La dernière bombe avait dû frapper le centre commercial. On entendait les bruits habituels de la guerre : le souffle des explosions, le pom-pom des canons de DCA, les sirènes des véhicules de la Milice, des ambulances ou des pompiers. Une mère de famille berçait son bébé. Une petite fille de 6 ans serrait contre elle sa poupée pendant que sa maman la rassurait : “ Ne pleure pas ma chérie, les vilains avions vont partir ”. Un contre-maître faisait les 100 pas en fumant une cigarette qui pourrait bien être la dernière. Le chef de bloc expliquait à tous les enfants des établissements scolaires catégories 3 et 4 que les ploutocrates étaient des lâches qui se complaisaient à bombarder des villes sans défense, jadis l’Allemagne, hier la Serbie et l’Irak, aujourd’hui Tradiland, mais que la fin de leur règne était proche car, dixit l’homme en chemise blanche, “les cadres de l’ordre nouveau formés dans les écoles de catégorie 1 rassembleront nos forces des églises, des usines et des campagnes et, guidant le peuple grâce à nos intellectuels et nos officiers, briseront les chaînes qui maintiennent nos frères en esclavage ”. Rien de moins. Avec ce genre de rhétorique, on comprend mieux pourquoi l’Imperator et le maréchal Bayanev étaient parvenus si rapidement à un traité d’assistance militaire…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’histoire était entrain de s’écrire et les gens terrés dans ce sous-sol de supermarché la subissaient plus qu’ils n’y intervenaient. Depuis que les rebelles avaient pris le contrôle de la capitale auvergnate, beaucoup de choses avaient changé, en bien ou en mal en fonction du côté duquel on se place. La musique avait changé, de même que les programmes de la télévision, le contenu des cours pour les enfants, les films à l’affiche. La mère d’Amélie se souvenait des séries télé d’avant-guerre, clichés politiquement corrects, convenances protocolaires : le méchant raciste était forcément blanc, le Maghrébin toujours innocent, le Juif toujours victime. En histoire, c’était la sale France de Vichy, la sale France coloniale, le démon hitlérien. La musique était celle des groupes nègres de rap… Maintenant, tout avait changé. Enfin, le contenu surtout, pas vraiment les méthodes. Comme lors des batailles on passe à gauche, au centre ou à droite, en propagande il n’y a pas 300 méthodes… Donc, nouveaux films, nouveaux messages, nouveaux gentils, nouveaux méchants, vieille technique… Dans les séries policières, le pauvre flic de souche était victime d’accusations mensongères de racisme, le violeur et le tueur étaient plus conformes à la représentativité de la page “ faits divers ”, le financier véreux s’appelait plus souvent Aaron Blumenstein que Charles-Hubert de la Haute-Branche… En Histoire, on continuait le devoir de mémoire. Mais pas le même : crimes de Roosevelt, crimes de Churchill, crimes de la République, crimes du FLN. On avait démoli des statues, érigé d’autres. Les coupables d’hier étaient les héros d’aujourd’hui, et vice et versa. Et le plus comique, c’est qu’à 82 % les gens s’en moquaient, et ceux qui, jeunes adultes le 21 avril 2002, avaient défilé poing serré en criant “ A mort Le Pen, Vive la République !” étaient les parents de ceux qui défilaient maintenant place de Jaude bras tendu en criant “ A mort les traîtres, Ave Imperator ! ”&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Au Bunker Palace, le général Fichaux, chef de la défense aérienne, faisait le bilan : “ Nous avons à déplorer environ 300 morts, essentiellement quand ils ont délibérément bombardé trois objectifs civils : la cathédrale, l’Hôtel-Dieu et La Châtaigneraie. Nous avons réussi à abattre 5 appareils ennemis avec les batteries de DCA d’Aulnat, d’Orcines et du Crest. Notre chasse est insuffisante et est mobilisée pour les campagnes extérieures. Ils peuvent revenir à n’importe quel moment, nous serons toujours impuissants face à eux. Là, ce n’était qu’un petit bombardement, mais imaginez qu’ils décident de nous refaire Dresde… ” Mains dans le dos, l’Imperator regardait par la fenêtre. “ Nous avons comme objectif d’aligner avant la fin de l’année 8 escadrilles de chasse et 4 de bombardement, sans oublier les unités de reconnaissance. Le traité de coopération signé avec le maréchal Bayanev nous fournira les avions nécessaires, essentiellement des appareils venus des stocks de l’ancienne Armée Rouge, mais aussi de la Chine populaire et de la Corée du Nord, le tout transitant par Minsk. Pas vraiment modernes, mais rustiques, faciles à entretenir. Nous devons réussir à convaincre Moscou, qui ne respecte pas l’embargo contre nous, de nous fournir via l’Ukraine 6 bombardiers lourds Tu-95 et 12 bombardiers Tu-22. Ne rêvons pas, jamais nous n’obtiendrons l’accord des Russes pour acheter 6 de leurs Tu-160… Pourtant, ces Blackjack nous auraient été fort utiles, mais bon, on va se contenter des Backfire… Dès que les pilotes auront été formés et les appareils arrivés, nous allons pouvoir lutter à armes égales. Mais pour le moment, nous devons songer à enterrer nos morts et faire passer aux usurpateurs toute envie de réitérer ce genre de lâchetés… ”. Il mit en marche son interphone et lança : “ Charbonnier, ma petite, vous me faites venir illico le général Dieuze… ” Quelques instants plus tard, le chef d’état-major des armées tradilandaises faisait son entrée dans le bureau impérial. Tendant le bras droit et se frappant la poitrine de la main gauche avec son béret noir des troupes d’élite, il lança : “ Ave Imperator ! Servitori te salutant ”… La réunion d’état-major se prolongea durant une heure. Entre-temps, ils furent rejoints par le colonel Hoffmann, qui portait les pattes de col orange des unités stratégiques…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’Archange Gabriel se posa sur l’aéroport d’Aulnat qui n’avait même pas été touché. La Prestige impériale se dirigea vers les quartiers touchés par l’attaque archéo-française. La cathédrale avait été frappée de plein fouet, on le remarquait dès l’arrivée dans la ville. Des colonnes de fumées impressionnantes s’élevaient à divers endroits de la ville, preuve de l’utilisation de bombes incendiaires, lâchées notamment sur l’Hôtel-Dieu, le Cours Sablon, Montferrand, la Muraille de Chine et les communes voisines de Beaumont, Chamalières et Gerzat. Les sirènes des ambulances hurlaient dans la ville, de même que celles des voitures de pompiers. Quartier par quartier, l’Imperator visitait la ville meurtrie, utilisant sa force physique herculéenne pour aider à déblayer un immeuble, transporter un blessé, ou donnant même son sang dans un cas d’urgence. Devant un parterre de survivants, il promit des “ représailles bibliques ”. Il tint parole.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La totalité des émissions de radio et de télévisions stoppèrent immédiatement leurs émissions. Le jingle des grands jours et des heures sombres retentit et la voix martiale annonça le gimmick habituel : “ Tradilandais, Tradilandaises, votre chef bien-aimé vous parle ”. Le fond de l’image montrait l’Imperator au PC des Opérations, signe que les événements étaient graves. “ Ave ! Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, les usurpateurs ont continué dans leur logique de génocide de notre peuple en bombardant ce matin à 10 heures la ville de Clermont-Ferrand. Ils ont bombardé les quartiers civils, notamment deux hôpitaux. J’ai vu périr des gens qui n’étaient pas des combattants, j’ai vu une maternité touchée par les bombes et des bébés mourir dans les premières minutes de leur vie, coupés en deux avec leur pauvre mère par les bombes des criminels ploutocrates. Aussi, en concertation avec le général Dieuze, chef des Armées, le colonel Hoffmann, chef des Forces Stratégiques, Monseigneur Collet évêque de Clermont et le général Grand, n°2 du Parti, j’ai décidé de mettre la totalité du pays en Défense Contrôle 3 et de prendre les dispositifs du plan Malchius. J’avais promis des représailles bibliques. Je tiens mes promesses ” D’un geste nerveux, il pressa sur le bouton rouge. Quelques secondes plus tard, les forces du 150e régiment de guerre stratégique virent les missiles de leurs camions pointer droit vers le ciel. Dans un bruit de tonnerre, une salve s’en alla semer la mort de l’autre côté de la ligne de front…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Au NORAD (Dakota, USA), centre des forces stratégiques de l’armée américaine… “ 5 missiles sol-sol conventionnels de type SS-20 dénucléarisés viennent d’être tirés depuis le centre de la France, zone rebelle. Trajectoires calculées, impacts probables : Rouen, Toulouse, Marseille, Lyon, Paris ”. En renforçant et modernisant le système de guidage, les anciens missiles SS-20, devenus dans la nomenclature rebelle AR-3 (armes de représailles 3) avaient atteint une précision de 5 mètres. Tous les missiles atteignirent leurs cibles : la raffinerie de pétrole de Petite-Couronne, l’usine SNPE de Toulouse, l’usine Eurocoptère de Marignane, la centrale nucléaire de Creys-Malville et l’Assemblée Nationale… Le bilan fut un peu moins lourd que celui de Clermont, mais les effets dans le morale de la population furent désastreux pour le gouvernement, car, notamment en ce qui concernait les frappes sur Toulouse, Rouen et Lyon, la dangerosité de ces objectifs frappés “ avec retenue ” laissait présager le pire si Tradiland décidait de passer au format supérieur… A titre anecdotique, le bombardement de Paris fit au moins 38 heureux : les suppléants des députés dont les corps avaient été retrouvés dans les décombres du Palais Bourbon…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412584406139079?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412584406139079/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412584406139079' title='2 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412584406139079'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412584406139079'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-32-bombes-sur-clermont.html' title='Chapitre 32 - Bombes sur Clermont-Ferrand'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412569268704809</id><published>2005-12-09T02:53:00.000-08:00</published><updated>2005-12-09T02:54:52.696-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 27 - Le Pensionnat d'élite</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;« Cette petite fille a bon fond et j’aimerais qu’on lui donne une chance de connaître autre chose que le cloaque putride d’où elle vient ».  Mademoiselle la directrice du pensionnat d’élite Sainte-Anne relisait pour la quatrième fois cette phrase anodine mais aux allures d’ordre indiscutable qui finissait le fax venant du Bunker Palace, le Palais Impérial, signé par l’Imperator en personne. D’après ce que lui avait appris le reste du fax, la petite fille s’appelait Ludivine, était âgée de 8 ans et donc serait scolarisée probablement en CE2.  Il fallait lui trouver un trousseau complet, une place dans le dortoir des petites, l’intégrer dans une équipe où elle se sente à son aise et le tout, en un temps record. Elle décrocha le téléphone et composa le numéro personnel de la Matrone, la « mère de la nation ». Il y avait de cela un certain nombre d’années, une petite fille de 7 ans avec des barrettes avait franchi la porte du pensionnat, sa petite valise dans la main. La directrice d’alors, dont le portrait ornait aujourd’hui la grande salle à manger des professeurs aux côtés de ceux de Mgr Lefebvre, de Mademoiselle Luce Quenette et de Saint-Pie X, l’avait accueillie jovialement et l’avait présentée à sa future chef d’équipe, une grande adolescente dont les immenses cheveux blonds tombaient en cascade sur sa blouse bleue. La fillette était devenue directrice, l’adolescente Matrone. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Touchée dans son cœur de mère par la détresse de l’enfant, la Matrone prit en personne la direction des opérations. Une heure plus tard, Ludivine se retrouvait dotée d’un trousseau complet grâce à la solidarité des organisations de mères de famille et de la Fraternité Néo-française. Dans le pensionnat, les petites s’étaient rassemblées dans la salle à manger pour le repas du soir quand le 4 x 4 de la Milice fit son entrée dans la cour. Les fillettes, informées de l’arrivée d’une nouvelle, mirent le nez à la fenêtre avec la complicité de la surveillante générale tout aussi curieuse. Quelques instants plus tard, la petite réfugiée fit son entrée dans la pièce, sa valise à la main. “ Mesdemoiselles, je vous présente une nouvelle petite camarade. Elle s’appelle Ludivine et vient du camp de réfugiés 71. Je compte sur vous pour lui faire bon accueil ”. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la petite fille se sentait totalement perdue. Même si les autres fillettes étaient d’un naturel gentil, elles étaient tout de même assez espiègles. Suffisamment en tout cas pour que la tenue vestimentaire de Ludivine suscite l’hilarité générale, spécialement son pantalon en toile de Gênes teint en bleu de Nîmes, ces blue gênes transformé par évolution linguistique en blue jeans. Ludivine était trop jeune pour avoir vu le film Pretty Woman mais c’est un peu ce qui lui arriva. D’une vilaine petite chenille d’une cité HLM, mademoiselle la directrice réussit à faire un joli petit papillon tradilandais. « Mon Dieu ! Mais ma pauvre enfant, vous êtes fagotée comme un épouvantail à moineaux ! » pensa la directrice qui ne le dit pas pour ne pas vexer la fillette.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Une moyenne de sixième ne put s’empêcher de lui lancer : « Ludivine, tu es un petit garçon pour avoir un pantalon ? ». Se tournant vers les autres fillettes, la directrice déclara : « Surtout ne vous moquez pas d’elle. Ce n’est pas de sa faute si elle est habillée comme ça ! Vous savez les petites filles de la République n’ont pas la chance de recevoir votre instruction. Dès leur enfance, on les dresse dans la laideur, dans l’inculture, dans la haine de soi, dans l’ignorance de Dieu, dans le mensonge et dans le péché. Ludivine a besoin de toute votre aide, je compte sur vous mesdemoiselles ». La fillette fut amenée dans le dortoir des petites et vida sa valise sur son lit, découvrant les vêtements qui lui avaient été donnés et qu’elle n’avait jamais portés auparavant. Elle ne comprenait pas pourquoi les petites filles avaient ri de son pantalon, toutes ses amies en portaient dans son école. Jamais elle n’avait vu de petites filles habillées de cette façon : elles étaient toutes pareilles, le même uniforme, seules les coupes de cheveux différaient.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;« Allez Ludivine, on se change ma petite !!! » lui ordonna la directrice d’un ton ferme mais maternel. Comme une petite chenille se dépouille de sa chrysalide, elle retira ses frusques qui étaient peut-être « kiffantes » dans le 9-1 mais qui étaient pour le moins ridicules ici, pour revêtir l’uniforme modeste mais chargé de prestige de l’école d’élite Sainte-Anne-de-la-Providence, l’école préférée de l’Imperator puisque ce fut celle de la Matrone, marraine comme il se doit de l’établissement et dont le nom avait été donné à l’unité d’élite VELAY I/1. Une fois par mois, « la Mère de la Nation » promenait sa célèbre robe marron dans les couloirs de l’établissement et les fillettes étaient fières de montrer leurs cahiers biens tenus à l’Imperator.  Ces visites étaient très prisées des écolières, pour qui elles étaient une sorte de récompense. La Matrone avait été comme elles une petite fille en blouse bleue, qui avait joué à la poupée entre ces murs, qui avait fait en son temps ce qu’elles avaient fait, qui avait aussi descendu en luge les pentes de la cour de récréation, travaillé dans le jardin (elle était restée célèbre dans l’histoire de l’école pour son aptitude à planter les tulipes à l’envers), étudié dans la salle de classe, prié dans la chapelle… C’était il y a de cela bien longtemps, bien avant la guerre de libération, à l’époque où on espérait trouver peut-être une solution politique à la crise entre les deux sociétés.  Ludivine était à la croisée des chemins : elle avait quitté l’Enfer, on l’avait sortie du Purgatoire, en se changeant, elle resterait au Paradis. Mais elle sentait confusément qu’il faudrait peiner pour être acceptée. Ces petites filles étaient tellement différentes d’elle… Ludivine retira ses baskets, son jean, son sweat-shirt et ses chaussettes fantaisie. En sous-vêtements et pieds nus, elle ressemblait à une petite fille anonyme comme une poupée. Maintenant, elle entrait dans son nouveau monde. Elle enfila par-dessus son maillot de corps (à l’école on appelait ça une « petite chemise ») une combinaison (vêtement dont elle ignorait jusqu’à l’existence), puis la chemise de l’école couleur bleue. Pour la première fois de sa vie, elle mit une jupe, la jupe plissée d’uniforme couleur marron-grise. Pour finir, elle mit des socquettes blanches, des mocassins à brides et enfila la blouse d’écolière en nylon bleu-ciel. « Très bien, maintenant, on va changer cette coiffure... ». Assise sur une chaise, Ludivine vit la directrice revenir avec une brosse et rapidement, le petit visage rond et potelé fut encadré par deux jolies nattes brunes. Ludivine se regarda dans la glace et ne se reconnut pas. Ce n’était plus elle, c’était une autre Ludivine… « Voilà le vilain petit canard devenu un joli cygne », lui dit la directrice en souriant, « c’est mieux comme ça non ? Tu ressembles enfin à une petite fille ! ». &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La petite fille qui dormait dans le lit d’à côté était en 9e comme elle. Elles firent connaissance en attendant leur tour d’aller faire leur toilette. La voisine de dortoir de Ludivine était une petite blondinette malicieuse, au mignon petit nez retroussé, coupe au carré et serre-tête à nœud dans les cheveux. « Bonjour, moi c’est Marie-Astrid, on est dans la même classe ! Moi je viens de la Haute-Loire, j’ai cinq frères, trois sœurs, mon papa il est lieutenant-colonel dans les troupes de choc et elle c’est Caroline ma poupée préférée. Et toi, tu es une réfugiée aussi, on en a eu beaucoup au tout début. Nous, on n’a pas eu besoin. Mon papa, il s’est rallié à l’Imperator avec tout son bataillon de chasseurs-alpins, et c’est mon Papa qui a libéré Poitiers !!! Et toi, il fait quoi ton papa ? ». Ludivine eut un petit air triste : « Mon papa, je sais pas qui c’est. Maman et lui, ils ont divorcé quand j’étais bébé » Marie-Astrid la regarda toute étonnée : « Ça veut dire quoi divorcé ? » « Ben ça veut dire que le papa il est parti et qu’on ne le voit plus. Il n’y a pas de petites filles sans papa ici ? » Marie-Astrid eut un voile de tristesse sur son visage : « Si. Il y a Marie-Marguerite, qui est en 7e, son papa, il a été tué sur le Front de l’Est et puis il y a Anne-Charlotte, elle, ils ont assassiné son papa et son frère, elle a réussi à gagner nos lignes avec sa maman et le reste de sa famille. Ils sont partis trop tard d’Alsace… » Elle marqua un temps d’arrêt : « Mais toi, tu n’as pas de poupée ? ». Ludivine se mit à pleurer : « Tous mes joujoux sont restés dans l’appartement, j’ai plus rien ! J’ai juste un nounours, mais c’est maman qui l’a dans sa valise, j’ai plus ma console de jeux vidéo, j’ai plus mon baladeur, j’ai plus ma télé.. » Marie-Astrid ouvrit son placard et lui tendit une poupée : « Tiens, elle c’est Madeleine, ma deuxième poupée préférée. Je te la donne !  C’est maman qui lui a tricoté son chandail quand elle a été en prison sous la République parce qu’elle avait voulu sauver les bébés à naître. Au fait, une télé, je sais ce que c’est, il y en a une à l’école pour le magnétoscope mais chez nous on n’en a pas, mais une console c’est quoi ? Nous on a une console à la maison, mais c’est un meuble où maman met son vase, c’est autre chose non ? Tu écoutes le baladeur ? Tu sais, c’est drôlement dangereux pour les oreilles… »&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le lendemain, Ludivine fut dispensée de classe afin qu’elle puisse voir comment vivait sa nouvelle école, qu’elle se familiarise avec le règlement et l’organisation. Le matin, les petites allaient faire la prière à la chapelle, chose totalement inconnue de la part de Ludivine qui n’était même pas baptisée. C’était comme une grande famille dans cette école avec « maman » la Directrice, « grandes sœurs » des classes des lycées et « parrain et marraine » les dirigeants. Il y avait la classe, il y avait les services, il y avait la récréation, il y avait la prière. Totalement différent de chez elle ! Pour le moment, elle ne sentait pas encore perdue mais cela viendrait rapidement. Comment parler à des petites filles qui ne connaissaient aucun groupe musical, aucun des films qu’elle avait vus, qui ne jouaient pas aux mêmes jeux, qui ne parlaient pas pareil et qui en plus ne mangeaient même pas comme elle, pas de Big Mac, pas de pizza, pas de chewing-gum ??? Elle n’était plus chez elle dans cette banlieue où des filles de sa classe, des filles qui avaient été ses amies, avec qui elle avait toujours été gentille, avec qui elle avait partagé les mêmes CD, les mêmes jeux,  les mêmes activités avaient fini par lui cracher dessus en la traitant de «sale kafira, sale roumia, sale toubab, sale fromage… ». Elle n’était pas plus chez elle dans le camp de réfugiés, cet univers de tentes et de barbelés où s’entassaient des gens qui ne voulaient plus vivre dans une société et dont l’autre ne voulait pas. Mais ici, serait-elle chez elle, dans ce monde-là. Le monde où les petites filles apprennent à faire la révérence, à bien se tenir, un monde où il faut respecter le règlement et où se sont les élèves elle-mêmes qui jardinent, qui cousent, qui lavent et qui font la cuisine, tout comme les professeurs d’ailleurs ! Un monde réglé comme une horloge.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;L’école était un univers de blouses bleues, respirant la joie de vivre et ne se posant aucune question. Elles vivaient leur vie comme si rien d’autre n’existait au-dehors. Le matin, entre la prière et le petit-déjeuner, on hissait les couleurs, qui étaient descendues le soir. On se rassemblait aux ordres de la chef d’équipe, par ordre décroissant en fonction de l’âge : chef d’équipe, chef-adjoint, 3e d’équipe, 4e d’équipe, 5e d’équipe, ce que serait Ludivine vu son petit âge. Il y avait le tableau des services : couture, jardinage, entretien, cuisine, aller chercher le lait, aller couper du bois… En visitant l’école, elle tomba sur deux jeunes adolescentes qui jardinaient. La même blouse bleue mais deux filles très différentes : une blonde boulotte à la bouille toute ronde et au regard qui respirait la bonne volonté mais pas vraiment l’intelligence et une brune altière, le teint mat, type hispanique, qui visiblement était une demoiselle de grande classe, belle et brillante. Toutes les deux répandaient du fumier pour aider à faire pousser les cultures et avaient les mains pleines de terre, la blouse n’étant pas en meilleur état. La blondinette menait les opérations : « Jacinthe, il faut en mettre plus ici, cela ne poussera jamais sinon ! ». Elles s’arrêtèrent pour dévisager la nouvelle. « Bonjour, je ne t’ai jamais vue ici, tu viens d’arriver ? Tu t’appelles comme et tu viens d’où ? Moi c’est Séverine Gargilier, on vient de la Haute-Savoie et mes parents ont repris un élevage de moutons dans la région, je passe les vacances de juillet chez Jacinthe et elle, en août, elle vient nous aider à la ferme et c’est très drôle de la voir s’occuper des agneaux… » La brune la regarda, mi-amusée, mi-agacée… « Bon, tu ne veux pas raconter ma vie non plus… Bienvenue Ludivine, je suis Jacinthe Tornadeo y Canizares, vicomtesse de Garofa, et rien de tel pour cultiver la vertu d’humilité que d’avoir les mains dans le fumier quand on est la fille d’un Grand d’Espagne et de son excellence l’Ambassadeur d’Espagne à Prague… Séverine est fille de pauvres fermiers, moi fille de noble et nous partageons la même chambre, portons la même blouse, le même uniforme et partageons la même vie. Ici, nous sommes toutes traitées sur le même pied d’égalité, quelque soit notre milieu social, notre nationalité ou nos capacités intellectuelles. Toutes égales devant Dieu et devant Mademoiselle. Pas de favoritisme, c’est le dogme de l’école ». Ludivine repartit, songeuse… Et le soir, allongée dans son lit, le pouce dans la bouche et la poupée de Marie-Astrid blottit contre elle, elle s’endormit en se demandant si elle, si différente, serait elle aussi traitée comme les autres petites filles. Elles étaient toutes gentilles, mais se ferait-elle aux multiples règlements et à ces rites qui semblaient naturels à des fillettes baignant dedans depuis leur naissance mais qui, pour elle, étaient aussi étrangers que pouvaient être les siens à ses nouvelles camarades. A la première visite dans l’école, sa maman se posa pendant des jours la même question. Pourquoi avait-on laisser dériver dans une incompréhension totale deux pans de la société jusqu’à l’irrémédiable, jusqu’à cette nécessité non seulement de vivre, mais pour cela de devoir détruire l’autre ?  Dans le camp de réfugiés, elle avait espéré une entente qui mette fin à cette abominable guerre civile, mais lors de son séjour à l’hôpital elle avait compris que c’était impossible. Aucun des deux camps ne cèdera pour la bonne et simple raison que la moindre concession se ferait au détriment de leurs valeurs fondatrices. L’un voulait la démocratie universelle et pour cela, il devait détruire l’opposition qui incarnait l’autre. Et réciproquement. Elle comprit que la guerre pouvait durer des générations : le gouvernement avait l’appui international, le nombre, la propagande. La rébellion tradilandaise avait le courage, l’efficacité et la détermination des gens qui n’ont plus rien à perdre. En repensant à sa petite fille en uniforme, riant et jouant avec les autres, elle se mit à pleurer : Ludivine serait une des leurs mais elle, sa mère, serait toujours une étrangère, ici comme ailleurs. Aux Ulis, on lui a fait comprendre qu’elle n’était plus chez elle mais ici, elle comprenait qu’elle n’était pas chez elle… Et il n’y avait pas d’alternative, de troisième voie : si tu n’es pas dans mon camp, tu es dans celui d’en face et tu en paies le prix !!! Fumant une cigarette, elle renvoya dans la même Géhenne l’incapable corrompu, héroïnomane et obsédé sexuel qui était le pantin à la solde des lobbies qui dirigeaient la République Française et l’intransigeant Imperator de Tradiland, au strict rigorisme religieux et politique, Pater Familias d’un état neuf transformé mi-caserne, mi-phalanstère religieux et certain d’être infaillible en tout point. D’un côté : la liberté, de l’autre la sécurité. Et elle, au milieu, perdue comme une brebis lâchée par le troupeau…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412569268704809?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412569268704809/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412569268704809' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412569268704809'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412569268704809'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-27-le-pensionnat-dlite.html' title='Chapitre 27 - Le Pensionnat d&apos;élite'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412558025553449</id><published>2005-12-09T02:49:00.000-08:00</published><updated>2005-12-09T02:53:00.260-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 26 - Le Camp de réfugiés</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;La fillette serrait de ses petites mains potelées le réseau de fil de fer barbelé qui, heureusement pour ses menottes, n’était pas électrifié… Ses yeux fiévreux regardait de l’autre côté de la “ frontière ” qui commençait juste devant la ligne des sapins, un no man’s land (ou plutôt, dans ce cas, un no tree’s land) permettant aux patrouilles de passer. Le camp de réfugiés s’étendait à perte de vue entre ce qu’on appelait jadis l’autoroute A-71 et la frontière de l’Etat libre de Nouvelle-France, "Tradiland". La ville de toile n’avait pas de nom. Mais elle avait entendu les soldats l’appeler “ le Purgatoire ”. “ C’est quoi un purgatoire ? ” avait-elle demandé à sa maman. En larmes, elle lui avait répondu : “ C’est l’antichambre du paradis ma chérie… ”. Elles avaient fui la région parisienne, leur cité HLM en flammes, entassant leurs maigres affaires dans la petite voiture. Celle-ci était tombée en panne sèche à quelques kilomètres de la zone libre, elles avaient fini à pied, dans le froid et la neige. Par chance, elles avaient évité les groupes de pillards qui maraudaient partout dans le pays. La mère ne savait que trop le sort qui lui aurait été réservé à elle et à sa fillette si jamais elles étaient tombées entre leurs mains. Les avaient fini par atterrir là, sans aucune possibilité d’aller plus loin, ni même de faire marche arrière. On leur avait attribué une tente pour elles deux, un sac de couchage, un réchaud, des couvertures et des vêtements de rechange. Elle avait remarqué que les femmes étaient séparées des hommes, sauf les couples légitimes qui avaient leur propre camp à 5 kilomètres de là. De temps en temps, on entendait de courtes rafales d’armes automatiques ou l’on voyait un véhicule blindé s’avancer sur l’ancienne autoroute, probablement pour une mission ponctuelle…&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Matin, midi et soir, des religieuses et des dames en blouses blanches de la Croix Rouge venaient distribuer de la nourriture. Parfois, elles étaient accompagnées d’un monsieur en imperméable de cuir noir, avec un brassard tricolore barré en lettres gothiques noires du mot “ COMPOL ”. La fillette avait demandé à une dame qui ils étaient. Celle-ci, apeurée, lui avait répondu : “ Surtout mon poussin quand tu en croises un, baisse les yeux… C’est le commissariat politique ! Quand ils entrent dans le camp, c’est pour faire pendre quelqu’un… ”. Une sirène hurla dans le camp et une voix crachota dans un haut-parleur : “ distribution ravitaillement catégorie E, J1, J2, J3F, AF sur la place d’armes ”. Lentement, elle s’y rendit avec sa mère… Puis, son repas avalé, elle reprit sa place, les mains accrochées au fil de fer, à regarder de l’autre côté jusqu’à la nuit tombée.  “ Maman, pourquoi on ne peut pas aller de l’autre côté ? ”. La femme n’osa pas regarder son enfant. Elle murmura : “ Ils ne veulent pas que l’on rentre. Ils disent que si la France est à feu et à sang, c’est de notre faute. Ils ne veulent pas que l’on recommence les mêmes erreurs ici. Ils n’ont pas confiance en nous, je crois qu’ils ont peur qu’on les trahisse ”. Cette nuit-là, la fillette sortit de sa tente sans réveiller sa maman et à la lumière d’un mirador écrivit sur une page blanche arrachée de l’un des rares livres sauvés de l’appartement familial la lettre suivante : “ Monsieur l’Impérator, ma maman et moi nous sommes au camp de réfugiés que les soldats appellent le purgatoire. Ici, il fait très très froid, ma maman, elle tousse beaucoup et les dames avec des croix autour du cou, elles disent que ce serait une épidémie et que ma maman, elle va peut-être mourir. Ma maman, elle a dit qu’on n’a pas le droit d’aller de l’autre côté parce que les gens du camp ont été méchants avec les gens de votre paradis et que vous craignez qu’on soit encore méchant. Moi je vous promets que ma maman et moi, on sera sage et qu’on ne fera plus de bêtises comme avant. Gros bisous. Ludivine, camp de réfugiés 71, secteur 5, allée 25 ” Elle plia la lettre et écrivit de l’autre côté : “ A Monsieur l’Impérator, Palais du paradis de l’autre côté des barbelés ”. Elle marcha longtemps et furtivement, glissa la lettre dans un poste de garde où la sentinelle était captivée par un quart de finale de coupe de Nouvelle-France de Rollerball. Le lendemain passa. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Vers 18 heures, à la tombée de la nuit, la lumière d’une lampe-torche éclaira l’entrée de la tente. Celle-ci s’ouvrit, laissant apparaître un homme en gabardine de cuir noir. Commissariat politique. Il tenait en main la lettre de la fillette. Serrant dans ses bras sa petite fille et se voyant déjà finir au fond d’une fosse commune, la mère rassembla en hâte leurs quelques affaires et suivit le Compol. “ Ils viennent la nuit ”, pensa-t-elle, “ ils viennent toujours la nuit… ”. On les fit monter dans un véhicule 4 x 4 qui arriva au poste frontière. Des sentinelles en uniforme bleu nuit saluèrent à la romaine : “ Ave Imperator ! ”. Le Compol leur rendit leur salut en levant son bras : “ Ave Imperator ! ”. Ludivine allait enfin voir ce qu’il y avait de l’autre côté de la ligne… La forêt se transforma rapidement en plaine, au fond de laquelle on voyait les lumières d’une grande ville. Le 4 x 4 tourna à droite sur ce qui avait été jadis une aire d’autoroute. Elles furent ensuite invitées à monter dans un hélicoptère qui les amena bien loin de là. Elles se retrouvèrent au milieu d’une véritable ruche humaine. Des hommes et des femmes en uniforme allaient et venaient en se hâtant. On les fit s’asseoir dans une antichambre. Ludivine regardait tout autour d’elle, les yeux écarquillés. Sur les murs de marbre noir, il y avait gravé en lettres d’or la devise du régime : Croire en Dieu, Combattre l’ennemi, Obéir au Parti. La maman essayait de deviner où on les avait amenées. Pour le moment, rien de menaçant à court terme. Une secrétaire en uniforme s’engouffra dans la pièce et cria à la cantonade, à l’intention des différents employés du service : “ Il arrive ! ”. En un éclair, le personnel administratif sortit des bureaux et se plaça le long du couloir. Une vague de bras tendus et de “ Ave Imperator ” salua l’arrivée de ce dernier, césarien dans son grand uniforme blanc d’amiral, cumulant sur ses larges épaules les fonctions d’Imperator, de Ministre de l’Intérieur et de Secrétaire Général du Parti. “ C’est qui maman le monsieur avec des lunettes qui est à côté de monsieur l’Impérator ? ”. “ Ce doit être le général Grand, le ministre de la Propagande ”. Sans regarder la mère et la fille, l’amiral lança à la second-maître secrétaire : “ Rien de spécial depuis hier ma petite Charbonnier ? ”. “ Nous avons amené céans la petite fille qui vous avait écrit hier ”. “ Parfait, mettez-moi en vidéoconférence avec les Finances, la Reconquête, les Affaires Etrangères et les Opérations Spéciales… on a la Propagande ici…  Mais avant toute chose, amenez la mère voir le docteur, si elle continue à tousser comme ça, elle va nous laisser ses poumons sur le carrelage ! Lancez un e-mail procédure rouge à tous les centres médicaux et pharmaceutiques du pays : qu’ils se préparent à faire face à une épidémie de pneumonie sur la frontière nord. Appelez le mess et demandez qu’on apporte à la petite un chocolat chaud et une tenue d’hiver des louvettes du parti. Elle grelotte de froid avec ses collants trempés et ses mauvaises chaussures ”. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Commença alors un véritable conseil des ministres par télécrans pour sceller le sort des réfugiés : Tradiland devait-il faire preuve de miséricorde ? Autoriser les enfants réfugiés à franchir la frontière fit l’unanimité. Pour les adultes et les grands adolescents, le débat fut plus long. “ Justice a été rendue, plus que rendue ! ” s’exclama le ministre de la Propagande, qui se souvenait des premiers jours de l’épuration et de certains débordements d’unités de maquisards pour le moins indisciplinées qui avaient obligé l’Impérator – qui n’était alors que commissaire politique général du secteur militaire Volcans-Limagne – à quelques sanctions disciplinaires radicales qui avaient frappé ceux qui s’étaient pris pour des FTP… Rétrospectivement, la vue de quelques sauvageons pendus aux réverbères de Cournon et le spectacle peu réjouissant de quelques jeunes filles tondues comme brebis avec un panneau autour du cou “ J’ai souillé ma race ” firent plus pour glacer les volontés de révolte et inciter une certaine catégorie de population à partir que toutes les harangues du ministre de la Propagande. A cela s’était ajoutée l’épuration politique : de l’île de Noirmoutier aux contreforts du Forez, le commissariat politique avait éradiqué tout ce qui de près ou de loin avait collaboré avec l’ancien régime, sans que cela ne suscite des réactions de la part d’une population qui voulait surtout éviter les ennuis : la propagande hystériquement antifasciste du régime avait fini par se retourner contre lui…  Ayant éliminé toute menace interne, le nouveau régime avait encore accru sa stabilité avec le “ plan suricate ” qui avait amené en Nouvelle-France la totalité des Boers sud-africains descendant des Huguenots chassés par Louis XIV. &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dès le lendemain, l’armée néo-française prenait le contrôle des camps de réfugiés et, comme dans l’évangile, séparait le bon grain de l’ivraie. Sa mère étant hospitalisée pour soigner son début de pneumonie, Ludivine passa sa première nuit de néo-française dans un pensionnat voisin. Deux ans plus tard, le ministère de l’Intérieur remettait à sa mère une nouvelle carte d’identité remplaçant l’ancienne surchargée d’un “ R ” rouge qui indiquait des réfugiés. La maman de Luvidine pensa immédiatement à cette chanson des Byrds : “ Il y a un moment pour tout et un temps pour toute chose sous le ciel. Un temps pour enfanter, et un temps pour mourir ; un temps pour planter, et un temps pour arracher le plant. Un temps pour tuer, et un temps pour guérir ; un temps pour détruire, et un temps pour bâtir. Un temps pour pleurer, et un temps pour rire ; un temps pour gémir, et un temps pour danser. Un temps pour lancer des pierres, et un temps pour en ramasser ; un temps pour embrasser, et un temps pour s’abstenir d’embrassements. Un temps pour chercher, et un temps pour perdre ; un temps pour garder, et un temps pour jeter. Un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ; un temps pour se taire, et un temps pour parler. Un temps pour aimer, et un temps pour haïr ; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix ”. Elle apprit ultérieurement que cette chanson était tout simplement tirée de la Bible (Ecclésiaste, III, 1-8)…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412558025553449?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412558025553449/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412558025553449' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412558025553449'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412558025553449'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-26-le-camp-de-rfugis.html' title='Chapitre 26 - Le Camp de réfugiés'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412538592858030</id><published>2005-12-09T02:48:00.000-08:00</published><updated>2005-12-09T02:49:45.936-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 22 - Le Charnier</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;La femme entendit la clé tourner dans la porte d’entrée. Surprise, elle regarda l’horloge de la cuisine : il était bien dix heures du matin et normalement, son mari ne rentrait qu’à midi. Pourtant, c’était bien lui qui se tenait devant la porte d’entrée, le trousseau de clé entre les mains. D’une voix un brin paniquée, il lança : «Chérie, vite, donne-moi ma cravate, je l’ai encore oubliée ce matin, et on vient de recevoir un coup de fil de Limoges : des pontes du Bunker Palace débarquent dans 20 minutes avec au minimum deux Compols. Et comme ils ne plaisantent plus avec la discipline depuis le changement de régime... ». Son épouse sortit de sa chambre avec l’ornement vestimentaire noir. « Mais ils vont vous envoyer où comme ça ? C’est risqué ? » Tout en nouant sa cravate, le milicien haussa les épaules : « Qu’est-ce que j’en sais moi ? Je ne suis qu’un milicien. Le chef de manipule ne sait rien, le décurion pas plus, le centurion nous a juste dit qu’on allait avoir de la visite des Compols. Bon sang que je n’aime pas ça... Ils me fichent la trouille ces gars-là. J’ai beau porter la réplique exacte de l’uniforme de la Milice, eux c’est carrément la tenue de la Gestapo... Ils sont capables de me coller un rapport pour une cravate ou des chaussures mal cirées. Ils sont jugulaires-jugulaires... »&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;&lt;br /&gt;Les deux véhicules de police de couleur noire et au moteur gonflé s’arrêtèrent devant le casernement de la Milice de Haute-Vienne, ayant remplacé dans la nomenclature policière ce qui fut jadis les CRS et absorbant de surcroît une part importante des prérogatives de la Gendarmerie Nationale, réduite quasiment à une simple police militaire à l’exception de ses unités d’élite incorporées dans la Garde Noire. Le centurion hurla : « Présentez armes ! ». Dans un mouvement d’ensemble parfait, les miliciens se mirent au garde-à-vous, le FAMAS sur le torse. Deux commissaires politiques en gabardine noire et un peloton de la Garde Noire en uniforme de la même couleur entrèrent en saluant : « Ave Imperator ! » Le centurion leur rendit leur salut. « Miliciens, le devoir vous appelle. Toutes les unités du Limousin  sont mobilisées, ainsi que les gamines de la Milice Auxiliaire. Vous connaîtrez votre objectif en temps voulu. La mission se divise en deux parties, la première un simple convoyage. Maintenant, tous aux camions ! ». Les anciens camions de CRS blancs repeints en bleu marine sortirent des dépôts et commencèrent à rouler dans les rues de Limoges, flanqués des voitures des Compols sirènes hurlantes. Sortant de la rocade de la capitale du Limousin, ils bifurquèrent sur la RN 141. Labeyrie, chauffeur milicien, regardait l’aiguille de son transport de troupes bloquée sur 125 km/h, les villes étaient traversées à toute allure sans trop savoir où on allait. Puis, la voiture de tête mit son clignotant au croisement d’une route secondaire indiquant : D 101 ORADOUR-SUR-GLANE, 10,5. « On va à Oradour j’ai bien l’impression ! », commenta le chauffeur. « Et m... » murmura un milicien, « je ne sais pas l’accueil qu’on va nous faire là-bas avec nos uniformes ! ».  Mais les camions n’entrèrent pas dans la ville nouvelle et se dirigèrent vers les ruines de l’ancien village symbolisant la tragédie du 10 juin 1944. L’objectif était le musée qui avait été totalement refait, plus conforme à la réalité historique. Un immense panneau annonçait : « 10 JUIN 1944, LES ACTIONS CRIMINELLES DES TERRORISTES COMMUNISTES CONJUGUEES A L’INCOMPETENCE D’UN OFFICIER SS PROVOQUERENT LA MORT TRAGIQUE ET ACCIDENTELLE DE CENTAINES DE FEMMES ET D’ENFANTS DANS L’EGLISE DU VILLAGE. PASSANT, SOUVIENS-TOI ! ! ! ». Les Miliciens restèrent dans les camions, regardant les ruines. Même si la vérité avait été rétablie, cela n’enlevait en rien le côté impressionnant du lieu. Le centurion se tourna vers ses hommes : « Messieurs là plupart d’entre-vous êtes mariés, pères de famille... Imaginez que dans cette église, cela aurait très bien pu être votre femme et vos gosses. Pensez que rien de ceci ne se serait passé si ce pauvre con de Dieckman avait fait fouiller l’église avant d’y mettre les civils, trop pressé de libérer son ami Kämpfe qui de toute façon était déjà mort, et si ces salauds de rouges n’avaient pas transformé l’église en dépôt de munitions et commis les pires horreurs dans le coin. Miliciens, méditez là-dessus : en temps de guerre, la bêtise se paie, et avec des intérêts usuraires. Nous sommes en guerre messieurs. Alors pour qu’il n’y ait plus jamais d’Oradour, commencez par garder votre sang-froid et appliquer les consignes du manuel jusqu’à la dernière virgule ». Pendant ce temps, les Compols étaient descendus de leur voiture et s’étaient rendus dans le musée, directement au bureau de la direction. Deux hommes en civil les attendaient, les présentations furent brèves : « Monsieur Bourdelle, université de Clermont-Ferrand, titulaire de la chaire d’Histoire contemporaine ; Monsieur Reynaud, directeur du service de Recherches Historiques... Le village a été localisé. Le Bunker Palace nous a mis des hommes  à disposition? » Le Compol hocha la tête : « L’Imperator tient beaucoup à la réussite de vos recherches et à la médiatisation de celle-ci. Vous avez tout ce que l’on a de disponible, vous avez la collaboration pleine et entière de la Milice, du Commissariat Politique et de la Jeunesse Impériale. Nous nous plaçons sous vos ordres ».  Le convoi repartit et regagna rapidement la RN 141.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La sirène retentit dans la salle de classe. La prof de latin cessa immédiatement son cours et lança à ses jeunes élèves de seconde : « Dieu vous garde mesdemoiselles... ». Les jeunes filles se précipitèrent hors de la classe et, avec célérité mais ordre, coururent vers le vestiaire. Les mains fines et blanches ouvrirent en hâte les cadenas, sortant les sacs de sports, tous aussi anonymes qu’identiques, et les demoiselles s’engouffrèrent dans les cabines. Avec l’efficacité de l’habitude, Marie-Liesse Vedy de Grammont enleva ses mocassins noirs, sa jupe bleue marine et son chemisier blanc de lycéenne catégorie 1. Par dessus sa combinaison, elle enfila la chemisette bleue ciel des Guides du Parti et son épaisse jupe scoute de toile bleue. Elle enfila sa paire de chaussettes blanches réglementaires, montant aux genoux et ses chaussures de marche, puis coiffa son béret. Elle vérifia que ses insignes de cheftaine-adjointe étaient bien accrochés à sa chemisette, puis sortit de la cabine avec le fanion de l’unité : PATROUILLE FRANCOISE ARMAGNAC, LIMOUSIN I/1. Elle repositionna correctement son béret de façon que le gamma en bronze et l’inscription « GUIDES TRADILANDAISES - MILICE NATIONALE » soit bien visible et que nul n’ait à ignorer qu’elle et ses amies étaient assermentées. Dans les deux minibus, les jeunes filles chantaient le dernier succès en matière de RIF: « A l’assaut pour la patrie », en passe de devenir un hit national. Sur une aire d’autoroute de l’A-20, les deux bus furent rejoints par d’autres bus pleins de Guides. Sur leur manche, les armoiries provinciales et les unités : LIMOUSIN II/1, AUVERGNE III/1, MARCHE 1/1 et même, à la surprise générale, POITOU IV/3. Un deuxième arrêt sur le bord de la RN 141 et l’on distribua des carabines chargées à balles réelles aux adolescentes. L’ambiance joyeuse de la première partie du voyage se fit d’un coup plus pesante. Les mignons petits minois se contentaient maintenant de regarder défiler le paysage et les panneaux d’indication. La nationale se fit départementale, les panneaux se firent de plus en plus précis, jusqu’à un croisement où on vit « D 2 SAINT-SYMPHORIEN 3 ». Une jeune élève de Terminale, férue d’histoire locale, murmura: « Je ne serais pas autrement surprise que l’on vienne ici pour des choses qui remontent à la dernière guerre. Il y a eu des dizaines de personnes qui ont été massacrées par les terroristes communistes dans la région. On n’est pas loin d’Oradour en plus... » Une fois dans le village, les bus se placèrent aux différentes issues et immédiatement, des barrages furent mis en place, gardés par les demoiselles. L’air déterminé, six jeunes Guides carabines en bandoulière entrèrent dans la mairie et se mirent en « protection » à l’entrée, au standard et dans le bureau du maire. Standard qui venait justement de recevoir un appel téléphonique. : « Mairie de Saint-Symphorien j’écoute... » A l’autre bout du fil, elle reconnut la voix de son ami d’enfance, Jeannot Dubois, présentement policier municipal.. « Dis-donc Sonia, c’est quoi tout ce bazar ? Il y a des miliciens dans tous les coins, sans  délirer, on se croirait en 1943 !!! Il n’y avait rien quand je suis allé faire de l’essence tout à l’heure ». La voix bizarre, la secrétaire lui répondit : « Ramenez immédiatement le véhicule au garage et ne vous occupez pas des affaires de la Milice. La Milice veille sur Saint-Symphorien, rentrez au dépôt. Terminé ». Sonia raccrocha et lança un sourire gêné à la gamine qui était assise sur le coin de son bureau, carabine sur l’épaule... Les quatre autres policiers municipaux et la police nationale furent désarmés et consignés dans leur poste.&lt;br /&gt;A 12 heures précises, le convoi de Limoges investit le village. Au bar-tabac de la Grand Place, appelé avec une originalité démentielle « Le Saint-Symphorien », le comptoir était occupé par les habitués, servis par Fernande, l’accorte et un tantinet vulgaire patronne. La plupart des clients étaient des retraités de l’agriculture, sans oublier le Jean-François (appelé Jean-Françouais avec l’accent du coin), le poivrot du village. La vie suivait son cours, même avec les nouveaux maîtres. On y buvait toujours le petit canon de rouge en commentant l’actualité, mais bien évidemment, les journaux avaient changé. Un paysan, chemise à carreaux, casquette et pantalon de velours usé par les travaux de ferme regarda les miliciens descendre du camion : « Regarde donc ça Fernande, il y a des miliciens partout.. Ils ont mis le paquet. Boudiou, ils ont même mobilisé les gamines de la JI. Sur qu’ils cherchent quelqu’un. » La patronne rinça un verre et le rangea : « En tout cas, c’est pas moi. Moi, ma devise c’est chacun chez soi, je ne mets pas mon nez dans leurs oignons, eux font pareil ». Un petit homme sec, au costume étriqué et aux petites lunettes rondes s’approcha du comptoir en se frottant les mains : « Comme d’habitude patronne ». La femme ouvrit une bouteille de cognac et en versa un petit verre : « Tenez Maître Merisier ». La porte du bar s’ouvrit, deux miliciens armés, un des deux Compols et deux guides entrèrent dans l’estaminet. Les conversations se turent en un instant. Le Compol s’approcha du petit homme sec : « Maître Gilbert Merisier je suppose ? » Se tournant, clignant ses yeux de myope à travers ses lunettes, la demi-portion répondit : « Bien le bonjour messieurs les miliciens et monsieur le Compol. Maître Merisier, huissier de justice pour vous servir. Puis-je vous offrir un verre ? ». Le Compol refusa : « Jamais pendant le service. Voici mon ordre de réquisition. Veuillez immédiatement vous mettre à la disposition du Commissariat Politique ».  Cul sec, l’huissier vida son verre et suivit les miliciens. Le chef de l’opération donna l’ordre aux deux Guides de rester en surveillance jusqu’à la fin de celle-ci. Elles se placèrent près du comptoir, la carabine en bandoulière. Accommodante, la patronne engagea la conversation et plaça d’autorité deux lait-fraise sur le comptoir : « Offerts par la maison. C’est la première fois qu’on voit des demoiselles de catégorie 1 par ici. On est un village tranquille, essentiellement des gens de catégorie 3, on cultive nos terres, on ne fait pas de politique et on est loyaux au régime. Par ici, les paysans ont bien aimé le moratoire des dettes, c’est moi qui vous le dis, et puis la fin des quotas agricoles et plusieurs de nos gamins et de nos jeunes sont entrés spontanément volontaires aux jeunesses paysannes. Je ne vous présente pas aux filles du pays, elles ne sont pas très finaudes par ici, ce n’est pas votre monde ».  La plus jeune des Guides répondit : « Mes parents sont éleveurs ».  La patronne acquiesça : « Tiens donc, moi je croyais que vous étiez toutes des petites demoiselles de la ville, comme quoi... » A l’autre bout du comptoir, l’ivrogne de service déjà fin saoul et qui n’avait pas osé l’ouvrir devant les Miliciens, crût plus facile de faire son malin devant les Guides. Apostrophant la plus petite des deux, il éructa, puant la vinasse à trois pas : « Eh dis donc la petite nazie là, c’est une « Petit-Bateau » ta culotte ? ». Personne n’eut le temps d’esquisser le moindre geste, que déjà la plus âgée, volant au secours de sa jeune camarade, lui avait éclaté le visage d’un coup de crosse de carabine. A genoux, tenant entre ses mains son visage en sang et son nez cassé, il hurlait : « Je vais la tuer, je vais la tuer cette petite garce ! » La patronne secoua la tête : « Tu l’as cherché celle-là mon pauvre gars. Tu as voulu faire ton beau une fois de trop ! Les petites demoiselles, elles ne font de mal à personne, elles sont bien gentilles, bien polies, et toi tu viens les agresser. Elle t’a pété le nez ?  La prochaine fois, tu picoleras moins ! Et fiche-moi le camp d’ici, tu fous du sang partout ! ». A côté d’une affiche annonçant « DIMANCHE 15 HEURES - STADE MUNICIPAL - CHAMPIONNAT DE PROMOTION D’HONNEUR : SAINT-SYMPHORIEN / ORADOUR-SUR-GLANE », les deux Guides placardèrent l’avis suivant : « AVIS ! LES FILLETTES DES PARENTS CATEGORIES III ET IV  BENEFICAIRES DES AIDES SOCIALES ONT DROIT DESORMAIS AUX COLONIES DE VACANCES GRATUITES OFFERTES PAR LES LOUVETTES. RENSEIGNEMENT AUX ANTENNES DE LA  FRATERNITE NEO-FRANÇAISE ».&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;En regardant la direction prise par les miliciens, l’un des habitués du bar hocha la tête : « Ils vont chez le vieux Loulou... Il a été maquisard pendant la guerre. S’ils cherchent ce que les vieux murmurent, on va faire la une des journaux demain ». Tout en rangeant la vaisselle, la Fernande grommela : « Eh voilà, on n’a pas fini d’avoir des ennuis ! ! ! Entre les poivrots qui agressent les gamines et les règlements de compte aux règlements de compte, on ne va pas parler de nous en bien ! »  Comme le vieux l’avait deviné, c’était bien chez Louis Michalon, ancien combattant FTP de la 5e Région Militaire aux ordres de Georges Guingouin, que se rendait la Milice. Le déploiement des troupes n’avait pour but que d’alerter la population et surtout empêcher la fuite de leur oiseau. Car Louis avait des choses très intéressantes à confier spontanément à la police politique. Des informations vieilles de 1944 qu’il avait été jugé opportun en haut lieu de révéler… Rapidement, une escouade de Milice encercla la maison du dernier survivant du 643e bataillon FTP. Ils ne prirent même pas la peine de frapper à la porte et, en présence de l’huissier venu contrôler que tout se passait dans les règles, le Compol entra dans la pièce principale. Loulou, mal rasé, vieillard perclus de rhumatismes, se leva avec difficulté… « J’vous attendais. Je sais ce que vous voulez. On s’rait en 1944, j’vous aurais troué avec ma Sten. J’suis trop vieux pour ça. Z’allez pouvoir vous venger les milicos… » Le Compol répliqua : « Nous venger ? Non, rendre justice monsieur Michalon. Nous venger sur vous ? (le Compol éclata de rire) mais pour quelle raison. Notre victoire est déjà notre vengeance. Vous n’êtes plus rien Michalon. Hier, les médiats vous présentait comme un héros de la Résistance et aujourd’hui, le village vous regarde comme un criminel terroriste. Et ce ne sera rien à côté de ce que l’on va dire de vous et des vôtres quand on aura déterré ce que l’on cherche. Pas de protocole et de circonvolutions inutiles, Monsieur Michalon. Où est le charnier ? » Le vieillard enfila un vieux manteau élimé. « Suivez-moi, faut aller dans les bois, faudra m’aider à marcher, je ne suis plus bien vaillant maintenant… » Ce fut les mains libres mais entre deux miliciens qu’il fit sa sortie. Il jeta un œil sur la place du village. La Milice et les Guides amenaient la population, y compris les enfants des écoles, et on leur annonça qu’une découverte importante allait être faite dans leur village, que la télé serait là et qu’au nom du devoir de mémoire, ils avaient grand intérêt à être présents quand les camions reviendraient de la forêt…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Après deux heures de marche au pas lent et claudiquant du vieux maquisard, ils arrivèrent à une partie de la forêt des plus sauvages. Une falaise rocheuse d’une trentaine de mètres s’achevait par un terre-plein broussailleux. « C’est en bas. Je ne peux plus descendre. Ils sont enterrés là-dessous. Vous allez être contant : ils y a des hommes, des femmes, des gamins. Moi j’y ai pas trop participé, mais bon, je suppose que je vais écoper pour les autres… Depuis 1944, j’ai vécu dans la peur que les vieux parlent. Mais on avait tellement terrorisé les gens qu’ils se sont tus. Et comme nous les cocos, on a fait la loi ici pendant 50 ans… Bon, je suppose que je dois faire une déposition ? » Le Compol montra les deux universitaires : « Les profs sont là pour enregistrer votre témoignage. Devoir de mémoire, monsieur Michalon, plus jamais ça, enfin, vous voyez ce que je veux dire.. » Les caméras de la télévision tradilandaise filmèrent la descente en rappel des miliciens le long de la paroi. Ils arrachèrent les broussailles et commencèrent à creuser. A environ un mètre de profondeur, les premiers squelettes apparurent. Immédiatement, toutes les chaînes de télévision interrompirent leur programme. Dans toutes les usines, les entreprises, les écoles, les administrations, les lieux publics, les sirènes retentirent trois fois, ce qui signifiait «Arrêt immédiat des activités, tous en salle de réunion, flash spécial du gouvernement ».  Le gouvernement, soucieux de savoir les réactions populaires des gens de catégorie 3, sélectionna un panel test : une entreprise, un lycée et un bar situés à des lieux différents du pays. Rien ne fut caché, ni l’exhumation des squelettes, ni les commentaires du médecin légiste, les questions posées à Michalon et les réponse faites par ce dernier… La population de Saint-Symphorien eut d’ailleurs le « privilège » de voir sans chair mais en os les 49 squelettes exhumés du charnier. Certains se mirent à pleurer car parmi les cadavres, il y a avait une grand-mère, un oncle, un cousin…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le silence régnait dans la classe de 1re du lycée Marcel Pagnol, établissement de catégorie 3. A l’écran, le médecin légiste commentait froidement : « Ce squelette-ci a des os fracturés… Vos explications monsieur Michalon ? ». Le vieux regardait ses souliers : « Lui ? Vu les vêtements, c’est probablement le tailleur. Ils l’ont torturé il me semble, ils ont violé sa femme et sa fille aussi. Moi j’y étais pas, j’étais en faction ».  L’historien hocha la tête : « Admettons…Et pourquoi il a été tué ? ». « Parce que… parce qu’il n’était pas communiste. On avait des ordres. Venus directement de l’entourage de De Gaulle : tuer tous ceux qui pouvait faire barrage à la soviétisation de la France, y compris les femmes et les enfants, fallait pas de témoins. J’ai vu des trucs qu’on a fait dans le maquis… je ne veux pas en parler ». « C’est dans votre intérêt de le faire… » Et Louis Michalon parla en direct. Il raconta ce qu’il avait vu, les méthodes de la « Résistance ». Pour la première fois, le peuple entendit parler de la barbarie communiste en France. Les médiats embrayèrent. D’autres charniers furent exhumés, des monuments fleurirent dans le pays en hommage aux victimes de la barbarie gaulliste et communiste. Une loi fut votée immédiatement qualifiant de « crimes contre l’Humanité » les tueries de l’épuration. Trois mois après, Gérard Stefano, professeur d’histoire et marxiste notoire au lycée de Tulle était révoqué sans indemnités par l’Instruction Publique et interdit à vie d’enseignement, condamné à l’indignité nationale pour 10 ans et à 50.000 euros d’amende pour « apologie de crimes contre l’Humanité » : il avait fait les louanges des FTP en cours…  Détail amusant : cet enseignant avait été l’un des plus acharnés avant-guerre à faire exclure un professeur de son établissement à cause de son appartenance au FN. La roue tourne. Vae Victis…&lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412538592858030?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412538592858030/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412538592858030' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412538592858030'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412538592858030'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-22-le-charnier.html' title='Chapitre 22 - Le Charnier'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412526063931681</id><published>2005-12-09T02:46:00.000-08:00</published><updated>2005-12-09T02:47:40.646-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 20 - Le Pont</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Tendant le cou à s’en déboîter les vertèbres, hissé sur la pointe des pieds, le jeune Matthieu Desvignes essayait de regarder ce qu’écrivait l’infirmière sur son rapport médical tout en tentant de maintenir son garde-à-vous à peu près correct. Pas évident quand l’infirmerie est glaciale et qu’on est depuis une bonne vingtaine de minutes en sous-vêtements pour la visite d’incorporation. Finalement, il la vit sortir un énorme tampon encreur et l’appliquer sur la feuille. Le verdict s’inscrivit en grosses lettres rouges : APTE. La femme en blouse blanche le toisa du regard une dernière fois et se leva en refermant son dossier. «Bon, classe de 5e, école Saint-Michel catégorie 1 terminée. Pas mal du tout : sur 29 garçons, 14 aptes troupes de choc, 13 aptes troupes de terrain, 2 aptes troupes d’intendance… ». Matthieu faisait parti des 14 premiers, malgré son petit gabarit. Petit pour son âge, il avait cependant une agilité et une vitesse qui lui avaient donné la note maximum à la corde, à la planche irlandaise et aux 100 mètres. Au tir, il avait tout logé dans la cible et son gabarit de petite belette avait fortement impressionné l’instructeur lors du parcours du combattant. Maintenant que l’infirmière n’avait décelé aucun motif valable de réforme, ce dernier inscrivit au marqueur noir sur le dossier scolaire du gamin : formation commando. L’autorisation parentale revint dûment signée le lendemain. Le pays jouant sa survie à chaque bataille et les “ catégories 3 ” n’étant pas jugées assez fiables, l’Imperator avait pris une décision d’une gravité extrême, mais hélas motivée par les événements :  tous les enfants des deux sexes, catégories 1 et 2, étaient inscrits dans les registres du 12e régiment pour les garçons et des services de santé ou d’intendance pour les filles. Outre l’enseignement scolaire classique, ils recevaient pour les premiers une instruction militaire dès la classe de 6e afin d’être incorporés le cas échéant dans l’unité pour des missions ponctuelles ; les filles étant formées aux rudiments du métier d’infirmière militaire. Au fil des semaines, l’âge de la conscription avait été baissé : 17 ans, puis 15, puis 13, maintenant 11… « Splendide… » avait soupiré la mort dans l’âme l’Imperator quand le général Dieuze lui avait annoncé qu’il fallait porter les effectifs de l’armée tradilandaise à au moins 21 régiments, « on passe directement au concert d’adieux à Berlin, avril 1945… Mais bon, si on ne peut pas faire autrement… » Le fait est qu’ils n’avaient pas le choix. Mais comme les unités du 12e régiment Jeunesse Impériale étaient placées en réserve stratégique, elles servaient surtout à former l’ossature de l’armée de demain et à susciter des vocations. « Si on tient jusqu’à là… » avait rajouté le toujours très “ optimiste ” colonel Hoffmann… &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Chaque semaine, les gamins de la classe de 5e jugés aptes à la formation commando faisaient en sus de leur cursus scolaire habituel 5 heures de formation militaire théorique et 18 heures de sport et de formation militaire sur le terrain. Matthieu et ses 13 camarades de classe formèrent la 1e section d’élite des Scouts du Berry André, Joseph et Léon Lacroix, rattachée officiellement au commando de chasse du 12e régiment. Chronomètre en main, l’adjudant regardait le petit Desvignes boucler son 3000 mètres bardas sur le dos. Hochant la tête avec satisfaction, il griffonna sur son carnet. C’était le plus rapide de l’unité, le plus souple, le plus malin. On tenait là un futur officier commando de grande classe. Les deux réservistes inspectaient les sous-bois… « On les a tous eu sauf un. Où se cache ce petit salaud ? ». Soudain, des taches rouges sang éclatèrent dans les reins et les omoplates des deux soldats qui sentirent la douleur de l’impact. Le plus touché en lâcha son arme de dépit. « Eh m…. On s’est fait avoir comme des bleus : il s’était camouflé dans notre dos ! Il nous a massacré la moitié du peloton à lui tout seul c’te demi-portion… J’veux bien bouffer mon képi s’il ne devient pas officier sous peu ! ». &lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le calme régnait dans le pensionnat. Le dortoir était plongé dans le noir, on entendait le bruit tout juste perceptible des enfants qui respiraient. Calme trompeur. La sonnerie d’alarme hurla, provoquant le réveil en sursaut des 14 gamins de la section d’élite. En quelques instants, ils enfilèrent leur treillis, descendirent quatre à quatre les escaliers. A la sortie du bâtiment, ils virent le vieux véhicule de transport de troupes dont le moteur tournait au ralenti… « Vite, vite, grimpez dans le camion, vous êtes mobilisés et votre unité est engagée au feu pour une mission ponctuelle de la 3e division sur le front du Berry ». Les yeux encore pleins de sommeil, les gamins montèrent dans le vieux Berliet qui, crachant une fumée noirâtre, commença à monter vers le nord, avant de s’arrêter sur le bord de la route, quelque part sur les rives de la Creuse.&lt;br /&gt;Un commandant hocha la tête à la vue des petiots portant le béret bleu de la Milice qui avait été attribué aux unités de réserve. « Ah, voilà mon petit contingent d’écureuils… Mes p’tits gars, le briefing va être bref : là-bas il y a un pont, en bas une rivière. But du jeu, grimper sur le pont sans se faire voir, neutraliser les sentinelles pour permettre à nos unités de passer sans risquer de voir le pont sauter et sans se faire remarquer afin de garder notre effet de surprise. Si on passe, on ouvre une tête de pont sur la Creuse et là, Saint-Gaultier et ensuite Châteauroux… ». Plus petit et plus léger, Matthieu entreprit l’escalade du pilier du pont. La nuit, tous les chats sont gris. De même les écureuils et les petits garçons. Il parvint à se hisser sur le parapet sans se faire remarquer par les sentinelles, qui n’attendaient visiblement pas ce genre d’attaque. Derrière lui, trois autres gamins, un par sentinelle, avaient également investi le point de passage avant de se déployer. Matthieu sortit de l’étui attaché à son avant-bras son poignard commando et à pas de loup, ou plutôt à pas d’écureuil, avança vers l’ombre massive qui observait inconsidérément la rive opposée. La surprise fut totale, ce qui entraîna la réussite de l’attaque. La petite taille du commando de 2e classe de réserve Desvignes fit qu’il fut contraint littéralement de bondir sur sa proie. On aurait dit un jeune lionceau s’en prenant à un ours. D’un geste sec, il égorgea la sentinelle. Il sentit le sang chaud lui couler sur les mains. Dans l’aube naissante d’un jour d’automne, le jeune Matthieu Desvignes, élève de 5e à l’Internat d’élite Saint-Michel, avait vu mourir autre chose que la sentinelle : son enfance. Les trois autres sentinelles avaient connu le même sort. Les quatre petits commandos se regardèrent tous. Ils avaient quelque chose de changé en eux. Ils étaient tout simplement devenus des hommes. Ils furent rejoints par les soldats de la 3e compagnie d’assaut. Les gamins prélevèrent sur les cadavres de l’ennemi les munitions, le FAMAS et l’équipement militaire récupérable. Matthieu sentit dans la poche de la sentinelle qu’il avait tuée une petite pochette en plastique : il la sortit et regarda le contenu : un billet de 20 euros plié en quatre, un permis de conduire, une carte d’identité, une photo de famille qu’il regarda longtemps, jusqu’au moment où il sentit sur sa petite épaule la poigne du commandant. « Faut pas regarder ça petit. Jamais. Dis-moi écureuil, tu as des frères et des sœurs ? »« Affirmatif mon commandant ! 3 sœurs, 2 frères ». « Bien, très bien… Tu as une maman qui t’aime ? Un super papa ? » Matthieu haussa les épaule devant l’évidence de la question : « C’te question !!! Bien sûr mon commandant ! ». « Elle fait bien la cuisine ta maman ? Qu’est-ce que tu aimes le plus ? » La réponse fut immédiate : « les frites de maman ! Elles sont trop grasses à l’école. Sa mousse au chocolat aussi. Puis j’aime bien aussi travailler avec papa dans son atelier… » Le commandant hocha la tête : « Ecoute-moi bien attentivement, écureuil… Oreilles ouvertes, bouche fermée… Le gars que tu as égorgé, sa femme va le pleurer, ses enfants aussi s’il en a. Mais si tu avais raté ton coup, c’est ton père, ta mère et tes frères et sœurs qui t’auraient pleuré toi. Pense à une chose : en temps de guerre, NE PENSE PAS !!! Fais ton boulot de soldat petit gars. Sale boulot parfois… L’armée, ce n’est pas défiler le jour de la Fête Nationale, ce ne sont pas les manœuvres, c’est la guerre. Tu tues ou tu es tué… Quel âge a ta plus jeune sœur ? » « 7 ans, mon commandant ».  « En 1945, les Alliés en violaient même à cet âge et je ne crois pas que ceux qu’on a en face de nous aient beaucoup changé. Tu suis les leçons d’histoire à l’école ? » « Affirmatif mon commandant, j’ai eu 18/20 à mon exposé sur le génocide vendéen ». Le commandant lui ébouriffa paternellement les cheveux : « Bravo mon bonhomme ! Ben tu vois, en face, ils se réclament de Turreau et de sa clique. Alors des regrets ? » Matthieu se releva et se mit au garde-à-vous : « Négatif mon commandant ! ».&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le commandant rassembla sa jeune section commando : « Très bien. Maintenant, vous vous déployez en tirailleurs pour couvrir notre progression et élargir la tête de pont. Nous ne sommes pas assez nombreux pour libérer Châteauroux mais on va essayer d’investir Saint-Gaultier et d’y installer la compagnie. On a le pont, c’est l’essentiel. Maintenant, il faut le tenir. Allez les écureuils, restez avec nous : le PC nous envoie des renforts pour vous relever ». Rapidement, la 3e compagnie d’assaut investit la petite ville de Saint-Gaultier. Sans rencontrer de résistance, elle prit le contrôle de la ville. Prévenu de la constitution d’une tête de pont tradilandaise sur la rive orientale de la Creuse, le gouvernement envoya ce qui restait du 2e RIMa en garnison dans la Sarthe pour faire refluer les Tradilandais. On se battit pour le contrôle du hameau de Les Pez sur la RN-151 et celui des Chezeaux sur la D-46. Les écureuils furent engagés en unités spéciales chargées de frapper sur les arrières de l’ennemi, en francs-tireurs. C’est ainsi que laissant passer le gros de l’unité, ils attaquèrent le PC opérationnel un peu en arrière. Surpris par ces partisans qui étaient encore des enfants, ils réagirent mais trop tard : l’état-major fut décimé. De grenadier improvisé, Matthieu se transforma en un instant en tireur d’élite et épingla à son palmarès étrenné quelques heures plus tôt rien de moins qu’un lieutenant-colonel !!! La Loge maçonnique locale venait de perdre son frère maillet… Ce qui restait du PC de campagne riposta avec vigueur, sans tuer mais blessant plusieurs écureuils. C’est en décrochant, les balles sifflant à ses oreilles, que Matthieu sentit une brûlure atroce le long de son bras gauche. Il regarda sa main : elle était couverte de sang : le sien. En le frôlant, une balle lui avait ouvert le bras. Il fut évacué vers l’arrière. L’engagement fut longtemps indécis mais  les unités de choc de Tradiland, composées de « déserteurs » des anciennes troupes d’élites françaises, réussirent à bloquer la contre-offensive sur la RN 151. Toute la rive droite de la Creuse entre Rivarennes et Courbat-le-Vivier était maintenant sous contrôle tradilandais, avec désormais deux têtes de ponts à Argenton-sur-Creuse et à  Saint-Gaultier.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le lendemain, à l’infirmerie du collège intronisé “ Hôpital Militaire de Campagne ”, Matthieu reçut de la visite à l’heure des soins. Pendant qu’une “ infirmière auxiliaire ” apprenait à changer un pansement, le sien en l’occurrence, sous l’œil vigilant de l’infirmière en chef, il pensait aux gros titres des journaux du matin. Ne pas sombrer dans le péché d’orgueil lui avait dit le prêtre en montrant la Une du quotidien régional : « HEROIQUE !!! L’ACTION GLORIEUSE D’UN JEUNE CADET REPOUSSE UNE OFFENSIVE ENNEMIE ». Le héros, c’était lui ! Un retentissant : « Présentez armes ! » le tira de sa rêverie. La pièce était maintenant remplie : des uniformes noirs de la Garde du même nom, et, dans son uniforme blanc d’amiral six étoiles, rien de moins que l’Imperator en personne venu décorer le jeune soldat. Une jeune fille en uniforme de guide de section d’élite tendit un coussin écarlate sur lequel était posée une médaille. Matthieu reconnut la Croix de guerre 2e classe avec chevron des blessés. Le chef d’état lui épingla celle-ci sur le maillot de corps en lui disant : « Pour avoir eu une conduite héroïque devant l’ennemi et montré au pays entier ce qu’était un Cadet d’élite, je vous décore de la Croix de guerre, élève-officier Desvignes… » La gamine à nattes brunes qui lui faisait son pansement en resta bouche bée. Quelques photos plus tard, Matthieu se retrouva seul dans sa chambre et commença à coller les joueurs de l’AJ Auxerre dans son album Panini. Croix de guerre, médaille, honneurs, médiats ne doivent pas faire oublier qu’un enfant reste un enfant… &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412526063931681?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412526063931681/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412526063931681' title='0 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412526063931681'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412526063931681'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-20-le-pont.html' title='Chapitre 20 - Le Pont'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-19716548.post-113412512943543485</id><published>2005-12-09T02:39:00.000-08:00</published><updated>2007-02-06T00:30:30.076-08:00</updated><title type='text'>Chapitre 9 - Sarah Rosen</title><content type='html'>&lt;div align="justify"&gt;Les enceintes surpuissantes de la boîte de nuit Queen of Heart hurlait Numa Numa du groupe roumain O-Zone et sur la piste de danse, la jeunesse dorée qui prenait sa villégiature dans la région depuis quelques temps « s’éclatait grave » pour reprendre son langage. Particulièrement déchaînée, l’alcool et les amphétamines y étant pour beaucoup, une jeune blonde de 18 ans remuait au son de la musique techno, totalement prise dans son rêve. Son débardeur laissait son ventre plat à l’air, révélant le diamant qu’elle avait dans le nombril. Fille du député socialiste des environs, elle avait pris la Mercedes de papa pour une virée nocturne avec ses copains. Totalement happée par la musique, Daphné Lagrange remuait les bras comme un cormoran épileptique, se voulant gracieuse, étant surtout ridicule… Près d’elle, la chemise blanche trempée de sueur au seul bouton fermé, en mini-jupe de cuir noir et pieds nus, une brunette au nez un peu fort se trémoussait en chantant : Sarah Rosen, la nouvelle actrice emblématique du cinéma « français ». Vautré sur le fauteuil, bouteille de vodka en main, un jeune crétin tirait sur son joint. Boucle d’oreille, cheveux ébouriffés, fringues débraillées et hors de prix, toute la boîte avait reconnu le petit Nicolas Brémont, fils du présentateur vedette du journal télévisé. A ses côtés, le quatrième larron de l’équipée, David Lévy, héritier présumé de la banque d’affaires du même nom… The Queen of Heart avait ouvert l’été dernier, quand la nomenklatura, délaissant le Lubéron, commença à investir ce coin perdu de Creuse, au grand déplaisir de la population locale. A quoi pensaient-ils ces jeunes qui dansaient ? A rien. Enfin, à leur plaisir futile et, pour le jeune Lévy, à la perspective de s’envoyer la petite Lagrange dans les toilettes. Tout le romantisme familial résumé en cette situation. Avaient-ils seulement vu dans les phares de la Mercedes avant de venir le panneau indicateur en face de la boîte ? Un banal panneau tout bête : SAINT-JULIEN : 14. Mais c’est le bout du monde 14 kilomètres. Buvez les jeunes, ce ne sont pas les gendarmes qui vont vous contrôler ce soir… Sarah, ayant fini de danser, alla s’allonger sur le divan, la tête contre l’épaule de Nicolas Brémont. Rien ne pourrait gâcher sa soirée…&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt; &lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le front dégoulinant de sueur et les joues dégoulinantes de larmes, Sylvie Perrichon, gendarmette à la brigade située à moins de 8 kilomètres de la boîte de nuit, tapait sur l’ordinateur. L’imprimante crachait une pile de feuilles remplies d’informations confidentielles. La jeune militaire sentait sur sa nuque le canon de la Kalachnikov et le type qui était du bon côté de l’arme, un gamin, n’était pas du genre à plaisanter. Un homme en uniforme bleu-marine non répertorié dans les tableaux de l’armée française, avec des galons qui – si cette armée mystérieuse avait le même système de grade – indiquait un commandant, lisait les feuilles avec intérêt. « Parfait ! Nous allons faire une rafle dès cette nuit. Il y a du beau linge dans la région, du beau linge sale. Et nous allons nettoyer. Que dis-je nettoyer… Nous allons EPURER ! » Grâce à une complicité intérieure, la gendarmerie avait été prise d’assaut. Dans la cour du casernement, les familles des gendarmes tirées du lit étaient encadrées par des hommes en armes. Un homme d’une quarantaine d’années mais paraissant aisément dix ans de moins, en uniforme de commandant de gendarmerie (ce qu’il était avant sa désertion) supervisait les opérations. Quand tout le monde fut rassemblé, les anciens collègues en pyjama ou en caleçon, à genoux dans la cour les mains sur la nuque, leurs femmes en nuisettes ou chemises de nuit dans la fraîcheur du vent d’août, les enfants apeurés tenant dans leurs petites mains qui sa poupée, qui son nounours, il commença son discours : « Militaires, mes frères, le régime vous a trahis, a trahi la France. Combien de temps allez-vous accepter d’en effectuer les basses besognes ? Désormais, votre brigade dépend de notre autorité. Votre commandant, collaborateur du régime, a été arrêté, jugé, exécuté. Je vois ici un ou deux visages familiers mais la plupart d’entre-vous ne me connaît pas. Je suis l’ex-commandant Vierzon, désormais centurion de la Milice de Saint-Julien. Je prends le commandement de cette unité. Ceux qui refuseront d’obéir à mes ordres passeront au tribunal militaire et seront fusillés sur le champ. Je vais choisir un commandant en second parmi vous, et, comme le veut l’organisation de notre unité, un commissaire politique. Le maréchal des logis Pierret est prié de se lever ». Un gendarme en pyjama, entouré de sa femme en robe de chambre et de six bambins dont le plus âgé n’avait pas 8 ans se leva. « Nous avons lu votre dossier militaire, Pierret. Comme vous devez vous en douter, vos convictions religieuses vous ont privé de vos galons d’officier. Vous avez eu moins de chance que moi. Vous commanderez maintenant la brigade et serez mon second avec le grade de « centurion-adjoint de milice équivalent à capitaine ». Désignant un gendarme en uniforme, celui-là même qui avait livré la caserne aux rebelles, il conclut : « Compol Simonnet, expliquez à vos frères d’armes ce que le nouveau régime attend d’eux… »&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Les gendarmes avaient prêté serment à l’ordre nouveau. Pas un n’avait osé se révolter : le pour et le contre avaient été rapidement pesés : Paris était loin, les rebelles étaient près. D’un côté, la menace d’une future et aléatoire révocation, de l’autre, le risque très présent d’une balle en pleine tête. Balle dans la tête qui avait sanctionné ceux qui avaient été trop compromis dans les persécutions d’avant-guerre… Les rebelles n’étaient pas Dieu. Dieu aurait pitié, les rebelles non… On leur avait donné de nouveaux uniformes, ceux de la Milice, et dès demain, le parc de véhicules saisis serait repeint aux nouvelles couleurs. Pour le moment, l’unité jugée pas encore fiable était cantonnée dans son casernement. Les véhicules rebelles reprirent la route mais ne prirent pas la direction de la sous-préfecture. Ce n’était pas leur objectif premier. Bientôt, dans la lueur des phares, les riches bâtisses cossues du nouveau village réservé à la nomenklatura apparurent. Les véhicules stoppèrent et, en tenue commando, les forces rebelles commencèrent à progresser en formation de combat…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Dans les toilettes du Queen of Heart, les deux petits cons précédemment mentionnés jouaient au jeu des quatre jambons pendus au même clou, ce qui faisait pousser à la demoiselle Lagrange des petits couinements rappelant celui du hamster passé au mixer. Le sac à main de Daphné était posé sur le lavabo, grand ouvert. Dedans, le fouillis habituel des sacs de ces dames : un portefeuille avec ses papiers et plus de 400 euros en liquide, son chéquier, sa carte bleue, son nécessaire à maquillage, sa plaquette de pilules contraceptives, des mouchoirs, des papiers divers et variés et des photos d’un récent voyage en Thaïlande. Pour être plus à l’aise dans sa partie de débauche, elle y avait mis ses boucles d’oreilles, ses bijoux, son portable, le tout valant une somme astronomique d’euros. Entre les indemnités parlementaires de papa, les dessous de table touchés par papa, les revenus de haut fonctionnaire de papa et le salaire d’enseignante de maman, ce n’était pas l’argent de poche qui lui manquait. Elle et ses petits copains croulaient sous le fric. Leur avenir était tout tracé : les filières scolaires de la nomenklatura, les pistons pour obtenir en priorité les bonnes places, aucun souci pour l’avenir… Dansant à nouveau sur la piste, Sarah Rosen n’entendit pas son téléphone portable sonner…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;D’un coup de pied, le soldat rebelle écrasa le téléphone portable… Il pointa son fusil vers la tête de la femme et cria : « BANG ! », mais ne tira pas. Les ordres étaient clairs : il ne fallait ni maltraiter, ni brutaliser, simplement arrêter. Ordre de l’Imperator qui avait sa petite idée derrière la tête… et l’armée rebelle maintenant une discipline de fer, on obéissait aux ordres. Judith Rosen, la mère de Sarah, fut précipitée sans ménagement hors du salon. Elle vit son mari, les mains en l’air, descendant les escaliers sous la menace d’hommes armés. Hystérique, elle hurla : « Simon, qu’est-ce qui se passe ! Mais c’est qui ces gars-là ? ». Le couple fut traîné dehors, et elle remarqua que les maisons voisines étaient toutes allumées. Une idée lui traversa aussitôt l’esprit : les rebelles ! Ils avaient quitté leur ghetto de Saint-Julien et avaient investi la ville. Mais comment avaient-ils pu passer les barrages de l’armée ? Elle ignorait bien sûr que la gendarmerie avait été neutralisée… Tout à l’heure, Sarah reviendrait de boîte et tombera dans le piège. Deux fourgons de gendarmerie réquisitionnés allaient servir à transporter les prisonniers vers le stade municipal de Saint-Julien, transformé provisoirement en centre d’internement. Pour le moment, les raflés étaient assis, les mains sur la tête, près des fourgons. Judith Rosen reconnaissait ses voisins et amis, journalistes de télévision et de presse, acteurs, banquiers, hommes politiques… le coup le plus dur porté au régime depuis le massacre de la Garden Party de l’Elysée. Un silence pesant régnait dans la résidence… Le chef du commando écoutait des consignes au talkie-walkie et hochait de temps en temps la tête. Impassibles, les soldats maintenaient en joue les prisonniers avec leurs fusils d’assaut. Il y en avait deux sortes : des tout jeunes en treillis, avec quelque chose dans le comportement qui faisait « troupes d’élite », probablement les gamins des écoles privées, et d’autres un peu moins jeunes, en miliciens, sûrement les enfants des paysans du coin. Ils étaient là, droits, immobiles, silencieux, attendant les ordres. Judith les regarda longtemps, essayant de percer à jour leurs sentiments en regardant leurs yeux. Ce n’était pas la haine qu’elle y lisait. C’était pire encore. Le mépris… Un homme en gabardine regardait chaque prisonnier et cochait un nom sur une liste. Une fois sa besogne achevée, il tendit la liste au chef de l’unité. Tendant l’oreille, elle entendit : « Il en manque quatre, camarade : la fille Lagrange, les fils Lévy et Brémont et surtout Sarah Rosen. Ils sont probablement au Queen of Heart, c’est très prisé par les rupins »…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Il était deux heures du matin dans la boîte de nuit. Les stroboscopes tournaient, illuminant la piste avec leurs jeux de lumières. Au comptoir, Sarah Rosen buvait son quatrième whisky-coca de la soirée en attendant d’ouvrir le petit poudrier qu’elle avait au fond de son sac à main. Poudrier le bien nommé car il y avait de la poudre dedans. Blanche, à prendre par voie nasale… Soudain, tout s’arrêta : lumière, musique, ambiance. Long silence. Quelques néons bleus clignotèrent timidement puis s’allumèrent, donnant à la salle un air sinistre. Sarah était figée au comptoir. Pourquoi il n’y avait plus rien ? Panne de courant ? Elle jeta un œil sur le barman. Il était comme pétrifié, la main sur une bouteille de malibu, regardant vers la porte d’entrée. Immédiatement, elle pensa : « les flics ! ». Oh ! que non, princesse Sarah… Ce n’était pas « les flics ». C’était bien pire… Lentement, elle pivota sur son tabouret. Elle en resta bouche-bée comme une morue hors de l’eau. Des jeunes filles lui faisaient face, et visiblement c’était la première – et sans doute la dernière fois – qu’elles mettaient les pieds dans une discothèque. Deux mondes ennemis se toisaient. Côté comptoir, Sarah Rosen, actrice en devenir mais dont la carrière risquait fort de s’achever dès cette nuit, puant la sueur et l’alcool, ébouriffée, débraillée, à moitié ivre, la mini-jupe de cuir indécemment relevée dévoilant ses cuisses et permettant à toute l’assemblée de savoir qu’elle portait un string. Côté porte, Bernadette Simonnet (la fille du fameux gendarme promu commissaire politique), horrifiée par ce qu’elle voyait, kalachnikov en main, portant la chemisette bleu-ciel et l’ample jupe de toile bleu marine des Guides tradilandaises, avec le béret réglementaire. Sarah avait aperçu ce genre de demoiselles à la télévision, lors des premières émeutes à Saint-Julien. Elle avait alors beaucoup ri. Bizarrement, cela ne la faisait plus rire du tout. Tout comme ceux qui avaient raflé la zone privilégiée, la petite guide ne prononça pas un mot. Elle se contentait de fixer Sarah Rosen droit dans les yeux, son arme pointée vers elle. « Je la dégoûte », pensa l’actrice, « elle me regarde comme… ». Une petite voix résonna en elle : «comme toi et les tiens les ont regardés ! » Sarah avala sa salive. « Elle va tirer ! Elle va m’en mettre une en pleine tête ». La Guide ne tira pas. Elle se contentait de la mettre en joue, sans rien dire. Intérieurement l’actrice pensait : « Mais vas-y, parle, dis-moi quelque chose, n’importe quoi, traite-moi de sale juive même, tout, mais pas ce silence… Mais à quoi tu joues !!! ». Mais la jeune fille ne parlait toujours pas.&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Le DJ, qui sentait le vent tourner ou qui tout simplement ne faisait pas de politique, avait montré aux rebelles comment brancher une radio sur les enceintes, afin que toutes les Guides puissent écouter en même temps. La puissante sono fut remise en route, mais pas de musique techno… Sarah entendit un extrait de Pomp and Circumstance d’Edward Elgar, indicatif radio de la rébellion, l’un des rares morceaux de musique classique qu’elle connaissait car c’était celui de la remise des Oscars, qui, comme toute actrice fusse-t-elle étrangère, elle espérait avoir… quoique ce soir, jamais l’Oscar n’avait été aussi loin. Une voix féminine annonça : « Tradilandais, Tradilandaises, votre chef bien-aimé vous parle… », puis la voix du leader de la rébellion résonna dans la salle : « Ave ! Mes bien chers frères, mes bien chères sœurs, l’heure tant attendue est arrivée ! Nous avons atteint la terre promise et nous n’en partirons plus. Nous avons libéré la population de Saint-Julien des voyous qui la tyrannisaient avec la complicité du régime républicain. Nous avons cousu sur la poitrine le Sacré-Cœur de Jésus en hommage à nos ancêtres Chouans et Vendéens exterminés par cette République infecte qui nous a exploités et discriminés depuis trop longtemps. C’est en brandissant nos armes, ces armes que nous avons eu le courage de prendre, que nous disons : «Mort à la Gueuse ! ». C’est solennellement en ce 26 août, alors que la sous-préfecture a été investie par l’armée catholique de libération, que le sous-préfet, le maire, le député sont désormais prisonniers et auront à répondre de leurs crimes devant nos tribunaux, que je proclame l’indépendance du territoire désormais sous notre contrôle. Un nouvel état est né, j’ai tenu le serment que je vous avais fait. Mon sang coule pour toi, mon cœur bat pour toi, mon âme prie pour toi Tradiland ma nouvelle et vraie patrie. La guerre ne fait que commencer, mais déjà, les ténèbres de la nuit reculent devant les pâles lueurs de l’aurore. Bien des nôtres, autant que Dieu le voudra, mourront sur le long chemin de notre libération. Mais au jour voulu du Tout Puissant, en vérité je vous le dis, nous verrons l’aube se lever sur notre victoire et nos enfants vivront au soleil pour les siècles des siècles. Ainsi soit-il, que la volonté de Dieu soit faite ! ». Puis la radio diffusa encore une partie de Pomp and Circumstance .La voix féminine reprit : « L’Imperator, lieutenant-général du Christ-Roi et régent de notre pays pour le compte de ce dernier, vient de nous délivrer. Maintenant, pour la première fois, notre hymne national … »&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Sarah avait profité de l’allocution radiodiffusée pour observer autour d’elle. Son regard croisa celui de Daphné. Elle avait éclaté en sanglots à l’annonce de la capture de son père, promis à la peine capitale. Puis Sarah se rappela que les Lagrange étaient ses voisins, et que ses parents à elle avaient été sans doute arrêtés. Elle essaya de voir comment elle pourrait se sortir de là et commença à échafauder un plan : elle était une actrice connue, avec un joli carnet d’adresses. Elle allait faire profil bas jusqu’à ce qu’elle rencontre un haut dignitaire de ce nouvel état et là, elle proposerait de jouer les médiatrices pour une éventuelle négociation. Devenir suffisamment intéressante pour la rébellion afin qu’on la laisse vivre, devenir n’importe quoi, une négociatrice, une monnaie d’échange, enfin quoi que ce soit qui puisse lui permettre de sortir de ce guêpier. Et une fois que cela sera fait, embarquement dans le premier avion en partance pour Israël… Mais pour le moment, il fallait éviter de provoquer : son dossier était assez chargé comme cela. Elle regarda maintenant la Guide qui lui faisait face. La jeune fille était au garde-à-vous et chantait l’hymne national tradilandais : « O Marie, O mère chérie, garde au cœur des Français la foi des anciens jours, entend du haut du ciel ce cri de la patrie : catholiques et Français toujours, catholiques et Français toujours ! » Sarah comprit qu’elle n’aurait jamais de place dans leur France… comme finalement eux n’en n’avaient jamais eu dans la leur. L’hymne fini, la guide reprit sa faction, la regardant toujours sans rien dire. Mais maintenant, Sarah savait comment sauver sa peau : avant d’essayer de parler, il fallait gagner leur confiance, par des gestes et non plus par des paroles. Mais comment concilier cette nouvelle position avec ce qu’elle avait déclaré avant-guerre sans passer pour une hypocrite ? Il n’y avait qu’une porte de sortie, étroite au possible, mais dans laquelle elle allait s’engouffrer : faire de la surenchère sur la seule position où après tout elle paraîtrait crédible… Désormais, Sarah serait la plus vigoureuse des partisanes de l’indépendance tradilandaise…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;La Bibliothèque Municipale de Saint-Julien avait été transformée en tribunal. La milice allait chercher les prisonniers au stade puis les amenait dans les locaux où l’on statuait sur leur sort. Sarah attendait d’être interrogée, les heures passées dans le centre d’internement provisoire lui ayant permis de préparer son discours de défense. Elle se doutait des accusations qu’on lui porterait et elle avait trouvé le moyen de faire glisser dans ses réponses ses convictions toutes neuves, paraissant d’autant plus sincères qu’après tout, aucun de ses propos passés ne pouvait les infirmer. Finalement, son tour vint. Elle marcha dans les rues du village, ce petit bourg de la France profonde dont elle avait méprisé jadis les habitants. Elle essaya de trouver un regard compatissant, mais se heurta à un mur de silence et d’indifférence. Pour les gens du pays, elle n’existait déjà plus. Avait-elle seulement existé ? Sa gardienne était toujours la même petite guide du Queen of Heart. Elle ne lui avait toujours pas adressé la parole. Cheminant de concert, elles arrivèrent à la Bibliothèque. Trois miliciens étaient en faction, reconnaissables à leur béret de chasseur alpin bleu marine frappé du gamma argenté. On la fit asseoir sur une chaise, la Guide restant debout face à elle, fusil en main. Discrètement, Sarah jeta un œil aux livres posés sur la table basse devant elle : « Le génocide allemand », « L’Epuration sauvage », « Crimes de la guerre raciale anti-blanche », «Manifeste politique rexiste », « Le Livre des martyrs nationalistes »… Elle prit chaque livre de la pile et commença à les feuilleter. C’était l’histoire vue de l’autre côté du miroir, l’exact négatif de ce qu’on enseignait à l’école. Si seulement elle pouvait avoir de quoi prendre des notes…&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Elle vit la porte de la bibliothèque s’ouvrir et les miliciens se raidir dans un garde-à-vous impeccable. Un vieil homme fit son entrée, inspirant chez les militaires présents du respect. Vêtu d’un impeccable costume blanc, avec un œillet rouge à la boutonnière, il tenait une canne à pommeau et était coiffé d’un panama. Le vieux dandy à la barbe de patriarche biblique s’approcha de la jeune guide et lui caressa la joue : « Bonjour mon enfant, toujours aussi délicieusement ravissante. La beauté de la pure rose blanche qui éclot lentement… » Rouge comme une pivoine, la demoiselle effectua une révérence et d’une petite voix timide répondit : « Mes respects, Monsieur le Ministre… » Se tournant vers Sarah, il prit d’autorité ses mains et les baisa : « Mais c’est la tourneboulante Sarah Rosen ! Vous êtes plus jolie ici que sur les écrans. Que ne ferait-on pas pour bourrer le crâne des goïm ? Désormais, ma chère, chère Sarah, vous êtes sous ma protection. Je me présente : Anselme Polanski de Versace, Commissaire aux Questions Juives avec rang de ministre et moi-même de race hébraïque bien qu’en totale opposition avec le racisme et l’esprit tératogène de notre peuple… Quand nous aurons fini avec ces formalités ennuyeuses, je vous présenterai Smaïn Fahri, le Commissaire aux Affaires Arabes. Il est inénarrable ! » Une fois que le délicieux bavard eut fini de la noyer sous un flot de paroles, Sarah saisit la balle au bond : « Monsieur le Ministre, j’aimerais avoir du papier et un stylo pour prendre des notes sur ces livres ». Le vieil homme jeta un œil sur le titre : « Par Saint Adolf ! Les livres de mes amis ! Les plus brillants d’entre les goïm ma chère, l’instrument du châtiment de Yahvé pour nos crimes. Lisez, lisez, je vous en conjure, et vous aurez compris l’alpha et l’oméga… et je me permets de rajouter celui-ci ! » Et il plaça sur la pile un petit livre à couverture grise. Le titre en lettres gothiques noires indiquait : « Repentance d’un juif à ses frères goïm ». Anselme conclut : « Lisez ce livre ma chère Sarah. Non pas parce que j’en suis l’auteur, mais c’est grâce à lui que ce soir vous serez encore en vie… Comme tous les autres Juifs, vous allez me traiter de fou, de renégat ou que sais-je. Mais dans 10 ans, dans 20 ans, dans 40 ans jolie Sarah vous comprendrez à votre tour. Et ce jour-là, récitez kaddish pour le vieux Polanski qui a sacrifié sa carrière et son honneur pour la survie de sa communauté ».&lt;br /&gt;Sarah Rosen fut l’une des dernières à passer devant les Comités d’Epuration. Quand on l’appela, elle était en train de prendre des notes dans les livres qu’elle lisait. Elle croisa un homme qui tremblait, dans un uniforme de sous-préfet dont on avait arraché les galons. Son visage livide impressionna beaucoup l’actrice. Il avait été condamné à mort pour « collaboration avec un régime vendu à des puissances étrangères et coupable de crimes contre l’humanité ». Le président du Tribunal avait enlevé les lunettes, s’était essuyé le visage, et avait commenté : «la jurisprudence de 1944 Monsieur le sous-préfet… Votre régime a fixé les règles… » Le sous-préfet en fut pétrifié de terreur. Le procureur militaire rajouta : « Estimez-vous heureux, on vous fusillera avec les honneurs comme vous l’avez fait au préfet de Lozère en 1944 ! On ne vous écartèlera pas avec des tracteurs comme vous les démocrasseux fîtes à l’amiral Platon non loin d’ici. Et on nous vous coupera pas les doigts et on ne vous crèvera pas les yeux comme à ce haut-fonctionnaire de Vichy que vos amis FTP remercièrent ainsi pour avoir fait libérer certains des leurs ! Mais vous avez la chance que l’on ne soit pas républicains : votre famille ne sera pas massacrée. Nous ne sommes pas comme vous !!! ». Sarah rentra à son tour dans l’ancien bureau de direction transformé en salle d’audience. Il y avait le Président dans sa robe d’hermine, un Compol de l’armée faisant office de procureur et le docteur Polanski de Versace qui allait lui servire d’avocat. Sarah Rosen, protégée par son passeport israélien, ne fut pas accusée de «haute trahison » mais par contre, on lui lut tout ce qu’elle avait déclaré dans la presse et qui pouvait être « retenu contre elle » comme disait l’expression. Sarah comprit que le meilleur moyen de s’en tirer était de suivre la ligne de conduite qu’elle s’était fixée. Elle se revendiqua comme «patriote israélienne » qui «manifestait toute sa compréhension pour le peuple tradilandais ne voulant plus vivre dans une société qui les discriminait ». Elle plaida sa volonté de faire comprendre la volonté de séparer deux sociétés qui n’avaient rien à se dire… Le verdict fut le plus clément du Tribunal. Prenant note du désir de Sarah Rosen de céder sa résidence secondaire pour en faire une maison d’accueil pour enfants orphelins de guerre, la cour martiale la condamna à une simple expulsion du territoire. De retour en France, et avant son départ pour Israël, Sarah Rosen multiplia les entretiens dans lesquels elle défendit une thèse unique : « Pour se débarrasser définitivement des mauvais républicains et des réfractaires à la société plurielle, alors donnons-leur l’état indépendant qu’ils réclament et reconnaissons Tradiland ! ». Personne ne l’écouta. Souvent, alors que sa carrière prit un envol qui la fit tourner à Hollywood, elle portait autour du poignet une sorte de « porte-bonheur ». Avant de partir, elle avait demandé à la petite Bernadette le petit bracelet qu’elle avait autour du poignet et lui avait donné en échange le collier en or qu’elle avait autour du cou et qu’elle tenait de sa grand-mère. «Nous ne serons jamais amies, nous n’avons rien en commun, mais que cet échange puisse un jour signifier que nous vivrons en paix puisque séparées. Vous allez probablement vous venger de 1944 où on se vengeait de 1940 où vous vous vengiez de 1905 où on vengeait de ce que vous nous aviez fait pour vous venger… Un jour cela doit cesser, sans pour cela que l’une de nous doive disparaître. Tu vas me trouver hypocrite, mais je te jure que je suis sincère : tu vas être heureuse dans ton pays. Vous avez tout pour réussir, moi je retourne parmi les miens ».&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Passèrent les mois, les années, les décennies… Il y avait longtemps que le vieux Polanski était mort, et dans la foule anonyme suivant les funérailles nationales qui amenaient le vieux médecin à son ultime demeure dans l’Eglise Sainte-Geneviève (anciennement Panthéon), Sarah Rosen récitait le kaddish. Puis vint le jour d’hiver, bien des années après. L’Imperator venait de recevoir un telex confidentiel défense qu’il lisait avec attention : « Provenance : sous-marin d’attaque Gymnote, escadre de Méditerranée en patrouille au large du Liban. Escadre de cargos et voiliers, environ 70 vaisseaux, chargés de plusieurs dizaines de milliers de réfugiés juifs au départ de Haïfa se dirigeant vers Chypre. La flottille progresse lentement. D’après écoute communications radios transmises par navire-espion Hippocampe, pénurie nourriture et eau à craindre. L’escadre cherche un point de refuge ». A l’ambassade d’un pays qui avait de facto cessé d’exister, il ne restait plus que l’ambassadrice. Dans tout navire qui fait naufrage, le commandant reste à bord et meurt avec. Le bâtiment était désert. Le drapeau israélien flottait encore sur le fronton, mais il ne représentait plus rien. Minoritaires dans ce qui avait été leur pays, son allié turc détruit, son protecteur américain dissous, son bailleur de fond allemand devenu celui de ses ennemis, les Israéliens n’avaient plus de choix que la fuite. Le problème, c’est que personne ne voulait d’eux… Le gouvernement grec avait annoncé que tout navire entrant dans ses eaux territoriales serait impitoyablement coulé. Le métropolite d’Athènes avait prononcé un sermon d’une rare violence, où il menaça d’excommunication « les fous qui aideraient ceux qui n’ont jamais fait repentance pour les horreurs du communisme qui saigna à blanc les Eglises de nos frères de l’Est, ni d’ailleurs pour leur soutien au cruel régime ottoman qui génocida nos contrées pendant des siècles et des siècles. Que la colère de Dieu s’abatte sur ce peuple à la nuque raide, cette race de vipère comme disait le Christ, jusqu’à ce qu’ils expient leurs crimes innombrables ». Deux heures plus tard, une dépêche en provenance de Tarente annonçait que le porte-avions Leonardo da Vinci et le croiseur lourd Prince Valerio di Borghèse allaient se poster au large du détroit d’Otrante pour interdire à la flotte l’accès de l’Italie. « L’heure est venue pour les Juifs de payer deux millénaires de persécutions contre la Sainte Eglise » déclara à Milan le Ministre des Affaires Etrangères italien. A Rome, le Pape Pie XIII annonça dans son homélie : « Seule la repentance sincère peut générer le pardon. Grandis-toi et tu seras rabaissé, humilie-toi et tu seras élevé… ». A Madrid, le Premier Ministre espagnol publia un communiqué qui annonçait que, si jamais la flotte arrivait jusque-là, ordre avait été donné à l’escadre des Baléares d’ouvrir le feu sans sommation. « Nous n’avons oublié ni la collaboration massive des Juifs avec l’envahisseur mauresque, ni la persécution atroce contre les catholiques lors de la Guerre d’Espagne, inspirée, planifiée, supervisée et réalisée par la juiverie moscoutaire » avait ajouté le chef du gouvernement. Restait la France. Pour le moment, aucun communiqué n’avait filtré du Bunker Palace, mais la Garde Nationale de Corse avait été mobilisée et les hommes de la 11e division parachutiste en garnison dans le sud-ouest de la France avaient été acheminés dans l’Ile de Beauté. Il n’est pas jusqu’à la lointaine île de Madagascar qui, par le biais de son Gouverneur Général, prévint que « nous n’étions plus en 1940 et que l’île n’avait plus la vocation de devenir le dépotoir des indésirables du Proche-Orient et d’ailleurs ».&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;div align="justify"&gt;Sarah Rosen avait été informée de toutes ces déclarations. Les portes se fermaient une à une. Seule la France ne s’était pas encore prononcée, mais nul doute qu’elle suivrait le mouvement. Mais il fallait bien que l’armada relâche dans un port en Méditerranée, la situation était préoccupante. A n’importe quel moment, les réfugiés pouvaient être attaqués par l’aviation arabe, l’armée de l’air israélienne ayant cessé d’exister. Elle entra en communication avec celui qui avait été le dernier premier ministre d’Israël, embarqué à bord de l’ancien paquebot de croisière Queen of Saba. Elle avait une solution pour amener la France à ouvrir ses ports et ceux des terres d’Eglise en Méditerranée, les îles de Chypre, Rhodes et Malte. Une solution désagréable mais nécessaire. On communiqua beaucoup entre Paris, le navire et Bunker Palace. Finalement, le paquebot se détacha de l’armada et fila à pleine vitesse vers le port de Limassol où il fit relâche. On lui remplit ses cuves de mazout pendant que l’ex-Premier Ministre d’Israël et le Grand Rabbin de Jérusalem en descendaient. De l’ancienne base navale britannique, un avion décolla direction Königsberg, redevenue ville allemande. Ils se rendirent ensuite jusqu’à ce qui avait été la ville de Gummingen ; où se dressait le « Mémorial des Martyrs », en hommage non seulement aux victimes des atroces massacres du 20 octobre 1944, mais de toutes les victimes civiles assassinées par le communisme. Un mémorial similaire s’élevait à Dresde pour fustiger les crimes de la démocratie. Et comme jadis Willy Brandt humilia son peuple en s’agenouillant à Auschwitz, les deux représentants les plus influents de ce qui restait du peuple juif firent de même et, par ce geste, endossèrent à leur tour cette culpabilité collective qu’ils avaient imposée aux Allemands. Une cloche sonna dans le lointain. Toutes les cloches de la Grande Allemagne sonnaient, à Hambourg, à Berlin, à Vienne, à Prague, à Cologne... Celles de Russie leur répondaient. Celles de Pologne, d’Estonie, de Hongrie, de Lettonie, de Lituanie, de Bulgarie, de Roumanie, de Croatie, de Serbie, de Finlande, de Slovaquie, d’Albanie firent de même. La dépêche tomba dans l’heure qui suivait : l’armada pouvait relâcher dans tous les ports d’Empire, avec ordre final de se rassembler à Bordeaux avant d’être acheminée vers New Israël, leur futur état. Les clauses de l’accord étaient très dures : occupation militaire du nouvel état par trois divisions impériales, « détalmudication » des esprits calquée sur la dénazification, interdiction de battre monnaie, cantonnement de l’économie aux activités agricoles et d’industries légères, paiement aux états impériaux victimes du communisme d’une indemnité égale à vingt fois ce qu’avaient payée les Allemands… Un an plus tard, Sarah Rosen, Ministre des Affaires Etrangères de New Israël recevait en visite officielle à New Jérusalem (ville connue jadis sous le nom de Silver Spring) l’Imperator en personne. Une fillette juive à nattes blondes, une ashkénaze probablement, lui offrit un bouquet de fleurs. De jeunes enfants en uniforme des pionniers chantaient l’hymne du Betar où il était question d’une race fière naissant de la boue et de la pourriture. De jeunes juifs du parti unique, le National Sionist Party of Israël, en chemises jaunes et pantalons noirs, saluaient bras tendus sous des calicots annonçant : « A NEW HOPE, A NEW ISRAEL, A NEW SIONISM ». Le Rosh de New Israël se lança sous les portraits de Théodore Herzl et de Yitzak Shamir, dont le point commun était qu’ils avaient cherché et obtenu le soutien des antisémites pour créer un état juif, un vibrant discours où il était question de la volonté juive d’être « un peuple comme les autres », «intégré dans le concert des nations » : « Nous avons appris à cultiver la terre, à l’aimer, à la transmettre. Nous sommes devenus des sédentaires, nous avons notre « chez nous », Abel ne fera plus dévorer par ses troupeaux le fruit du pénible travail de Caïn ». L’an d’après, au Congrès Mondial de la Paysannerie à Goslar, en Allemagne, les paysans de New Israël arrivèrent pour y proposer leurs fruits, leur miel et leur foie-gras. Cinq ans après, les trois divisions d’infanterie impériales se retiraient de l’état hébreu et les trois premières divisions de Tsahal les remplacèrent. Une page nouvelle allait s’écrire…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt; &lt;/div&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/19716548-113412512943543485?l=tradiland.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://tradiland.blogspot.com/feeds/113412512943543485/comments/default' title='Post Comments'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=19716548&amp;postID=113412512943543485' title='39 Comments'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412512943543485'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/19716548/posts/default/113412512943543485'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://tradiland.blogspot.com/2005/12/chapitre-9-sarah-rosen.html' title='Chapitre 9 - Sarah Rosen'/><author><name>Enzo</name><uri>http://www.blogger.com/profile/04226424025183020301</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>39</thr:total></entry></feed>
